Standard & Poor’s maintient la pression sur le gouvernement roumain
L'agence de notation financière Standard & Poor's avertit qu'elle pourrait abaisser la note de la Roumanie
Mihai Pelin, 18.05.2026, 12:38
L’agence de notation financière Standard & Poor’s a confirmé les notes de la dette souveraine roumaine à court et à long terme, tout en maintenant une perspective négative, laissant ainsi le pays à un seuil critique, juste au-dessus de la catégorie dite « investissement non recommandé ». Cette décision exceptionnelle, prise en dehors du calendrier habituel de l’agence, intervient dans un contexte de forte instabilité politique marqué par la dissolution du gouvernement de coalition dirigé par le libéral Ilie Bolojan à la suite d’un vote de défiance au Parlement roumain. Malgré cette crise institutionnelle, S&P souligne certains progrès budgétaires enregistrés depuis le début de l’année 2026, notamment la réduction du déficit public au premier trimestre ainsi que les premiers effets des mesures d’assainissement déjà engagées. L’agence considère également les fonds européens comme un pilier essentiel de stabilité économique. Les entrées de capitaux communautaires, estimées à près de 15 milliards d’euros en 2026, devraient soutenir les investissements publics et contribuer au financement de l’économie roumaine dans une période particulièrement sensible. Cependant, le maintien d’une perspective négative traduit les inquiétudes persistantes de l’agence quant à la capacité des autorités à poursuivre la consolidation budgétaire et à réduire les déséquilibres extérieurs du pays au cours des six à douze prochains mois. S&P avertit qu’un prolongement de l’impasse politique pourrait entraîner une dégradation de la note souveraine, en compromettant les efforts de réduction des déficits à partir de 2027.
Réformes, fonds européens et reprise économique
Selon S&P, un échec dans l’obtention des financements européens attendus dans les prochains mois affaiblirait considérablement les perspectives de croissance de la Roumanie. Une telle situation compliquerait davantage l’assainissement des finances publiques et accentuerait les pressions sur la balance des paiements. À l’inverse, l’agence n’exclut pas une amélioration de la perspective de la note, qui pourrait passer de négative à stable si le pays parvenait à réduire de manière significative ses déficits budgétaires et extérieurs grâce à une reprise durable de la croissance économique. Un tel scénario supposerait toutefois un large consensus politique autour d’une stratégie budgétaire crédible pour 2026 et 2027, incluant l’adoption d’un budget rigoureux malgré l’effondrement de la coalition gouvernementale moins d’un an après sa formation. Dans cette optique, les autorités roumaines sont appelées à poursuivre les réformes structurelles exigées par Bruxelles afin de sécuriser les financements européens et de renforcer la discipline budgétaire. Parmi les dossiers les plus sensibles figurent la maîtrise des salaires dans le secteur public ainsi que la modernisation de l’administration. S&P anticipe par ailleurs une phase de stagnation temporaire de l’économie roumaine en 2026, dans un contexte marqué notamment par les incertitudes des marchés internationaux de l’énergie. Le déficit budgétaire devrait atteindre 6,25 % cette année, un niveau nettement supérieur aux standards européens. L’agence prévoit néanmoins un redémarrage progressif de l’économie à partir de 2027, avec une croissance estimée à 2,5 %, soutenue par l’accélération des investissements et la mise en œuvre des réformes. Une telle dynamique pourrait contribuer à améliorer les principaux indicateurs macroéconomiques et à réduire progressivement les déséquilibres structurels du pays.