Feu vert pour les projets SAFE de l’UE
Réunis à Bruxelles dans le cadre d’un Conseil des affaires étrangères de l’UE, les ministres européens de la Défense ont donné leur vote final aux programmes de réarmement de huit Etats membres. La Roumanie qui a été représentée à la réunion par son ministre de la Défense, Radu Miruta, a reçu le deuxième financement le plus important de l’Union dans le cadre de l’instrument SAFE, après la Pologne. L’enveloppe totale dont la Roumanie bénéficiera s’élève à 16,7 milliards d’euros. Réarmement européen
Corina Cristea, 06.03.2026, 10:29
L’instrument SAFE (en anglais, Security Action for Europe) constitue la réponse urgente bien que temporaire de l’Union européenne à la détérioration de l’environnement de sécurité, avec pour objectif d’accélérer les investissements publics majeurs dans l’industrie européenne de défense. Considéré comme un programme crucial, il intervient dans un contexte géopolitique complexe. Un contexte qui a mis en évidence les vulnérabilités européennes en matière de défense, son trop grande dépendance stratégique et l’urgence qu’il y avait de bâtir une Europe forte et autonome en matière de défense.
La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, avec toutes ses conséquences graves pour la sécurité européenne, a été le déclencheur de la création de cet instrument, conçu comme une réponse à un défi existentiel pour l’espace communautaire. Aussi, l’Union européenne entend accroître sa souveraineté en matière de défense, réduire ses dépendances stratégiques, combler les lacunes en matière de capacités critiques et renforcer la base industrielle et technologique de défense dans l’ensemble des États membres.
Aux côtés de la Belgique, de la Bulgarie, du Danemark, de l’Espagne, de la Croatie, de Chypre et du Portugal, la Roumanie fait partie de la première vague de pays qui ont reçu le feu vert de la Commission pour des investissements stratégiques en matière de défense. Aussi, réunis à Bruxelles, les ministres européens de la Défense ont récemment donné le feu vert aux programmes de réarmement pour ces huit États membres. La Roumanie a obtenu la deuxième plus importante enveloppe de l’Union dans le cadre du programme SAFE, après la Pologne, à hauteur de 16,7 milliards d’euros. Une somme qui portera le budget roumain de la Défense à environ 2,7 % du PIB en 2026, contre 2,2 % l’année dernière, soit une augmentation conforme aux engagements pris par l’ensemble des alliés de l’OTAN.
L’analyste politico-militaire Claudiu Degeratu explique :
« Cette hiérarchisation des allocations reconnaît l’importance stratégique de la Roumanie. Après la Pologne, nous bénéficions d’une enveloppe significative pour renforcer le flanc est de l’UE. En même temps, notre capacité d’absorption est évaluée positivement, ce qui est essentiel pour réussir à mener à bien cet instrument financier. Nous avons des projets ambitieux. L’on attend aussi la consolidation de capacités industrielles productives en Roumanie, que nous espérions depuis des années. Cela devient possible aujourd’hui avec l’aide de l’Union européenne. C’est une opportunité presque unique de développement industriel dans le secteur de la défense au cours des vingt dernières années. »
Des investissements multisectoriels
L’acquisition d’équipements militaires performants, comme les missiles français Mistral, la production d’armement et même de drones, ainsi que la construction de plus de 200 kilomètres d’autoroutes figurent parmi les principaux projets que la Roumanie entend financer via SAFE.
Le ministre de la Défense, Radu Miruţă, affirme que la Roumanie entend avancer rapidement dans le développement et la production de technique militaire :
« Il existe trois types de situations : D’abord, celles où nous achèterons des produits « sur étagère », parce que nous n’avons pas la capacité de les produire en Roumanie ; Ensuite, il existe deux autres catégories, les deux censées relancer l’industrie nationale de défense. Aussi, certaines productions seront réalisées à 100 % en Roumanie, d’autres partiellement, entre 30 %, 40 %, jusqu’à 80 %. Ce 80 % produit en Roumanie permettra de relancer l’une des composantes clés de l’industrie nationale d’armement. Or, pour moi, il est essentiel a ce que la production nationale de défense soit désormais revitalisé. Comment ? En utilisant les fonds SAFE pour introduire de la technologie dans une entreprise roumaine, avec des employés roumains travaillant sous licence de sociétés étrangères détentrices de cette technologie, de sorte que, de ce partenariat, la Roumanie conserve une partie de retombées d’une industrie nationale de défense relancée. Tenez compte aussi que nous devrons démontrer que nous sommes capables de livrer rapidement, car l’échéance de 2030, avec production locale et finalisation des équipements, est exigeante, même pour des entreprises privées très performantes. Enfin, nous voulons attirer et maintenir en Roumanie la chaîne d’approvisionnement locale, car dans les projets SAFE que nous comptons signer, il existe une obligation d’intégrer les entreprises locales dans ce circuit. »
Des achats conjoints
Partie intégrante du programme ReArm Europe (Préparation 2030), lancé par la Commission européenne dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la menace russe pesant sur l’Europe ces dernières années, SAFE dispose d’un budget de 150 milliards d’euros, accordés sous forme de prêts à des conditions avantageuses. Il s’agit d’un taux d’intérêt très faible, d’environ 3 % sur 40 ans, avec une période de grâce de 10 ans.
Le ministre Radu Miruţă détaille aussi le fonctionnement du mécanisme d’achats conjoints :
« SAFE nous permet de procéder beaucoup plus facilement à des achats communs. Si nous achetons 300 véhicules de combat d’infanterie et qu’un autre pays en achète 1.000 — c’est juste un exemple — nous bénéficierons du prix correspondant à l’achat de 1.300 unités. Cela signifie un prix bien plus bas que si nous achetions seuls. Il s’agit d’un mécanisme extrêmement avantageux d’un point de vue financier. »
Aussi, sur les 21 projets assumés par la Roumanie, 11 constituent des acquisitions conjointes avec d’autres États, ce qui implique des prix plus bas et des livraisons plus rapides.
(Trad Ionut Jugureanu)