Jeunesse et emplois en Roumanie : un avenir qui s’annonce difficile
Une préoccupation majeure : la Roumanie, championne de l’UE du chômage et de l’inactivité des jeunes
Roxana Vasile, 04.11.2026, 10:19
Selon Eurostat, la Roumanie affiche actuellement le taux le plus élevé de l’Union européenne en ce qui concerne les jeunes sans emploi et ne suivant aucune fore d’études, ni de formation. Quant au chômage des jeunes, c’est toujours la Roumanie qui détient le record au niveau communautaire : un quart des personnes âgées de moins de 24 ans sont au chômage. Plus encore, le taux de chômage des jeunes est 8 fois plus élevé que celui des autres catégories de population en âge de travailler.
Et ce n’est pas tout. Un rapport de l’OCDE intitulé Regards sur l’éducation 2026 (Education at a Glance 2026) tire lui aussi la sonnette d’alarme : 23 % des jeunes Roumains âgés de 18 à 24 ans ne travaillent pas et ne sont inscrits dans aucune forme d’éducation ou de formation professionnelle. Cette catégorie est connue sous l’acronyme anglais NEET (Not in Employment, Education or Training). Le pourcentage enregistré en Roumanie dépasse largement la moyenne de l’OCDE, qui s’élève à seulement 14 %.
« Les jeunes adultes qui ne travaillent pas et ne suivent aucune forme d’éducation ni de formation représentent une préoccupation majeure pour les décideurs publics. En effet, les longues périodes d’inactivité à un âge précoce peuvent avoir des conséquences négatives durables sur le parcours social et économique ultérieur », met en garde l’organisation.
L’isolement social, un risque majeur
Au micro de Radio Roumanie Internationale, le sociologue Mihai Dumitru, chercheur spécialisé dans les questions liées à la jeunesse, le confirme. Selon lui, il s’agit de l’un des problèmes sociaux les plus graves auxquels la Roumanie est confrontée aujourd’hui :
« La jeunesse est une période de transition entre l’adolescence et l’âge adulte, au cours de laquelle les jeunes s’intègrent dans les relations sociales. Ils cherchent généralement à multiplier leurs contacts sociaux ou, au contraire, ils choisissent de s’isoler. Le fait de ne se retrouver ni dans le système éducatif, ni sur le marché du travail signifie un isolement social, avec des conséquences évidentes sur le développement individuel, mais aussi sur l’ensemble de la société. Nous traversons actuellement une période de changements peu visibles mais extrêmement profonds, liés à la révolution technologique qui transforme le marché du travail. A première vue, les jeunes pourraient y voir une opportunité, car ils maîtrisent les outils de l’intelligence artificielle mieux que les générations précédentes. Malheureusement, les barrières sociales sont nombreuses. La première cause d’échec sur le marché du travail reste l’éducation. Nous savons que les jeunes sont de plus en plus nombreux à quitter l’école, et qu’ils sont plus nombreux à le faire en Roumanie que dans n’importe quel autre Etat-membre de l’UE. Cela se produit à différentes étapes du parcours éducatif. Par exemple, près d’un étudiant sur cinq abandonne ses études universitaires après la première année pour des raisons financières ou personnelles, liées notamment au mariage, à la parentalité ou à d’autres difficultés de la vie. Or, sans une éducation adéquate, il devient très difficile de trouver sa place sur le marché du travail. Autre aspect intéressant : en Roumanie, les employeurs recherchent souvent des personnes expérimentées, aors que l’expérience est précisément ce qui manque aux jeunes qui viennent de terminer leurs études, qui sont encore en formation ou qui se sont arrêtés au niveau du lycée. »
Adapter l’éducation aux besoins du futur
A noter également que seulement 19 % des Roumains ont suivi des études supérieures, tandis que 56 % ont terminé le lycée ou une formation post-lycée. Selon Eurostat, seuls 23 % des jeunes Roumains âgés de 25 à 34 ans sont titulaires d’un diplôme universitaire. Parmi eux, certains travaillent dans un domaine totalement différent de celui de leurs études. Dès lors, où se produit la rupture entre l’école et les besoins du marché du travail ? Le chercheur Mihai Dumitru tente une explication :
« Cette question est étroitement liée à la planification du système éducatif. D’ailleurs, da demande d’une meilleure adaptation de l’école aux exigences du marché du travail a toujours existé. D’autre part : de nombreux employeurs avouent : « Les jeunes possèdent beaucoup de connaissances théoriques, mais ils ne disposent pas forcément des compétences dont nous avons besoin pour le postes en question ! » La véritable question est donc de savoir quelles professions préparer aujourd’hui et pour quel monde. Car, je le répète, le monde dans lequel nous vivons actuellement sera probablement très différent dans dix ans. Il en ira de même pour le marché du travail. »
Une stratégie nationale à long terme est nécessaire
Sans une stratégie nationale à long terme destinée à les accompagner, les jeunes risquent de perdre leurs repères et d’éprouver des difficultés à s’intégrer de manière autonome dans la société, estime encore notre invité. Mihai Dumitru conserve néanmoins son optimisme :
« Des solutions existent ! Mais elles nécessitent une véritable stratégie sur le long terme consacrée à la jeunesse. Par ailleurs, le nombre de jeunes ne cesse de diminuer, tout comme leur part dans la population totale. Cela signifie que la population roumaine vieillit. En 1992, l’âge moyen approchait les 35 ans. Aujourd’hui, il atteint les 40 ans. Dans ce contexte, c’est à la jeune génération de s’adapter à cette révolution technologique. Nous avons besoin donc d’une stratégie globale pour la jeunesse, qui mette avant tout l’accent sur l’éducation, puis sur la suppression des obstacles qui existent encore sur le marché du travail et sur la promotion de l’emploi des jeunes ».
Un coût élevé pour la société
Rappelons enfin que parmi les centaines de milliers de jeunes Roumains qui ne travaillent pas et ne suivent ni d’études ni de formation, 70 % déclarent ne pas trouver un emploi correspondant à leurs attentes. Beaucoup préfèrent ainsi rester sans emploi. Or, les personnes sans profession et sans activité professionnelle sont souvent marginalisées par la société. Dans le même temps, la jeunesse est une période marquée par les grandes interrogations sur l’identité et le sens à donner à sa vie. Dans ce contexte, l’absence prolongée d’un emploi ou d’une profession augmente les risques d’exclusion sociale, de pauvreté matérielle et de dépendance financière par rapport à sa famille.
Enfin, d’un point de vue économique, plus une génération entre tardivement sur le marché du travail, plus elle commence tard à contribuer au système de sécurité sociale, à l’économie et à la société dans son ensemble. Et sans doute, une génération qui peine à trouver sa voie et qui accède trop tard à l’emploi représente également un coût important pour l’Etat. Car, en attendant, l’économie a besoin de ressources humaines qu’elle devra chercher à l’étranger si elle ne parvient pas à les trouver à l’intérieur du pays.