Une analyse de la pauvreté en Roumanie
Plus d’un quart de la population de la Roumanie est confrontée à la pauvreté et à l’exclusion sociale.
Roxana Vasile, 27.05.2026, 15:04
Plus d’un quart des Roumains se confrontent actuellement au risque de pauvreté et d’exclusion sociale, et sont, aux côtés des Bulgares et des Grecs, les plus exposés à ces phénomènes au sein de l’Union européenne.
Quelles sont les régions les plus pauvres de la Roumanie ?
Le gouvernement de Bucarest, par le biais du ministère du Développement, des Travaux publics et de l’Administration vient de publier une analyse détaillée de chaque unité administrative – territoriale – soit l’une des radiographies les plus détaillées réalisées jusqu’ici au niveau local. Conformément au document, les niveaux de pauvreté les plus élevés sont à retrouver dans les régions de Moldavie (est), de Muntenie (sud), et d’Olténie (sud) et dans le centre de la Transylvanie (centre), où l’absence d’infrastructure, la mobilité réduite et le niveau particulièrement bas de l’éducation contribuent à l’aggravation de la vulnérabilité sociale. Les habitants de ces régions doivent naviguer entre mauvaises routes qui les isolent, rendant encore plus difficile l’accès aux écoles et hôpitaux et emplois peu nombreux et mal payés. Chaque facteur en amplifiant un autre, créant ainsi un cercle vicieux qu’il est très difficile de briser en l’absence d’aide extérieure.
Le contraste entre le milieu rural et les grands centres urbains est frappant.
Autrement dit, si un Roumain nait ou vit à proximité d’une grande ville, ses chances d’avoir des conditions de vie décentes sont indiscutablement plus élevées que s’il habite un village isolé du nord-est du pays, disons. C’est ce qu’explique le sociologue Vladimir Ionas : « Dans des pays tels la Roumanie, dans lesquels les investissements et toutes les politiques publiques mises en œuvre ces 35 dernières années ont principalement visé la population des grands centres urbains, le milieu rural et les petites villes sont carrément tombés dans l’oubli. Avec la désindustrialisation d’après 1990, les habitants de ces centres urbains de petites dimensions sont tout simplement devenus beaucoup plus pauvres. A cause de la migration saisonnière de la population vers d’autres Etats de l’UE, ce sont surtout les personnes âgées et les enfants qui y sont restés. D’où les taux très élevés d’enfants roumains confrontés au risque de pauvreté. Entre temps, ces 30 dernières années, les politiques publiques des gouvernements de Bucarest visant à améliorer leur niveau de vie ont été quasi-inexistantes. Si nous analysons les débats sérieux sur la manière dont l’Etat peut soutenir les enfants, encourager la natalité, résoudre les problèmes démographiques, aider les personnes confrontées au risque de pauvreté, alors nous découvrons malheureusement qu’ils n’ont abouti à aucun résultat. »
Sur papier le taux de chômage est relativement bas
Même si plus d’un quart de la population est confronté au risque de pauvreté et d’exclusion sociale, la Roumanie affiche sur papier un taux de chômage relativement bas. Vladimir Ionas poursuit et nous explique ce paradoxe : « Lorsque nous analysons les chiffres officiels et nous découvrons ce taux de chômage extrêmement bas, nous devons tenir compte du fait qu’ils incluent les personnes qui touchent vraiment des allocations chômage ou bien qui viennent de sortir d’une période de chômage, alors qu’en réalité en milieu rural ou dans les petites villes il y a un nombre significatif de personnes sans emploi qui pratiquent l’agriculture de subsistance. D’où le nombre très élevé de micro-fermes et de petits agriculteurs en Roumanie, par rapport aux autres Etats d’Europe. C’est un aspect culturel hérité d’avant 1990 qui est toujours très répandu dans le milieu rural de Roumanie. »
La pauvreté énergétique est également présente dans la société roumaine
Hormis la pauvreté générale, le rapport gouvernemental décortique aussi un phénomène moins débattu dans l’espace public : la pauvreté énergétique, c’est-à-dire le taux de la population qui ne peut pas se permettre une consommation énergétique minimale, notamment en hiver. Or l’analyse identifie un taux élevé de pauvreté énergétique surtout dans la région rurale de l’arc des Carpates, là où des dizaines de milliers de Roumains passent les hivers dans des maisons et appartements mal chauffés tout en consacrant une grande partie de leur revenu pour s’acheter du bois de chauffage ou payer des factures d’électricité et de gaz. D’autres sont tout simplement obligés à résister au froid.
Un Revenu minimum qui n’est pas pour tous ceux qui en ont le droit
Le principal programme national d’assistance sociale à destination des personnes et des familles en détresse financière est le Revenu minimum d’inclusion (l’équivalent du RSA). Nombre de familles roumaines arrivent à boucler les fins de mois à l’aide de cette aide sociale qui est de toute façon assez maigre. Dans les régions extrêmement pauvres, ces familles dépendent exclusivement du soutien de l’Etat pour survivre d’un mois à l’autre. Le fait que certaines localités ne rapportent aucun bénéficiaire de ce Revenu minimum d’inclusion n’est pas réjouissant non plus, puisque dans pas mal de cas, des personnes qui auraient le droit à cette aide n’en bénéficient parce que soit elles ne savent pas que celui-ci existe, soit elles sont dans l’incapacité de le demander aux institutions compétentes. Et dans les deux cas, les autorités locales ne les aident pas.
En cas de crise économique et de récession, l’Etat coupe les aides sociales
D’ailleurs, en Roumanie les politiques publiques visant à soutenir les personnes vulnérables face à la pauvreté, quel que soit leur âge, ont souvent été réduites et même annulées justement durant des périodes difficiles, d’austérité, au nom des économies de budget. En voici un exemple rapporté par le sociologue Vladimir Ionas : « La Roumanie – c’est-à-dire la classe politique, les décideurs – n’a jamais su, ou bien n’a jamais voulu conditionner l’octroi de l’allocation scolaire et de tout autre aide qu’offre l’Etat à la présence des enfants à l’école, justement afin d’encourager les enfants à participer quotidiennement aux cours. L’aide que l’Etat offrait par le biais d’un repas chaud avait un impact très important pour grand nombre d’habitants du milieu rural ou des petites villes. Et même dans ce cas-ci, l’Etat a jugé qu’il pouvait faire des économies lorsqu’il était confronté à des problèmes d’ordre économique et financier. Je crois que les débats devraient viser prochainement l’intégralité du soutien que les Etats peuvent offrir aux enfants parce que nous sommes conscients du fait qu’un des problèmes les plus graves au niveau européen est justement la démographie et surtout la natalité. C’est pourquoi il faut introduire des politiques publiques visant à encourager cet axe et aider les enfants. Et puis il y a un gros problème du côté des personnes en situation de handicap. Voici donc deux chapitres sur lesquels la Commission européenne met aussi un accent particulier ! »
Un tableau sombre pour la Roumanie
En somme, le tableau est assez sombre en Roumanie : dépopulation et vieillissement accéléré, mobilité géographique élevée et concentration autour des grands centres urbains ou bien émigration amplifiée, disparités aigues entre taux d’occupation de la main d’œuvre et vulnérabilité sociale. Ceux qui restent derrière, enfants, personnes âgées ou bien actives mais sans études ou encore en situation de handicap entrent dans un cercle vicieux de la pauvreté d’où il est de plus en plus difficile de sortir en l’absence de politiques sociales bien conçues.