Une démographie à la baisse
Les Roumains sont-ils de moins en moins nombreux et de plus en plus vieux ?
Roxana Vasile, 07.10.2026, 09:31
Au 1er janvier 2026, la Roumanie comptait 19 041 322 résidents, selon les données provisoires publiées fin août par l’Institut national de la statistique. La notion de « population résidente » réunit l’ensemble des personnes de nationalité roumaine, étrangère ou apatrides ayant leur résidence habituelle en Roumanie depuis au moins douze mois.
En l’espace d’un an, les statisticiens n’ont enregistré qu’une baisse de 1 829 résidents, soit une variation minime au regard de la taille de la population. Pourtant, les deux composantes à l’origine de cette évolution concernent chacune plusieurs centaines de milliers de personnes. Concrètement, la Roumanie a perdu près de 104 000 habitants en raison du déficit naturel, c’est-à-dire de l’écart entre le nombre de naissances et celui des décès. Ce recul a toutefois été presque entièrement compensé par un solde migratoire positif d’environ 102 000 personnes.
Cette évolution revêt une importance particulière dans un pays dont la trajectoire démographique a longtemps été marquée par l’émigration. Aujourd’hui, la dynamique s’est inversée : le nombre de personnes venues s’installer ou revenir vivre en Roumanie, autrement dit les immigrants, a dépassé celui des personnes ayant quitté le pays, les émigrants.
Les départs comme les arrivées concernent principalement les catégories d’âge actif. Les flux les plus importants ont été observés parmi les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen. Les hommes étaient majoritaires aussi bien parmi les émigrants (57,9 %) que parmi les immigrants (58,6 %). La migration influence ainsi non seulement le volume total de la population, mais également la taille de la population en âge de travailler.
Par ailleurs, sur les quelque 19 millions de résidents, la part des personnes âgées de 65 ans et plus a atteint 20,5 %. Dans le même temps, celle des enfants de moins de 15 ans est tombée à 15,1 %. Ces chiffres traduisent une détérioration du rapport entre les générations : on compte désormais près de 136 personnes âgées pour 100 enfants.
La Roumanie continue également de perdre du terrain sur le plan démographique. Le nombre de nouveau-nés a reculé de plus de 4 % sur un an, tandis que la baisse atteint près de 33 % par rapport à il y a dix ans.
Pour le professeur des universités Dumitru Sandu, sociologue et spécialiste des questions de démographie et de migration, la situation n’est toutefois pas aussi alarmante qu’elle pourrait le paraître. Au micro de Radio Roumanie Internationale, il explique :
« Le contexte évolue à plusieurs égards. La Roumanie est un pays en transformation et n’est pas la seule confrontée à ces problèmes. Je dirais donc que la situation n’est pas si grave. Le vieillissement de la population constitue, certes, un problème, mais notre pays n’est pas celui d’Europe où ce phénomène est le plus marqué. La natalité recule, mais pas davantage qu’au Japon, par exemple. Le vieillissement, la natalité et la migration représentent autant de défis. La question est donc : que faisons-nous pour y remédier ? Nous devons dès maintenant réfléchir à des solutions et aux moyens de lutter contre ces phénomènes. »
Les institutions doivent mieux fonctionner
Selon Dumitru Sandu, l’une des clés réside dans le renforcement du fonctionnement des institutions de l’Etat :
« Il nous faut un point de référence commun pour aborder le vieillissement, la baisse de la natalité et l’émigration. L’un de ces points communs est précisément constitué par les institutions. Il faut construire des institutions capables de fonctionner plus efficacement. J’ai dirigé, il y a plusieurs années, une enquête dans la région de Madrid sur la question suivante : comment encourager les Roumains d’Espagne à revenir au pays ? A l’époque comme aujourd’hui, la réponse valait aussi bien pour la migration que pour la natalité, le vieillissement étant un phénomène secondaire : il faut faire en sorte que les institutions roumaines deviennent comparables à celles du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France ou de l’Espagne. Je m’appuie sur des enquêtes et sur des données comparatives entre pays. Dans un Eurobaromètre, les personnes interrogées devaient répondre à la question : “Dans quelles conditions resteriez-vous dans votre pays ?” Car il ne suffit pas de rentrer au pays, encore faut-il y rester. Or, pour cela, il faut moins de corruption. Ce ne sont pas mes mots, ce sont ceux des personnes interrogées. Cela suppose donc des institutions plus efficaces et plus transparentes. »
Les revenus doivent augmenter
Pour l’expert en démographie et migration, une autre piste passe par le marché du travail. Les revenus doivent progresser, mais les opportunités professionnelles doivent également évoluer pour répondre aux réalités actuelles :
« L’emploi constitue un autre point de référence commun. Il est un pilier de la croissance de la natalité et du retour des migrants. Les revenus sont également essentiels, et tout le monde en parle. Prenons le cas des médecins. Leurs salaires ont été augmentés il y a quelques années et pourtant ils continuent de quitter le pays. Pourquoi ? Parce que les possibilités de développement professionnel à l’étranger sont différentes. »
Selon l’universitaire, le débat public roumain se limite trop souvent à des lamentations stériles, plutôt qu’à la recherche et à la mise en œuvre de solutions concrètes. Les interrogations sur la baisse de la population, le dépeuplement des villages, le faible taux de natalité ou encore la hausse de la migration occupent une place importante dans l’espace public, mais se plaindre sans agir ne permettra de résoudre aucun de ces problèmes.
C’est le constat de Dumitru Sandu, qui conclut :
« La Roumanie sera ce que nous saurons en faire. L’idée selon laquelle il existerait une fatalité est fausse. Il n’y a aucune fatalité. La Roumanie peut nous apparaître pire ou meilleure selon les actions que nous entreprenons. Prenons l’exemple des fonds européens. Nous les utilisons dans de nombreux domaines, ce qui est une bonne chose, mais pas pour faire revenir les Roumains au pays. Aujourd’hui, entre 4,5 et 5 millions de citoyens roumains vivent à l’étranger. Or, cette diaspora constitue l’une des grandes richesses du pays. Ce sont des personnes capables de porter un regard critique et de comparer différentes réalités. Pourtant, le nombre de parlementaires représentant la diaspora au Parlement roumain est à peu près équivalent à celui attribué à des départements de taille modeste comme Călărași, Ilfov ou Ialomița. Ce qui n’est pas normal. »
Ainsi, sans politiques efficaces et sans actions concrètes, la Roumanie pourrait perdre 3,4 millions d’habitants d’ici 2080. Selon les projections, un quart de sa population serait alors âgé de plus de 65 ans. Comment notre invité vient de le dire, à l’avenir, la Roumanie sera ce que nous saurons en faire.