Profils et tendances migratoires
La migration est une réalité qui modèle des sociétés et donne naissance à une multitude de questions : qui sont ceux qui partent de nos jours ? Quel est le profil des émigrants et où s’inscrivent les Roumains dans les grandes tendances migratoires mondiales ? Enquête.
Corina Cristea, 23.01.2026, 10:29
Un phénomène qui ne cesse de gagner en ampleur
La migration mondiale se traduit aujourd’hui par des centaines de millions de personnes vivant dans un pays autre que celui où elles sont nées. Il s’agit principalement des adultes en âge de travailler, mais aussi des étudiants, voire des familles entières, des réfugiés, des demandeurs d’asile et des personnes déplacées par des conflits ou des catastrophes. Il s’agit aussi d’un phénomène en expansion. En effet, en 2020, le nombre de migrants internationaux était estimé à environ 275 millions ; quatre ans plus tard, il dépassait les 304 millions.
Quelques caractéristiques des migrants
La migration n’est dominée ni par une seule région ni par un seul groupe démographique. Les migrants viennent d’Afrique, d’Asie, d’Europe, d’Amérique latine et d’ailleurs, et la proportion de femmes migrantes est significative, presque équivalente à celle des hommes. Pour évaluer l’ampleur de la migration, il est par ailleurs essentiel de tenir compte de la définition sur laquelle repose ce concept clé des politiques économiques : le seuil de 12 mois est déterminant pour comprendre cette notion, tout comme l’existence, dans les statistiques officielles, de deux concepts distincts, la migration internationale selon la citoyenneté et la migration internationale selon le pays de naissance, comme le souligne le professeur Tudorel Andrei, président de l’Institut national de la statistique.
Tudorel Andrei: « Si l’on ignorait ces éléments, l’on aboutirait à des interprétations différentes, a de chiffres qui ne seront pas validés par les instituts nationaux de statistique, par Eurostat, l’OCDE ou les Nations unies. Ces trois organismes internationaux calculent périodiquement à la fois les flux et les stocks de migration internationale, car les statistiques nationales, en vertu des règlements européens, ont l’obligation de calculer chaque année les flux, mais pas les stocks. Le stock est une estimation réalisée sur la base de données obtenues auprès d’autres instituts nationaux de statistique. »
Profil du migrant roumain
La Roumanie figure en bonne place dans le classement mondial des pays présentant des taux élevés d’émigration. Aussi, les données les plus récentes d’Eurostat indiquent que plus de trois millions de Roumains vivent légalement dans d’autres États de l’Union européenne. Les spécialistes attirent toutefois l’attention sur le fait que le nombre réel est sans doute plus élevé, les registres officiels étant incomplets. L’ampleur de ce taux reflète des années de départs et de décisions prises, pour la plupart, dans l’espoir d’une vie meilleure, l’Europe occidentale constituant la destination privilégiée. L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni caracolent en tête du classement des pays de destination, en raison de la demande de main-d’œuvre, de communautés déjà établies et d’opportunités économiques. Les données montrent également qu’au cours des dernières années, le profil de ceux qui choisissent de partir a évolué : l’âge moyen est aujourd’hui légèrement plus élevé, autour de 35 ans, et la part des personnes diplômées de l’enseignement supérieur a augmenté, atteignant environ 40 %.
Le professeur Tudorel Andrei précise : « Vous savez, il existe deux catégories : ceux qui partent pour diverses raisons mais qui reviennent ensuite dans le pays, et ceux qui changent définitivement de domicile, qui s’établissent dans le pays d’accueil. Ces derniers sont, en moyenne annuelle, plus de 25.000. Le pic a été atteint en 2022, avec plus de 50.000 départs définitifs, alors qu’en 2024, selon des données provisoires, l’on en compte environ 29.000. »
Des études consacrées au phénomène migratoire montrent qu’une partie des Roumains émigrés sont surqualifiés pour les emplois qu’ils occupent à l’étranger, que l’émigration roumaine récente se caractérise par une proportion d’environ 55 % de femmes, alors que la tendance mondiale est plus équilibrée à cet égard, mais aussi qu’un mouvement de retour au pays se fait jour. Ainsi, rien que l’an dernier, près de 220.000 personnes sont revenues, soit définitivement, soit pour « tester » à nouveau la vie en Roumanie. Dans le même temps, une enquête récente de l’organisation Repatriot révèle que 29 % des Roumains de la diaspora envisagent un retour définitif, en particulier ceux établis en Israël, en Irlande, en Italie, en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Pour l’instant, la tendance demeure instable : tandis que certains rentrent, d’autres continuent de partir, attirés par la stabilité financière et les perspectives offertes à l’étranger. Le résultat est une diaspora qui, dans son ensemble, conserve sa taille, oscillant en permanence entre l’espoir du retour et le mirage d’une vie meilleure.
Rentrer au pays ou partir à l’étranger ?
Le président de l’Institut national de la statistique, Tudorel Andrei, conclut :
« La tendance est au retour, mais si l’on regarde les flux, il faut savoir qu’il y a aussi un certain nombre d’immigrés, originaires des pays d’Asie notamment, qui rejoignent le marché de travail roumain. Selon les dernières données, en 2024, près de 290.000 immigrés sont entrés en Roumanie ; parmi eux, une partie sont des Roumains d’origine, revenus d’Espagne, du Royaume-Uni ou d’Allemagne. Environ 65 à 70 % de ceux qui sont entrés dans le pays ont la nationalité roumaine. Un chiffre autrement intéressant est celui du nombre élevé d’enfants nés à l’étranger, qui ont au moins un parent originaire de Roumanie, des enfants enregistrés auprès des autorités roumaines. Ainsi, entre 2014 et 2024, plus de 370.000 enfants sont nés à l’étranger et ont été enregistrés en Roumanie. »
Cela signifie, ajoute Tudorel Andrei, qu’une bonne partie de ceux qui ont quitté le pays continue de conserver au minimum un lien culturel fort avec leur pays d’origine et qu’ils veulent aussi préserver un droit éventuel au retour à leurs enfants. (Trad Ionut Jugureanu)