Le leu en baisse
Sur toile de fond de la crise politique actuelle à Bucarest, la monnaie nationale roumaine se déprécie constamment face à l'euro
Roxana Vasile, 07.05.2026, 12:30
Contrairement à d’autres pays d’Europe de l’Est qui permettent une plus grande flexibilité du taux de change, la Roumanie a utilisé la stabilité de sa monnaie nationale comme un pilier contre le taux d’inflation extrêmement élevé. Toute dépréciation du leu se reflète sur les prix à la pompe, les factures et les taux d’intérêt bancaires. Dans le contexte de la crise politique actuelle à Bucarest, le leu a continué de se déprécier face à l’euro et a atteint un nouveau niveau historique ce mercredi. 1 euro est équivalent à 5 lei et 26 bani, soit une hausse de 5 bani par rapport au taux de change précédent. Au cours des deux dernières semaines, le taux de change a augmenté de 3,5 %, après une période de stagnation qui a commencé en début d’année. La monnaie nationale s’est également dépréciée par rapport au dollar américain et désormais il faut compter 4 lei et 47 banipour 1 dollar. Le prix de l’or a également augmenté, à savoir de 653 à 676 lei pour un gram.
Et pourtant la Bourse de Bucarest n’a pas respecté le contexte politique et a clôturé la séance de mercredi à la hausse, l’indice principal, à savoir le BET, progressant de plus de 1 %.
Les actions d’Electrica, acteur majeur du marché de la distribution et de la fourniture d’électricité, ont augmenté de près de 10 %, tandis que celles de Romgaz, premier producteur et principal fournisseur de gaz naturel de Roumanie, ont enregistré une hausse de 2,7 % après l’annonce du rachat d’Azomures, premier producteur d’engrais du pays.
Des pourparlers avec les représentants des agences de notation
Dans ce contexte, le ministre des Finances par intérim, Alexandru Nazare, a indiqué avoir eu plusieurs entretiens avec des représentants de l’agence de notation financière Fitch Ratings concernant la situation politique en Roumanie suite à la chute du gouvernement dirigé par le libéral Ilie Bolojan. M. Nazare a souligné que les autorités roumaines devaient maintenir un dialogue constant avec toutes les agences de notation afin de préserver la perception d’une stabilité économique du pays.
Rappelons-le, au cours de la dernière année, les mesures d’austérité imposées par le gouvernement dirigé par M Bolojan visaient exclusivement à réduire le déficit du pays, qui était d’ailleurs le plus élevé de l’Union européenne, afin d’éviter d’attribuer à la Roumanie la catégorie « junk », c’est à dire déconseillée aux investissements. Alexandru Nazare a averti que la Roumanie devait continuer à respecter les objectifs budgétaires et les engagements assumées par le biais de la Commission européenne et du Plan National de Relance et de Résilience, malgré la période d’intérim politique.
« La trajectoire budgétaire ne doit pas être négligée, nous ne devons donner aucun signe de relâchement. En effet, la Commission européenne, les agences et les investisseurs suivent de près et avec une grande inquiétude la situation actuelle en Roumanie », a déclaré le ministre des Finances par intérim. Il a insisté sur la nécessité de poursuivre sans délai tous les projets liés au Plan National de Relance et de Résilience. Concernant l’évolution du taux de change leu-euro, il a assuré que la Banque nationale de Roumanie mettait en œuvre toute mesure pour « maîtriser la situation ».