Via Eminesciana, sur les traces d’Eminescu
Cette année marque le 160e anniversaire du départ d'Eminescu de sa maison d'enfance, du village d’Ipotesti, et le début d’un voyage à la découverte de notre pays et de lui-même. Camelia Manea, maître de conférences à la Faculté des sciences de l'éducation, nous invite à entreprendre un voyage sur les traces d'Eminescu : "Via Eminesciana".
Ana-Maria Cononovici, 30.06.2026, 09:46
Repère de la culture roumaine, le poète national Mihai Eminescu peut être considéré aussi comme un élément qui unit les Roumains. C’est l’approche proposée par Camelia Manea, maître des conférences à la Faculté des sciences de l’Education au sein de l’Université de Sciences Polytechniques de Bucarest. Elle nous invite à la rejoindre pour parcourir l’itinéraire touristique consacrée au plus grand poète roumain : Via Eminesciana.
Voyageur expérimenté, Camelia Manea a visité elle-même tous les endroits par où Mihai Eminescu est passé, en y recherchant des traces de sa présence sur les lieux.
Pourquoi créer un tel itinéraire ?
Camelia Manea explique :
« Je me suis rendue compte qu’il faudrait marquer les événements qui ont eu lieu il y a des années, par une idée novatrice. Et pour cause : la Roumanie n’a pas d’itinéraires culturels. Cette belle tradition de rendre hommage aux personnalités culturelles existe à l’étranger. A mon avis, Via Eminesciana est un itinéraire qui unit les cœurs des Roumains. Cette année, on marque les 160 ans écoulés depuis le voyage initiatique fait par Eminescu de Cernăuţi à Blaj. Un voyage qu’il a fait dans un contexte assez difficile pour l’enfant de 16 qu’il était à cette époque-là. Le 24 janvier 1866, selon l’ancien calendrier, Aron Pumnul (l’enseignant du jeune Eminescu) meurt, et ses élèves, Eminovici compris (c’était son nom à l’époque), font paraître une brochure intitulée « Les larmes des élèves collégiens auprès de la tombe de leur bien aimé professeur ». La même année, le 25 février, Eminescu fait ses débuts dans la revue Familia/ La famille, publiée à Peste par Iosif Vulcan (journaliste et écrivain) avec la poésie « De-as avea/ Si j’avais… ». C’est Iosif Vulcan donc qui publie son poème sous le nom d’Eminescu, manifestant dès le début son désaccord pour le suffixe du nom d’origine slave. Entre temps, la revue Familia publie 12 autres poésies qui annonçaient déjà le destin d’un grand messager de la culture roumaine ».
Par où passe concrètement le parcours Via Eminesciana ?
Camelia Manea raconte :
« Moi aussi j’ai parcouru cet itinéraire, à plusieurs reprises, toujours par curiosité. Je me suis baladée à travers des villages de Bucovine, de Tchernivtsi (aujourd’hui en Ukraine) à Crasna, Vicov, Marginea, Solca. Ce sont des zones d’une rare beauté ! Gura Humorului est une halte tout aussi remarquable ! J’ai continué vers Câmpulung Moldovenesc, avant d’arriver à Vatra Dornei. Ce qui est très intéressant, c’est qu’Eminescu fait preuve d’une maturité extraordinaire. Il quitte Tchernivtsi car il ne peut plus continuer ses études, pour aller passer ses derniers examens à Blaj. Mais comment a-t-il voyagé ? Où s’est-il logé ? Il n’y a pas trop de témoignages en ce sens.Il est passé par Gura Humorului, où il a pu visiter le monastère de Humor, il est allé à Voroneţ, monastère bâti par les princes régnants Alexandre le Bon et Etienne le Grand. La ville de Campulung Moldovenesc est tout aussi charmante avec sa foire qui s’étale le long de la rivière de Moldova, avec belles maisons où il a été accueilli. Selon une légende locale, il a fait halte chez un paysan de Sadova, où il a recueilli du folklore. Je me suis donc rendue à Sadova, et les gens y sont vraiment extraordinaires ! Puis, de nos jours, une rue de Câmpulung Moldovenesc porte le nom du poète. Son buste réalisé par le sculpteur Ioan Lucian Murnu a été installé dans le parc de la ville et sur son socle on peut lire quelque vers de la poésie « En Bucovine/ La Bucovina ». »
L’itinéraire commence donc en Ukraine, à Tchernivtsi et se poursuit en Roumanie à Gura Humorului, Câmpulung Moldovenesc – voici les principaux repères de ce parcours sur les traces de Mihai Eminescu proposé par notre invitée.
Quels autres endroits peut-on rajouter à la liste ?
Camelia Manea poursuit :
« Prochaine étape : Vatra Dornei. On y trouve aussi un buste de Mihai Eminescu signé par le sculpteur Ion Ionescu. D’ailleurs, le nom de cette localité est mentionné dans la poésie « Doina ». En effet, en 1875, Eminescu a été fortement marqué par ce voyage. En témoignent les nombreux bustes sculptés, les rues qui portent son nom, les plaques commémoratives. Ce serait dommage de ne pas les mettre officiellement sur un itinéraire qui pourrait réunir les Roumains de Bucovine, les communautés roumaines de l’autre côté de la frontière ukrainienne et les Roumains de Transylvanie ».
En fait, à parcourir la Via Eminesciana, on découvrira aussi plein d’autres figures marquantes de l’histoire et de la culture roumaine, précise encore notre invitée. (trad. Valentina Beleavski)