La fraude à un clic de distance
Les cybercriminels cherchent en permanence à s'emparer de données bancaires, de mots de passe ou de codes d'authentification pour subtiliser de l'argent ou des informations personnelles. Des faux messages aux liens trompeurs en passant par le vol de données personnelles, les dangers sont plus proches qu'ils n'y paraissent.
Corina Cristea, 11.09.2026, 10:57
Les services bancaires en ligne font désormais partie du quotidien. On paie ses factures depuis son téléphone, on vire de l’argent en quelques secondes, on vérifie son solde depuis n’importe où. Cette commodité s’accompagne cependant d’un risque bien réel : les cybercriminels cherchent en permanence à s’emparer de données bancaires, de mots de passe ou de codes d’authentification pour subtiliser de l’argent ou des informations personnelles. Des faux messages aux liens trompeurs en passant par le vol de données personnelles, les dangers sont plus proches qu’ils n’y paraissent.
En Allemagne, 11 % des utilisateurs d’internet ont été victimes de cybercriminalité au cours de la dernière année, selon le Moniteur de cybersécurité 2026 récemment publié par les organismes allemands de prévention de la criminalité. Avec 22 %, les fraudes liées aux achats en ligne représentent la catégorie d’infractions la plus répandue signalée par les victimes. Viennent ensuite l’accès non autorisé à des comptes en ligne, mentionné par 14 % des personnes concernées, les fraudes liées aux services de banque en ligne — 13 % —, et, à un niveau quasi identique, les attaques de phishing, par lesquelles les cybercriminels tentent d’obtenir mots de passe, coordonnées bancaires et autres informations sensibles via des plateformes ou des messages falsifiés. Les chiffres varient d’un pays à l’autre, mais ce qui se passe en Allemagne est un phénomène généralisé.
La cible la plus facile : l’utilisateur, pas le système
Silviu Stahie, spécialiste en cybersécurité auprès d’une importante société roumaine de protection des systèmes informatiques, explique :
« Les données financières sont généralement considérées comme des données très sensibles, mais le problème principal c’est que les utilisateurs de téléphones ne les considèrent pas vraiment comme telles. Ils les traitent avec une certaine légèreté, ce que les attaquants savent parfaitement, et ils construisent leurs messages et leurs campagnes autour de cette philosophie, à savoir que les gens ne font pas vraiment attention à leurs données financières. La plupart du temps, quelle que soit la nature du message, les attaques auxquelles nous faisons face au quotidien se résument à une seule chose : le vol d’informations financières. Et très souvent, il est extrêmement facile de convaincre la victime potentielle de les fournir d’elle-même. On peut compromettre des appareils, compromettre des réseaux, mais il est bien plus simple de compromettre la personne qui tient cet appareil en main. »
C’est pourquoi, la plupart du temps, les pirates n’attaquent pas les systèmes bancaires, ils exploitent plus volontiers la confiance et l’inattention des utilisateurs. Pourquoi ces fraudes réussissent-elles ? Parce que, malgré la généralisation du phénomène, il subsiste une tendance persistante à sous-estimer les risques liés à l’espace numérique, la majorité des personnes estimant que la probabilité de devenir victimes de cybercriminalité est faible, voire inexistante.
Vlad Nicolaescu, de l’Autorité de Surveillance Financière et spécialiste en éducation financière, énumère quelques signaux d’alerte :
« Si une offre est trop belle pour être vraie, si l’on vous garantit certains gains, si l’on vous annonce que vous avez gagné un prix dans un concours auquel vous n’avez même pas participé, si l’on vous réclame un paiement via des méthodes inhabituelles — cryptomonnaie, Western Union, cartes de type voucher – alors il y a des chances de vous faire attirer dans une arnaque. Ou si quelqu’un vous contacte au nom des autorités, car c’est aussi un signal d’alarme très fort, qui devrait vous faire tiquer. Je vous donne un exemple : l’Autorité de Surveillance Financière ne contacte pas les citoyens pour leur proposer un investissement ou une plateforme d’investissement. »
Ce ne sont là que quelques-uns des éléments qui devraient nous alerter, précise Vlad Nicolaescu, rappelant au passage qu’il ne faut pas enregistrer les données de ses cartes sur des sites inconnus — et que l’on peut utiliser des cartes virtuelles dédiées aux achats en ligne, afin de séparer le solde principal de sommes plus modestes réservées exclusivement aux transactions sur internet.
La technique au service de la vigilance
Pour paraître plus convaincants, les escrocs jouent sur plusieurs leviers psychologiques dans leurs échanges : l’urgence — il faut agir immédiatement —, la peur — votre compte est compromis —, la curiosité — vous avez reçu un virement —, ou encore la récompense — vous avez gagné un prix. Et dans les moments de stress ou de précipitation, même les utilisateurs les plus aguerris peuvent prendre de mauvaises décisions.
Au-delà de la vigilance et de l’analyse attentive, les risques peuvent également être minimisés grâce à des solutions techniques. Silviu Stahie à nouveau :
« Les solutions de sécurité actuelles nous permettent d’être informés lorsque nous recevons des messages dangereux. On reçoit un avertissement de l’application : « Attention ! Ce message est dangereux. Le lien que vous êtes sur le point d’ouvrir est dangereux. » Il existe des fonctions de blocage des appels provenant de numéros déjà identifiés comme impliqués dans des campagnes de fraude. Des outils permettent de se connecter en toute sécurité à certains sites. Prenons un exemple très simple : si vous êtes à l’étranger et que vous vous connectez à un réseau Wi-Fi public, utilisez un VPN pour accéder en sécurité aux ressources en question. Il suffit de les utiliser — les outils existent. L’authentification à deux facteurs est un outil extrêmement efficace, surtout pour les applications bancaires et financières, et notre recommandation est toujours de l’activer partout où elle est disponible. »
Dans un environnement numérique en constante évolution, concluent les spécialistes, la vigilance reste la mesure de sécurité la plus précieuse.
(Trad Ionut Jugureanu)