Découverte : une nouvelle espèce de dinosaure à Hateg
Le bassin de Hateg est l'une des régions les plus importantes d'Europe pour l'étude des dinosaures du Crétacé supérieur (daté entre 100,5 à 66,0 millions d'années). D’ailleurs, des paléontologues de l’Université de Bucarest et de l’Université « Eötvös Loránd » de Budapest, en Hongrie voisine, ont récemment découvert une nouvelle espèce de dinosaure sur le territoire du Géoparc international de l’UNESCO du Pays de Hateg.
Ana-Maria Cononovici, 31.03.2026, 10:31
Le bassin de Hateg est l’une des régions les plus importantes d’Europe pour l’étude des dinosaures du Crétacé supérieur (daté entre 100,5 à 66,0 millions d’années). D’ailleurs, des paléontologues de l’Université de Bucarest et de l’Université « Eötvös Loránd » de Budapest, en Hongrie voisine, ont récemment découvert une nouvelle espèce de dinosaure sur le territoire du Géoparc international de l’UNESCO du Pays de Hateg.
Une nouvelle espèce de dinosaure
Pour en savoir davantage sur cette découverte, nous avons invité au micro de RRI Zoltan Csiki-Sava, maître de conférences et chercheur à la Faculté de géologie et de géophysique de l’Université de Bucarest.
De quoi s’agit-il concrètement ? Zoltan Csiki-Sava répond :
« Il s’agit de l’identification d’une nouvelle espèce de dinosaure faisant partie du groupe des dinosaures que l’on appelle « à bec de canard ». Ce qui est intéressant, c’est que le premier dinosaure identifié en Roumanie, dans la région de Hateg, il y a plus d’un siècle était également un dinosaure à bec de canard. Lorsque nous avons découvert ce squelette, nous l’avons évidemment comparé à cette première espèce. A notre grande surprise, il s’agissait d’une espèce différente, provenant d’une autre zone du bassin de Hateg. Apparemment, d’après nos estimations, il provient de roches plus anciennes. Il s’agit donc d’une nouvelle espèce de dinosaure à bec de canard, différente de ce que l’on appelle « Telmatosaurus Transylvanicus » découvert par Franz Nopcsa il y a plus d’un siècle. »
Une faune très diverse dans la région de Hateg
Cette découverte prouve que la population de dinosaures de l’île de Hateg d’il y a 70 millions d’années était plus diversifiée que l’on considérait auparavant, explique encore notre interlocuteur, mentionnant aussi que ces dernières années ont été marquées par de nombreuses découvertes dans la région.
Zoltan Csiki-Sava poursuit :
« Cette série de découvertes a débuté il y a environ huit ans, par l’identification d’une nouvelle espèce, d’un nouveau genre de mammifère, qui a vécu en même temps que les dinosaures. Par la suite, on a identifié un petit crocodilien qui avait vécu dans la région, une tortue et depuis 2022 cinq nouvelles espèces de dinosaures ont également été identifiées dans la région de Hateg. Tous les dinosaures récemment trouvés étaient herbivores. Nous avons donc considérablement enrichi notre compréhension de la diversité des herbivores qui peuplaient cette île. Il est possible de démontrer qu’ils ont vécu à des périodes différentes et qu’ils appartenaient à des groupes différents. Ces nouvelles découvertes nous témoignent de l’évolution de cette île: les populations de dinosaures et de vertébrés y ont évolué au cours des millions d’années, de nouvelles espèces sont apparues et ont remplacé les anciennes. Nous avons réussi à compléter nos données par une multitude d’informations intéressantes sur la faune de cette île. Mais la nouveauté la plus intéressante est peut-être celle publiée en ce début de cette année même : non seulement nous avons ajouté de nouvelles espèces de dinosaures apparentées à celles déjà connues, mais nous avons aussi démontré que certains dinosaures, bien connus, appartiennent en réalité à un groupe entièrement nouveau. Il s’agit des dinosaures à cornes, ou Cératopsiens, jusqu’ici inconnus dans l’archipel européen. »
Des parents dans toute l’Europe
Nous avons invité Zoltan Csiki-Sava à nous raconter l’histoire du « dinosaure à bec de canard » :
« L’histoire la plus intéressante ne concerne peut-être pas la région de Hateg, mais plutôt la signification plus large de cet animal. Car nous avons parlé jusqu’à présent de la région de Hateg, qui était une zone insulaire il y a 70 millions d’années. Et pourtant, ce n’était pas la seule zone insulaire, car toute l’Europe actuelle était un immense archipel, composé d’îles de différentes tailles et séparées par des bras de mer, ce qui a eu pour conséquence le fait que ces animaux ont été isolés sur différentes îles et a fait que chaque île abrite une espèce de dinosaure distincte. C’est pourquoi, par exemple, à Hateg, nous avons de nombreux noms qui indiquent précisément cet aspect. Des dinosaures appelés Transylvanicus, Zamolxes, Transylvanozaurus etc., montrant qu’il s’agit des animaux qui sont connus uniquement dans cette région. Quant au dinosaure récemment découvert, baptisé Kryptohadros, ce qui signifie le « dinosaure à bec de canard caché », qui est resté inconnu des chercheurs pendant plus d’un siècle, ce dinosaure nous a révélé que son plus proche parent vivait en réalité sur une autre île, dans une région qui correspond aujourd’hui au nord de l’Italie. Pratiquement, cette découverte témoigne des liens de parenté entre les dinosaures de la région de Hateg et ceux de cette partie de l’Italie et probablement aussi avec un dinosaure récemment découvert en Bulgarie. Ce qui est aussi intéressant c’est que, pratiquement, à la même époque, bon, un peu plus tard, des dinosaures à bec de canard apparaissent également en Europe occidentale, en Espagne, en France, sur une autre île, mais ils sont complètement différents des nôtres. Cela nous suggère que l’archipel européen a été colonisé par différentes vagues de dinosaures à bec de canard, venus d’Asie. Certains ont atteint le sud-est de l’Europe, ont colonisé cette région et y sont restés, tandis que d’autres ont évité cette région en passant, probablement, par le nord de l’Europe, pour atteindre l’Europe occidentale et peupler ces îles, avant d’arriver même en Afrique du Nord. »
Selon notre interlocuteur, toute cette histoire des différentes vagues de migrations venues d’Asie, qui ont fini par coloniser différentes parties de l’Europe, présentait une correspondance historique très intéressante avec les vagues de peuples migrateurs qui, au début du Moyen Age étaient également venus d’Asie et ont fini par coloniser différentes régions. Certains d’entre eux, dont les Vandales, ont même gagné l’Afrique du Nord, soit la zone même où les dinosaures d’Europe étaient arrivés 70 millions d’années plus tôt. (trad. Andra Juganaru)