Une aide étatique pour l’accès à la FIV
Un programme social d'intérêt national visant à soutenir la fécondation in vitro en Roumanie
Ion Puican, 16.09.2026, 10:30
À partir du 17 août, les couples et les femmes seules en Roumanie ont pu commencer à s’inscrire en ligne à la nouvelle édition du programme social d’intérêt national visant à soutenir la fécondation in vitro (FIV). La période d’inscription s’étend jusqu’au 15 novembre. Les femmes âgées de 24 à 42 ans peuvent postuler dans la mesure où elles sont affiliées au système de santé public, — une condition plus stricte que lors des éditions précédentes. Nicole Brunel, présidente de l’association SOS Infertilité, nous donne plus de détails.
« Le programme de fécondation in vitro du ministère du Travail et de la Famille a été lancé le 17 août, et dès le premier jour, plus de 3 000 dossiers ont été déposés pour les 10 000 places annoncées par le ministère. En nous basant sur l’expérience de l’association SOS Infertilitaté, qui accompagne les couples âgés majeurs souhaitant avoir des enfants, nous ne pensons pas que cette demande massive dépassera la capacité des cliniques roumaines à la traiter. En effet, les places sont accordées cette année, mais le processus de soin en soi pourra débuter jusqu’au début de l’année prochaine. »
Des chances de réussite plus minces après 40 ans
Les chances de réussite ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Le docteur Andrei Iacovache, gynécologue à la maternité de Brașov, a fait les précisions suivantes à Radio Roumanie concernant les chances de fécondation in vitro entre 40 et 42 ans.
« Un couple de plus de 40 ans, sans aide médicale, a peu de chances de concevoir naturellement, même s’il ne souffre pas de problèmes de fertilité. Alors si a fortiori il en souffre, les chances sont quasiment nulles. Et la fécondation in vitro obéit aux mêmes règles. En effet, un jeune couple recourt à la FIV avec des ovocytes jeunes, tandis qu’un couple, disons entre 38 et 40 ans, aura un taux de réussite par FIV de 10 %, et au-delà de 40 ans, peut-être de 5 %. Ceci dit, 10 % de chance c’est beaucoup mieux que 0 %. »
Le programme couvre jusqu’à trois tentatives de FIV. Nicole Brunel, présidente de l’association SOS Infertilité, souligne que tomber enceinte après 40 ans peut être facilité par un don d’ovocyte.
« Dans le cadre des FIV, l’âge de la patiente est limité à 42 ans, car à partir de 40 ans, les chances d’une femme d’avoir un enfant biologique diminuent considérablement. Or il y a une idée fausse qui circule dans la société, selon laquelle la fécondation in vitro résoudrait tous les cas d’infertilité. La fécondation in vitro offre des solutions pour de nombreux types d’infertilité, mais malheureusement, elle ne permet pas de remonter dans le temps. Les ovocytes d’une femme vieillissent à mesure qu’elle prend de l’âge et, malheureusement, pour l’instant aucune solution médicale permet d’outrepasser cette limite biologique. Après 40 ans, la solution peut résider dans le don d’ovocytes, mais très peu de femmes acceptent cette option d’emblée. Beaucoup d’entre elles choisissent d’essayer plusieurs fois avec leur propre matériel, avant de se tourner vers le don d’ovocytes, la solution qui leur permettra finalement d’accueillir dans leurs bras l’enfant qu’elles désirent. Après 40 ans, et a fortiori après 42-43 ans, la solution réside le plus souvent dans le don d’ovocytes. »
Au delà de l’âge, une réussite multifactorielle
Nicole Brunel rappelle, au micro de Radio Roumanie, que le succès d’une FIV dépend de nombreux facteurs.
« La fécondation in vitro est un processus très personnalisé, qui varie considérablement d’un couple à l’autre et d’une patiente à l’autre. Le facteur le plus important est l’âge de la femme, mais aussi celui de l’homme. Certaines études montrent que, contrairement aux idées reçues, les hommes ont eux aussi une horloge biologique. Mais de nombreux autres facteurs influencent le taux de réussite de la FIV. En premier lieu, le diagnostic : quelles sont précisément les pathologies qui ont empêché tel couple d’obtenir une grossesse spontanée ? En deuxième lieu, le mode de vie qui revêt une importance capitale. Et des facteurs liés à diverses pollutions : par exemple, on constate aujourd’hui la présence de microplastiques, y compris chez les nouveau-nés… Ainsi il faut bien comprendre que la FIV offre des solutions, mais qu’elle ne peut pas faire de miracle. »
L’aide financière accordée par l’Etat reste la même que les années précédentes, à savoir environ 3000 euros sous formes de bons médicaux, dont 1000 pour les médicaments et 2000 pour les actes médicaux recommandés par un spécialiste.
Un programme sur fond de chute de la natalité
Ce programme intervient dans un contexte de crise démographique aiguë. Selon l’Institut national de la statistique, 145 700 naissances ont été enregistrées en 2025 — le chiffre le plus bas depuis 96 ans, si l’on exclut la période de la Seconde Guerre mondiale. Le taux de natalité est tombé à 6,7 naissances pour mille habitants, contre 9,4 il y a dix ans. La population des enfants de moins de 18 ans a diminué de près de 20 % en vingt ans. Les données d’Eurostat confirment cette tendance : la Roumanie a enregistré la plus forte baisse de la fécondité au sein de l’UE, passant de 1,54 enfant par femme en 2023 à 1,39 en 2024 — bien en dessous du seuil de 2,1 nécessaire au renouvellement des générations. Paradoxalement, les femmes roumaines restent parmi les mères les plus jeunes de l’UE, avec un âge moyen à la première naissance de 27,2 ans, contre près de 30 ans pour la moyenne européenne. Nicole Brunel, présidente de l’association SOS Infertilité nous parle de l’histoire du programme de FIV.
« Le programme de fécondation in vitro du ministère de la Famille, qui relève désormais du ministère du Travail et de la Famille, en est à sa quatrième édition sous cette forme. Au cours des trois dernières années, il y a eu de très sérieux problèmes de financement. Concrètement, en 2024, le programme n’avait bénéficié d’absolument aucun budget et celui-ci a été obtenu in extremis grâce à la campagne menée par les patients et l’association SOS Infertilité. … À l’heure actuelle, il y a en effet plus de 3 000 dossiers qui ont été déposés rien que le premier jour et, quelques jours plus tard seulement, les premières bénéficières ont déjà reçu leur contrat signé ; elles devraient également recevoir les bons d’ici quelques jours afin de pouvoir entamer les procédures. »
Les causes de la chute de la natalité
Malgré ces avancées, Nicole Brunel note que les conditions ne sont toujours pas réunies pour que la FIV devienne une pratique courante en Roumanie.
« La Roumanie affiche l’un des taux de natalité les plus préoccupants, car ces dernières années, le nombre de naissances diminue de manière constante, voire systématique. L’année dernière, moins de 150 000 enfants sont nés en Roumanie. Et nous estimons que plus de 3 % des enfants nés en Roumanie sont conçus par FIV. C’est un taux significatif, un pourcentage significatif, mais bien inférieur au chiffre parfois supérieur à 10 % d’enfants conçus par FIV dans des pays comme l’Espagne. … Le principal obstacle n’est pas tant l’information ou l’accès, et en aucun cas la volonté du couple, mais l’argent. »
Ce programme reste l’un des rares outils par lesquels l’État soutient directement la natalité. Mais, selon les spécialistes, ce seul programme ne peut pas contrecarrer la chute de la natalité qui est un phénomène global, lié à l’économie, aux conditions sociales et aux politiques familiales en Roumanie.