Moody’s analyse le déficit budgétaire de la Roumanie
La Roumanie peut réduire son déficit budgétaire à condition de mettre en œuvre intégralement les paquets de mesures fiscales annoncés par le gouvernement de Bucarest, estime l’agence de notation Moody’s.

Sorin Iordan, 11.07.2025, 13:37
Les mesures fiscales récemment annoncées par le gouvernement roumain sont « un pas important » sur la voie du redressement budgétaire, estime l’agence internationale de notation Moody’s. Pourtant, selon ses experts, toute déviation de ce plan pourrait miner les efforts de stabiliser l’économie et entraîner la baisse de la note souveraine du pays, qui, pour l’instant, est dans la catégorie d’une « perspective stable ». Plus concrètement, si tous les trois paquets de mesures fiscales annoncés par le premier ministre Ilie Bolojan sont mis en œuvre intégralement, le déficit fiscal de la Roumanie pourrait baisser à 7,8 % du PIB à la fin de cette année et à 6,1 % en 2026.
Les prévisions des experts de Moody’s
Dans son rapport, Moody’s souligne aussi que l’Exécutif de Bucarest devrait non seulement réduire le déficit, mais aussi ralentir la hausse de la dette publique plus vite qu’anticipé. Selon la même analyse, le paquet fiscal sur lequel le gouvernement romain a engagé cette semaine sa responsabilité devant le Parlement, favorisera une consolidation d’environ 0,6 % du PIB en 2025, une contribution significative venant de la majoration du taux de la TVA à compter du 1er août, à laquelle s’ajouteront des taux d’accises plus élevés sur les carburants, l’alcool et le tabac. Pour 2026, Moody’s table sur une consolidation budgétaire d’environ 3 % du PIB, en tant qu’effet cumulé des mesures adoptées en 2025 et de celles qui entreront en vigueur en 2026.
Le 2e paquet de mesures fiscales
De son côté, le premier ministre romain Ilie Bolojan a précisé que le deuxième paquet fiscal qui devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2026, comportera des mesures concernant les régime spéciaux de retraite et la lutte contre l’évasion fiscale, sans oublier la réforme des compagnies d’État et de l’administration locale et centrale. Ilie Bolojan : « Il s’agit de la réforme des régimes spéciaux de retraite, notamment en éliminant les exceptions, en calculant correctement les pensions de retraite et en fixant le départ à la retraite à l’âge général. Suit la réforme des compagnies d’État et des autorités autonomes : nous allons restructurer les autorités autonomes, telles l’Autorité de suivi financier (ASF), l’Autorité nationale pour la gestion et la réglementation des Communications (ANCOM) ou l’Agence nationale de réglementation dans le domaine de l’Energie (ANRE). Nous allons aussi réduire le nombre de membres et diminuer les indemnités au sein des conseils d’administration et nous allons rendre plus transparentes leurs activités et leurs contrats. Quant à la réforme de l’administration locale et centrale, il s’agit de redimensionner les personnels du secteur public, par la décentralisation et la numérisation, par la lutte contre évasion fiscale et contre le détournement de l’argent public. Le tout – par des modifications législatives et par un accès plus rapide aux fonds européens, mais aussi en donnant la priorité aux investissements ayant un impact direct sur le développement »
Les syndicats protestent
Cela va sans dire, les syndicats de la plupart des secteurs de l’économie roumaine n’ont pas caché leur mécontentement quant à la coupe des dépenses et aux ajustements fiscaux décidés par le gouvernement. Cela fait plusieurs jours déjà que les syndicats organisent des manifestations de protestation pour exprimer leur inquiétude quant aux effets nocifs des mesures fiscales annoncées sur le pouvoir d’achat de la population. Il n’excluent pas non plus une grève générale si leur position n’est pas prise en compte par le gouvernement.
Une motion de censure contre le gouvernement
Dans ce contexte, l’opposition parlementaire de Bucarest a déposé une motion de censure contre le cabinet du libéral Ilie Bolojan. Présenté jeudi devant le plénum du Législatif, le document explique que les mesures prévues entraîneront la récession de l’économie et la baisse du niveau de vie en Roumanie, alors que le coût de l’austérité n’est à payer que par la population à elle seule. Le vote de cette motion aura lieu lundi prochain. Pour pouvoir destituer le gouvernement la motion doit réunir 233 voix favorables, c’est-à-dire la moitié plus un du nombre total des sénateurs et députés du Législatif roumain. (trad. Valentina Beleavski)