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La nationalisation des mines

En juin 1948, le gouvernement communiste a adopté une loi selon laquelle tous les moyens de production passaient dans la propriété de l’Etat. Ainsi, l’ensemble de l’économie était étatisé. Les mines ont naturellement été nationalisées elles aussi et, de plus, elles ont été considérées comme stratégiques, tandis que l’activité minière recevait une importance cruciale dans l’économie.

Foto: Artyom Korshunov / unsplash.com
Foto: Artyom Korshunov / unsplash.com

, 27.07.2026, 10:34

L’exploitation minière, l’une des plus anciennes activités de l’espace roumain

 

L’exploitation minière est l’une des plus anciennes activités des habitants de l’espace roumain, présente dans les toutes premières mentions des populations de l’intérieur de l’arc des Carpates. Une particularité du secteur minier roumain est sa diversité : charbon, sel, métaux précieux, métaux rares et spéciaux. L’exploitation minière a été à la fois un métier et une affaire dans laquelle se sont impliqués l’État comme les investisseurs privés. Elle a surtout engendré un monde à part, celui des métiers de la mine, d’une identité socioprofessionnelle forte et d’une fierté locale profondément ancrée.

 

Le gouvernement communiste, qui a pris le pouvoir en Roumanie le 6 mars 1945, avait inscrit dans sa vision économique l’abolition de la propriété privée. L’acte d’abolition, baptisé de manière populiste « nationalisation » — en réalité une confiscation pure et simple — fut promulgué le 11 juin 1948 et frappa également les mines.

 

 

En 1971, Ion Bică, militant communiste dès l’époque ou le parti communiste roumain survivait dans la clandestinité, se souvenait de la prise en main des mines du Gorj. Son témoignage est conservé dans les archives du Centre d’Histoire Orale de la Radiodiffusion Roumaine, aux côtés de ceux d’autres personnes ayant travaillé dans les mines et qui ont vécu à cette époque.

 

Ion Bică : « J’ai eu l’honneur de bénéficier de la confiance de la direction départementale du Parti, qui m’a confié la mission de participer, cette nuit-là, à la prise en charge de la mine de Schela. Guidés par l’organisation du Parti, avec les membres du Parti de la localité, nous avons pris possession de la mine sans difficulté. Je revis ce moment : nous installions pour la première fois un directeur de mine issu des rangs des ouvriers, le camarade Iosif Pop qui, au milieu de la nuit, manifestait — sous l’effet de l’émotion et de l’importance du moment — une certaine perplexité : pouvait-il vraiment être directeur ? Nous lui avons répondu : Tu es déjà directeur, et tu seras responsable de tout ce qui se passe dans cette mine jusqu’à demain, quand d’autres camarades viendront t’épauler. »

 

Des hommes désemparés, des outils brûlés, des vies brisées

 

En 2001, Ioan Cobori, habitant du village minier de Roșia Montană, décrivait la nationalisation de 1948 comme une fermeture pure et simple des mines. Voici son témoignage :

 

« Les mines ont fermé. Les gens ont pris leurs bocards (les machines à broyer le minerai), enfin, ils les ont démantelés, parce qu’ils leur appartenaient. Et puis ils sont partis chercher du travail ailleurs, chacun comme il pouvait. Les plus vieux n’ont pas bougé, ils n’avaient nulle part où aller. Les plus jeunes sont partis. Moi, je suis allé à Ghelari. J’y ai travaillé trois ans, comme mineur. Ensuite j’ai été à Teliuc un an. De Teliuc à Bumbeșt-Livezeni, puis à Petrila, trois mois, à Petroșani, à la mine Petrila. »

 

En 2001 également, l’ingénieur Eliazar Dumitraș confirmait les propos d’Ioan Cobori :

 

« Après la nationalisation, les gens sont partis dans toutes les directions, sur des chantiers, à la recherche de travail. D’autres, les plus âgés, les malades, sont restés chez eux. La nationalisation s’est faite très simplement : un beau matin, un ordre est tombé interdisant à quiconque d’entrer dans les mines : elles appartenaient désormais à l’État. Les gens étaient désorientés, bien sûr, car on leur avait brisé le sens de leur vie. Moi, j’avais 22 ans, je ne comprenais pas grand-chose — juste qu’on nous interdisait d’entrer dans la mine, et voilà. Je n’étais pas formé pour comprendre des termes économiques, pour saisir ce qu’était la nationalisation. Après la nationalisation, les bocards ont été démontés. Chaque propriétaire a démonté son installation, l’a ramenée chez lui et, comme c’était du bois, ils en ont fait d’autres usages, et dans le pire des cas : du combustible. Ils les ont brûlés. »

 

L’impact social d’une nationalisation brutale

 

La nationalisation généra des licenciements massifs, et Toderaș Brutus, en 2001, se souvenait de la grande inquiétude dont avaient été saisis tous ceux dont la mine était la seule source de vie. Une inquiétude qui s’ajoutait à l’incertitude ambiante et à la peur qu’inspiraient des autorités brutales et opaques dans leurs décisions :

 

Toderaș Brutus : « Les gens sont allés au travail, les bocards tournaient, ils se sont couchés, et le lendemain matin ils se réveillaient avec la nationalisation. Cela leur est tombé dessus comme un coup de tonnerre. Il n’y avait pas eu la moindre rumeur — si l’affaire avait été éventée, tout le monde l’aurait su. Et soudain, une annonce : plus personne n’avait le droit d’entrer dans la mine. Tout le monde s’est précipité pour en sortir les outils. L’on a mis des gardes, l’on a formé un groupe de surveillance rattaché à l’exploitation de Roșia Montană. Les gens sont allés chercher leurs outils, chacun ce qui lui appartenait. On leur a accordé le droit de laver le minerai qu’ils avaient encore dans leurs bocards, pour en extraire l’or. Mais on n’a plus alimenté les bocards en eau — ils ne pouvaient plus fonctionner, et le minerai qui restait ne pouvait plus être broyé. Les gens étaient désespérés : ils avaient des enfants, des charges, des dettes. Tous se demandaient : qu’allons-nous faire ?! »

  

Après 1989, après la chute du régime communiste, la nationalisation tant détestée et tout ce qu’elle représentait furent officiellement révoqués, mais les mines restèrent propriété de l’État. L’activité minière a été réduite depuis lors, et son avenir oscille depuis entre pessimisme et espoir. 25(Trad. Ionut Jugureanu)

 

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