Quel gouvernement veulent les Roumains ?
La majorité des Roumains plaident en faveur de compromis politiques permettant la formation d'un gouvernement doté de pleins pouvoirs
Ştefan Stoica, 09.09.2026, 11:13
Depuis plus de quatre mois, la Roumanie est gouvernée par un cabinet intérimaire, aux prérogatives exécutives limitées. Le gouvernement minoritaire réunissant le PNL, l’USR et l’UDMR a été renversé le 5 mai, après l’adoption par le Parlement d’une motion de censure déposée par le PSD, jusque-là partenaire de coalition, avec le soutien de l’AUR, la formation populiste et nationaliste d’opposition. Depuis, deux propositions de Premier ministre avancées par le président Nicuşor Dan ont échoué, dont l’une avant même d’arriver devant les députés. L’équation politique demeure particulièrement complexe : le PNL et l’USR excluent pour l’heure de renouer avec les sociaux-démocrates, tandis que le PSD hésite à formaliser un rapprochement avec l’AUR. Quant au chef de l’État, il refuse de prendre le risque d’investir un Premier ministre qui ne disposerait pas d’une majorité suffisamment solide. Une prudence qui prolonge toutefois une situation devenue difficilement tenable, alors que la population manifeste une lassitude croissante face à cet interminable provisoire et à l’incertitude qui l’accompagne, dans un contexte économique déjà particulièrement délicat.
Les Roumains veulent tourner la page
Un récent sondage réalisé par l’institut INSCOP témoigne de ce désenchantement : près des deux tiers des personnes interrogées, soit 64 %, jugent prioritaire que les partis parviennent au plus vite à un accord pour former un gouvernement de plein exercice, quitte à consentir certains compromis. À l’inverse, 27 % privilégient l’absence de concessions majeures, même au prix d’une formation plus tardive du gouvernement. Plus d’un Roumain sur deux estime par ailleurs que la prolongation de l’intérim gouvernemental au cours des prochains mois aurait des conséquences négatives pour le pays. Cette opinion est particulièrement répandue chez les plus de 60 ans, les diplômés de l’enseignement supérieur et les habitants de Bucarest. À peine 14 % anticipent, au contraire, des effets positifs. « Les Roumains expriment clairement leur souhait de voir le système politique fonctionner et l’incertitude s’atténuer », analyse Remus Ștefureac, directeur d’INSCOP Research. Selon lui, le compromis entre les formations politiques devient une exigence forte dès lors que l’alternative est la prolongation de l’impasse : les électeurs semblent ainsi privilégier le pragmatisme à la rigidité partisane. Ils accepteraient les coûts inhérents à la négociation, mais beaucoup moins ceux de l’inaction. La prolongation de l’intérim est désormais perçue comme une vulnérabilité plutôt que comme une simple parenthèse de transition. Le temps politique perdu commence à avoir un prix, notamment en termes de soutien électoral pour les partis engagés dans les négociations, souligne Remus Ștefureac. Le sondage fait enfin apparaître un étonnant dénominateur commun entre les électorats des principales formations : tous ou presque souhaitent une sortie rapide de l’impasse. Une aspiration qui dépasse donc les clivages partisans et touche, plus fondamentalement, au fonctionnement même de l’État.