La qualité de vie : un concept pluridimensionnel
En Roumanie, la qualité de vie se caractérise par un contraste marqué entre la croissance économique enregistrée après la révolution anticommuniste de 1989, soit au cours des quelque 35 dernières années, et la perception qu’en ont les citoyens. Si certaines catégories se déclarent satisfaites de leur existence, une bonne partie de la population continue d’accuser des retards par rapport à la moyenne de l’Union européenne. Les chiffres le confirment. Selon le plus récent baromètre du Parlement européen, publié cette année, 63 % des Roumains se déclarent satisfaits de leur qualité de vie, contre une moyenne européenne de 83 %.
Roxana Vasile, 28.10.2026, 13:05
La qualité de vie mesure le niveau général de bien-être, de confort et de satisfaction d’une personne au sein de la société. Il s’agit donc d’un concept complexe et pluridimensionnel. Lorsque l’on évoque la qualité de vie, on pense avant tout à la santé physique et mentale : le bien-être biologique, l’absence de la douleur ou des maladies chroniques, l’énergie au quotidien, l’équilibre émotionnel et la santé psychologique. Mais mener une vie de qualité demande également des conditions matérielles adéquates, telles qu’un revenu suffisant, un sentiment de sécurité financière, l’accès à une alimentation de qualité, à des vêtements et à un logement décent. Viennent ensuite les relations sociales et le cadre de vie. Car les interactions avec la famille, les amis et l’ensemble de la communauté sont tout aussi importantes. La qualité de vie repose également sur la satisfaction professionnelle ainsi que sur un bon équilibre entre la vie privée et la carrière. A cela s’ajoutent la confiance faite aux institutions et la qualité des services publics.
Qu’en est-il en Roumanie ?
En Roumanie, la qualité de vie se caractérise par un contraste marqué entre la croissance économique enregistrée après la révolution anticommuniste de 1989, soit au cours des quelque 35 dernières années, et la perception qu’en ont les citoyens. Si certaines catégories se déclarent satisfaites de leur existence, une bonne partie de la population continue d’accuser des retards par rapport à la moyenne de l’Union européenne. Les chiffres le confirment. Selon le plus récent baromètre du Parlement européen, publié cette année, 63 % des Roumains se déclarent satisfaits de leur qualité de vie, contre une moyenne européenne de 83 %. Parmi les personnes les plus satisfaites figurent principalement celles qui disposent d’un niveau d’éducation élevé. A l’inverse, 37 % des habitants de la Roumanie se disent mécontents de leur vie quotidienne, un chiffre largement supérieur à la moyenne européenne de 17 %.
De profondes inégalités économiques et sociales
Quelle est la différence entre la qualité de vie d’un Roumain et celle d’un habitant d’Europe occidentale ? C’est la question que nous avons posée à Catalin Zamfir, membre de l’Académie roumaine, sociologue et directeur de l’Institut de recherche sur la qualité de vie au sein de l’Académie roumaine. Selon lui, les politiques publiques jouent un rôle central dans ces écarts.
« Les écarts économiques sont très importants et ne cessent de se creuser. Or, les différences de niveau économique expliquent également les écarts en matière de santé, d’éducation et dans bien d’autres domaines. S’y ajoute un déficit de politiques sociales. Le système de santé connaît de graves difficultés, tout comme l’éducation. Le sous-financement de la recherche scientifique a également son mot à dire. Toutes les données montrent que la Roumanie occupe l’une des dernières places en Europe en matière de financement de la recherche, avec des écarts considérables par rapport aux autres pays ayant traversé une transition similaire. »
Comment améliorer la vie des Roumains
Interrogés sur les mesures susceptibles d’améliorer leur qualité de vie, la plupart des Roumains évoquent d’abord la nécessité d’améliorer leur situation financière. Et pour cause : le pouvoir d’achat et le niveau des revenus demeurent inférieurs à la moyenne européenne, tandis que l’inflation et le coût de la vie continuent d’exercer une forte pression sur les ménages. Les personnes interrogées pointent du doigt également les carences du système sanitaire, telles : l’état des infrastructures hospitalières, l’accès aux soins et la disponibilité de soins de qualité.
