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Le féminisme en Roumanie après la Seconde Guerre mondiale

Après 1945, le mouvement féministe roumain se voit, à l’instar de tout mouvement issu de la société civile, subordonné aux politiques du régime communiste.

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, 20.04.2026, 09:56

L’idéologie dicte alors les priorités et les actions à mener. Tandis que les initiatives officielles en faveur des femmes en difficulté sont largement mises en avant par la propagande, d’autres femmes subissent de lourdes persécutions dans les prisons politiques, leurs familles étant elles aussi marginalisées.

Dans la Roumanie communiste, une institution sera bientôt chargée des questions féminines. Tania Lovinescu y a travaillé et, en 2003, elle en évoquait les réalisations au micro du Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine. Ecoutons-la :

« Cette institution, appelée l’Union des Femmes Démocrates de Roumanie, a eu sans doute ses défauts, mais elle a contribué à l’alphabétisation, à l’amélioration de l’hygiène, à la lutte contre certaines maladies, et a apporté des produits de base dans les campagnes.

Ce sont des personnes que je n’ai pas connues, actives dès 1944-45, qui ont rendu possible l’adoption d’enfants victimes de la famine qui a sévi pendant la période 1946-47 par des responsables du parti et de l’État. Ces enfants, au lieu de mourir de faim dans des bleds perdus au fin fond de la Moldavie, ont été intégrés dans des familles. »

 

Engagement et réalités du terrain

 

Les femmes impliquées dans ces structures agissaient souvent par conviction. Tania Lovinescu se souvient :

« Le Conseil national des femmes a été créé plus tard, après une décision prise au sein du Comité démocratique des femmes. Nous étions une dizaine. Mais comme il existait partout dans le monde des organisations féminines, y compris en Amérique, il fallait un équivalent en Roumanie.

Depuis lors, les lettres, les drames, les cris de désespoir de nos concitoyennes arrivaient jusqu’à nous. Chacune de nous partait ensuite sur le terrain pour comprendre les situations particulières que ces femmes affrontaient. Nous nous sentions, d’une certaine manière, investies d’une mission sacrée. »

 

Cependant, la réalité était souvent plus complexe que ce que laissaient entendre les rapports officiels. Tania Lovinescu :

« J’ai toujours cherché une motivation émotionnelle forte dans mon travail. Je pensais aider réellement. Mais sur le terrain, les situations étaient souvent liées à des conflits locaux ou à des décisions arbitraires. Je ne dis pas que nous réussissions toujours, mais nous essayions. Et si vous voyez par exemple des femmes occuper des postes à responsabilité dans les villages, c’est aussi grâce à ce travail. »

 

Contrôle politique et limites du mouvement

 

En 1977, Nicolae Ceaușescu dissout plusieurs organisations associées à l’ancienne équipe de Gheorghe Gheorghiu-Dej. Aussi, le Conseil national des femmes passe à la trappe. Tania Lovinescu :

« Ceaușescu a supprimé plusieurs organisations, dont le Conseil national des femmes, et cela malgré le travail sérieux que nous accomplissions. Nous étions peu nombreuses, une trentaine de femmes actives, souvent mères, travaillant dans des conditions difficiles, absentes de chez nous pendant des semaines. Cette décision a été totalement incompréhensible. »

 

Mia Groza, fille de Petru Groza, le premier chef de gouvernement à majorité communiste, devenue diplomate auprès de l’ONU, a également été impliquée dans ces structures, notamment dans le domaine des relations internationales. Ecoutons-la :

« Je ne me suis jamais sentie réellement attirée par le féminisme. J’ai accepté ce travail à condition de m’occuper des relations internationales. J’ai eu des moments difficiles, car je devais parfois soutenir des personnes peu compétentes dans ce domaine. Mais j’ai aussi eu une activité importante à l’ONU, où j’ai présidé la Troisième Commission et travaillé avec U Thant, qui m’appelait « ma présidente favorite ». »

 

Pendant le régime communiste, entre 1945 et 1989, le mouvement féministe en Roumanie a ainsi eu un impact certes bénéfique, mais limité sur la résolution des problèmes réels des femmes. Il a surtout servi d’instrument au pouvoir politique, plutôt que de véritable porte-voix des revendications féminines.

 

(Trad. Ionut Jugureanu)

 

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