Christian Ghibaudo, de France, sur le port obligatoire de l’uniforme
Le 21 septembre dernier, le Sénat roumain a adopté le projet de loi prévoyant le port obligatoire de l’uniforme scolaire dans les écoles de Roumanie.
Ioana Stăncescu, 16.10.2026, 10:11
En Roumanie, les vacances scolaires d’automne approchent à grands pas. Et, en parlant d’école, permettez-moi de saluer Monsieur Christian Ghibaudo de France, qui nous a envoyé début octobre un nouveau rapport d’écoute et des questions. Notre auditeur a suivi l’émission mise en ondes le 29 septembre, notamment la chronique Complètement d’actu, dans laquelle nous avons parlé de la réaction des élèves roumains après l’adoption par le Sénat de Bucarest, d’un projet prévoyant l’obligation de porter un uniforme scolaire dans les écoles roumaines.
Le port obligatoire de l’uniforme scolaire dans les écoles roumaines.
Une pratique commune à l’époque communiste, quand tous les élèves étaient habillés en uniformes, depuis la maternelle et jusqu’à la fin du lycée. Je me rappelle que même pendant les hivers rudes des années 1980, quand les salles de classe n’étaient pas réchauffées, nous n’avons pas le droit de renoncer aux uniformes. Si les garçons avaient des pantalons et une veste, nous, les filles, on était obligée de porter un sarafane, sorte de robe droite sans manches, longue et évasée. Du coup, en hiver, quand dans les salles de classe il faisait 10 degrés et que nous écrivions les mains gantées, nos mères et nos grandes mères nous tricotaient des leggins en laine, à enfiler en dessous de l’uniforme. Chaque année, avant la rentrée des classes qui avait lieu le 15 septembre, ma mère m’achetait deux uniformes, dont une avec la robe plus large que ma taille, afin que je puisse mettre en hiver une paire de leggins ou même des pantalons sous la robe.
Après la révolution de 1989, l’uniforme a été supprimé, notamment dans les collèges et les lycées. Pourtant, quelques années plus tard, le port de l’uniforme est progressivement revenu dans les écoles primaires, qui se sont donné la liberté de choisir chacune son uniforme, avec le concours des parents. D’ailleurs, c’est là un des aspects les plus problématiques. Qui va payer ? Un uniforme obligatoire signifie potentiellement plusieurs vêtements par élève : pantalon ou jupe, chemise ou polo, veste, pull, chaussures éventuellement spécifiques, vêtements d’hiver ou de sport selon les règles de l’établissement. Pour une famille ayant plusieurs enfants scolarisés, la dépense peut rapidement devenir importante.
Qui paie pour les uniformes?
C’est pourquoi le projet adopté récemment par le Sénat prévoit des mesures de gratuité ou de subvention. Sauf que, cette question financière alimente aussi la controverse. Certains opposants au projet estiment que les ressources publiques devraient plutôt être consacrées à d’autres problèmes du système éducatif roumain : infrastructures scolaires, matériel pédagogique, enseignants, programmes de soutien ou lutte contre l’abandon scolaire, autant de problèmes auxquels l’Education nationale se confronte.
Conformément au règlement mis en place au niveau national, les élèves doivent se présenter à l’école avec une tenue vestimentaire décente et adaptée au milieu scolaire. Mais cela n’arrive pas à effacer les différences économiques entre les familles. Les adeptes de l’uniforme affirment qu’une tenue commune pourrait réduire la compétition vestimentaire entre les enfants. Si tous les élèves, disent-ils, ont une tenue similaire, il devient plus difficile de juger un camarade en fonction de la valeur de ses vêtements. Au pôle opposé, d’autres voix affirment que jamais un uniforme n’a réussi à gommer les différences entre les élèves et à effacer les iniquités sociales. Face à tous ces arguments, de nombreux élèves défendent une autre vision : les vêtements, disent-ils, constituent une forme d’expression personnelle. Pour un adolescent, choisir ses vêtements peut être une manière de montrer sa personnalité, ses goûts ou son appartenance à une culture ou à un groupe. Imposer une tenue identique à tous peut donc être perçu comme une restriction de la liberté individuelle.
Un simple code vestimentaire à la place de l’uniforme
Des témoignages recueillis récemment par Digi24 montrent d’ailleurs des opinions très partagées. Certains élèves se déclarent favorables à une certaine rigueur vestimentaire, mais souhaitent conserver une liberté personnelle. D’autres estiment qu’un simple code vestimentaire serait préférable à une véritable uniformisation.
Le 21 septembre dernier, le Sénat roumain a adopté avec 84 voix pour, 18 contre et 4 abstentions, le projet de loi prévoyant le port obligatoire de l’uniforme scolaire dans les écoles de Roumanie. Mécontents, de nombreux élèves de l’enseignement secondaire se sont présentés en cours vêtus de noir. Ils reprochent aux responsables politiques de ne les avoir pas consultés, surtout qu’ils trouvent tout à fait normal d’exprimer leur opinion sur des choses qui les concernent. De leur côté, les initiateurs de cette proposition affirment que les différences socio-économiques entre les élèves sont de plus en plus visibles, notamment à travers leur tenue vestimentaire, et que celles-ci peuvent alimenter l’exclusion sociale, la pression psychologique et le harcèlement liés à la situation financière de la famille.
Le débat sur l’uniforme scolaire en Roumanie est loin d’être terminé. Le Sénat a adopté le projet, mais celui-ci doit encore être examiné par la Chambre des députés, qui est la chambre décisionnelle pour cette proposition. Le texte pourrait donc encore être modifié ou rejeté. Ses défenseurs y voient un moyen de renforcer l’égalité, de limiter certaines différences sociales et de développer le sentiment d’appartenance à l’école. Ses opposants craignent au contraire une restriction de la liberté individuelle et mettent en doute l’efficacité de l’uniforme contre le harcèlement ou les difficultés profondes du système éducatif. Une solution intermédiaire pourrait consister à privilégier une tenue scolaire simple, confortable et financièrement accessible, plutôt qu’un uniforme très strict. Les élèves pourraient ainsi respecter les règles de leur établissement tout en conservant une certaine liberté personnelle.
Notre auditeur, Christian Ghibaudo, nous rappelle qu’en France, l’expérimentation de la tenue vestimentaire commune (l’uniforme) lancée en 2024, a pris fin à la rentrée 2026 après un bilan officiel montrant des effets limités sur les élèves. Le financement partagé entre l’État et les communes s’est révélé trop lourd à porter durablement pour les finances publiques et certaines familles. Et le dispositif n’a pas entraîné de changement majeur dans le quotidien des collégiens. Par contre, dit M. Ghibaudo, en Principauté de Monaco, ou il a fait une partie de ses études, le port de l’uniforme est aujourd’hui généralisé dans les écoles primaires publiques depuis 10 ans et étendu aussi aux collèges de la Principauté de Monaco. Merci, cher ami, de continuer de rester à l’écoute de nos émissions et à bientôt de vous lire.