Les Roumains ressentent aussi les effets du faible taux de natalité et du vieillissement démographique, qui exercent une pression croissante sur le marché du travail et sur le système de retraites. Enfin, ils sont nombreux à dénoncer l’existence d’un fossé considérable entre les zones urbaines et rurales, où les personnes âgées et à bas revenus sont souvent confrontées à la pauvreté et à l’absence de services essentiels. Catalin Zamfir précise :
« Au cours des 30 dernières années, les écarts économiques et sociaux entre les différentes régions de la Roumanie se sont accentués de manière dramatique. C’est là le véritable problème. Avant 1989, la politique communiste visait un développement relativement équilibré des différentes régions. En revanche, les politiques de transition ont largement contribué à creuser les écarts entre les milieux rural et urbain. »
Le rôle des politiques publiques
Tous les aspects de la vie doivent être pris en compte lorsqu’il s’agit d’évaluer la qualité de vie : la santé, l’accès aux services et aux soins, l’alimentation, la qualité de l’air et de l’eau, la pollution, le stress, les conditions de travail ou encore les conditions de logement. Toutefois, en Roumanie, les politiques publiques mises en œuvre dans ces différents domaines demeurent insuffisantes. Notre invité poursuit :
« Le véritable drame réside dans le fait que les déséquilibres persistent dans pratiquement tous les secteurs. A mon avis, la meilleure politique consisterait à adopter une approche équilibrée du développement : croissance économique, croissances de l’éducation, de la santé et de la recherche scientifique – tout devrait progresser de manière harmonieuse. A cela devrait s’ajouter une attention accrue portée à la promotion d’une sagesse de vie, cette sagesse héritée de l’Antiquité qui accordait une place essentielle à l’épanouissement personnel. »
Le développement personnel, une ressource essentielle
Le développement personnel n’est donc pas à négliger. Pour Catalin Zamfir, ce n’est pas tant le nombre d’années vécues qui importe que leur qualité. Selon lui, l’une des principales ressources du bien-être provient de l’intérieur de chaque individu.
« La manière dont les gens abordent leur propre existence, le style de vie qu’ils choisissent, contribuent énormément à leur qualité de vie. Aujourd’hui, l’existence est particulièrement difficile. Les problèmes économiques et certaines politiques sociales ont affaibli la capacité des individus à réfléchir en profondeur à leur propre mode de vie. Il est donc nécessaire de consacrer davantage d’attention à notre manière de vivre, ainsi qu’à l’utilisation des ressources limitées dont nous disposons. »
Retrouver la sagesse de l’Antiquité
Selon Catalin Zamfir, pour mener une vie épanouie, l’idéal serait de retrouver la sagesse héritée de l’Antiquité, qui plaçait la qualité de vie au cœur de l’être humain. Selon cette vision, la qualité de vie ne devrait pas être définie principalement par les biens matériels, mais par la cultivation de l’esprit, de l’équilibre mental et des relations harmonieuses. L’équilibre, le juste milieu, la paix intérieure et l’acceptation des choses que l’on ne peut pas contrôler, qu’il s’agisse de la météo, de l’économie ou des actions des autres, constituent peut-être les véritables clés d’une existence meilleure. Acela s’ajoutent le développement de l’amitié, le bonheur des choses simples et la recherche d’un équilibre entre l’esprit, le corps et la nature. Autant d’intuitions héritées de l’Antiquité et aujourd’hui confirmées par la science moderne. Et pour cause. La psychologie positive, les neurosciences et de nombreuses études contemporaines montrent, en effet, que la réduction du stress, la modération alimentaire, l’activité physique régulière et des liens sociaux profonds constituent les fondements d’une vie longue et de qualité.