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Le « phénomène Brăila » dans les écoles roumaines

L’année dernière, le soi-disant « phénomène
Brăila » était dans tous les médias roumains. C’était au moment de
l’évaluation nationale, un test passé par les élèves qui finissent le collège
et se préparent pour s’inscrire au lycée. L’entrée dans un lycée d’élite ou
dans un autre, moins bien coté, dépend en Roumanie des résultats à ce test. Ce sont
les représentants de l’ONG Human
Catalyst qui ont remarqué ce qui se passait pendant l’évaluation
nationale et qui ont parlé du « phénomène Brăila ».

Le « phénomène Brăila » dans les écoles roumaines
Le « phénomène Brăila » dans les écoles roumaines

, 19.06.2019, 17:55

L’année dernière, le soi-disant « phénomène
Brăila » était dans tous les médias roumains. C’était au moment de
l’évaluation nationale, un test passé par les élèves qui finissent le collège
et se préparent pour s’inscrire au lycée. L’entrée dans un lycée d’élite ou
dans un autre, moins bien coté, dépend en Roumanie des résultats à ce test. Ce sont
les représentants de l’ONG Human
Catalyst qui ont remarqué ce qui se passait pendant l’évaluation
nationale et qui ont parlé du « phénomène Brăila ».

Brăila est
un département du sud-est de la Roumaine. Là-bas, 36,5% des élèves en dernière
année de collège ne se sont pas inscrits à l’évaluation nationale à la fin de
l’année scolaire 2016-2017, soit le pourcentage le plus élevé du pays. Mais la
surprise était finalement ailleurs : la moyenne des notes obtenues à cet
examen a été très élevée à Brăila, de 7,29 sur 10, deuxième en Roumanie après
celle de la capitale, Bucarest. Laura Greta Marin, la présidente de
l’Association pour l’éducation et la justice sociale Human Catalyst, nous
explique ce paradoxe : « Le
« phénomène Brăila » est une pratique des enseignants qui
n’inscrivent pas les élèves faibles à l’évaluation nationale de fin de collège.
D’après nos informations, ce phénomène concernerait aussi les inscriptions au
Bac. Il y a différents moyens d’empêcher ces enfants de participer aux examens.
Dans certains cas, il y a eu des réunions avec les parents d’élèves où on leur
a dit que ce serait mieux de ne pas
inscrire leurs enfants à l’évaluation à cause des mauvais résultats
scolaires semestriels. Certains parents sont menacés par le directeur de
l’école que leur enfant redoublera l’année, qu’il n’aura pas la moyenne à
certaines disciplines ou son année scolaire ne sera tout simplement pas clôturée.
Il existe diverses méthodes coercitives que les écoles utilisent pour
convaincre les parents ou les élèves de ne pas participer à ces examens, afin
d’augmenter la moyenne par département ou par pays. »



On pourrait demander à Laura Greta Marin à juste titre, pourquoi les
résultats des écoles à l’évaluation nationale sont si importants. « En premier
lieu, il y a le prestige de l’école. Les inspections scolaires établissent des
classements au niveau des villes et des départements. Toute école veut occuper
la meilleure position possible dans cette hiérarchie. Le « phénomène
Brăila » en est une méthode facile. C’est plus simple d’augmenter la
moyenne de cette manière que d’investir du temps et des ressources dans la
préparation des élèves, pour qu’ils aient de bons résultats aux examens.
Lorsqu’un parent choisit le lycée de son enfant, il prend aussi en compte la
moyenne de l’établissement à l’Evaluation nationale, sa place au classement
national ou départemental. Cela a une influence aussi sur la tranche reçue du
budget d’Etat, en fonction du nombre d’élèves. Le budget de l’école dépendra
donc du nombre d’élèves inscrits. »



Puisque le « phénomène
Brăila » a fait un véritable
tollé dans les médias, l’année dernière, on constate dernièrement une baisse en
intensité de toutes ces pratiques, de peur que les autorités ne s’en
saisissent. Pour l’année scolaire 2017-2018, le taux d’absentéisme à l’examen d’évaluation
nationale a baissé de 4,4% par rapport à l’année précédente. Autrement dit, le
pourcentage des enfants ayant passé l’examen de fin de collège a augmenté, se félicitent
les experts de Human Catalyst. En revanche, un autre aspect s’est fait jour, s’inquiète
Laura Greta Marin : « Notre joie fut de courte durée, car
même si le nombre d’élèves inscrits à l’examen a augmenté, celui des élèves qui
redoublent à la fin du collège a augmenté aussi. 10.000 élèves en situation de
redoublement scolaire rien qu’en 2018. Cela veut dire que le « phénomène
Brăila » est toujours là, mais sous une autre forme. On n’essaie plus de
dissuader les parents à faire inscrire leurs enfants à l’examen d’évaluation
nationale, mais on demande de plus en plus souvent le redoublement pour les
plus faibles ce qui, finalement, fait baisser le nombre d’enfants qui participent
à cette examen. »


A en croire l’ONG Human
Catalyst, le nombre d’élèves redoublant l’année fin 2018 a augmenté de 70% par
rapport à l’année précédente (13.078 en 2017, par rapport à 22.250 en 2018). Un
écart impressionnant, qui intrigue Laura Greta Marin : « D’après les chiffres analysées, on
remarque une différence impressionnante d’une année à l’autre. Comment
expliquer une telle augmentation du taux de redoublement à la fin du collège en
une seule année ? Ce n’est pas normal. De tels décalages n’apparaissent pas
comme ça, du jour au lendemain, sauf si quelqu’un s’y mêle pour les provoquer.
Il y a certainement anguille sous roche pour avoir une hausse de 70% dans un délai
de temps si bref ! »




Des discussions à ce sujet ont eu lieu l’année
dernière, avec les représentants du Ministère de l’Education. Cette année,
après le remplacement du ministre de tutelle, les associations de parents et
les représentants des ONG se sont à nouveau précipités à appeler les autorités au
dialogue. Un dialogue qui s’avère d’autant plus nécessaire que le « phénomène
Brăila » n’a jamais été officiellement
reconnu par les autorités roumaines. (Trad. Elena Diaconu, Ioana Stăncescu)

Castelul Banffy (sursă foto: @
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