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Le Parti Communiste Roumain en illégalité

En 1921 le Parti communiste roumain voyait le jour en tant qu'agence du Komintern. En 1924, il était placé hors la loi, sous accusation, entre autres, de „démantèlement” de la Roumanie. Entre 1924 et 1944, le Parti communiste roumain a fonctionné dans l'illégalité et ses membres ont mis en œuvre tout ce qui était nécessaire pour saboter l'État roumain. Retour.

Le Parti Communiste Roumain en illégalité
Le Parti Communiste Roumain en illégalité

, 22.09.2025, 11:00

La naissance du Parti communiste roumain

 

Le Parti communiste roumain a été, dès sa création, une sorte d’organisation terroriste mise au service de l’Union soviétique. Le 8 mai 1921, l’aile d’extrême gauche du Parti social-démocrate roumain vote ainsi l’affiliation aux principes de la Troisième Internationale et prend pour nom celui de Parti communiste de Roumanie. Le PCdR condamnait dès son apparition la création de la Grande Roumanie issue de la Grande Guerre, en 1918, notamment parce qu’elle avait englobé la Bessarabie, territoire revendiqué par l’URSS. Il militait pour l’autonomie des provinces roumaines « jusqu’à la séparation totale de l’État roumain », considéré comme « État impérialiste » formé « par la conquête de territoires étrangers ».

 

Par ailleurs, le PCdR militait pour l’abolition du capitalisme, c’est-à-dire de l’économie de marché, du multipartisme politique et de la propriété privée. Le caractère terroriste de l’organisation communiste se manifesta rapidement après sa création, aussi bien par des actions « douces », telle la diffusion de manifestes censés fomenter des insurrections, que par des actions « dures », telle la rébellion armée, comme l’insurrection de Tatarbunar en 1924. La loi adoptée le 6 février 1924 allait supprimer les partis et organisations extrémistes, et le PCdR en fut directement visé.

 

Le PCdR survit dans l’illégalité

 

Malgré cela, jusqu’en août 1944, les communistes roumains survivront en illégalité et suivront de près les directives du Komintern. À la fin de la guerre et après l’installation du régime communiste en Roumanie, la propagande conféra à la figure de l’illégaliste communiste un prestige intangible.

 

Témoignages

 

Interviewé en 1995 par le Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, Anton Moisescu se souvenait de son activité illégale :

« Je m’occupais de l’organisation à Iaşi, en particulier de la jeunesse étudiante et de la jeunesse ouvrière de la ville d’Iaşi. J’étais chargé d’organiser des actions des étudiants contre les manifestations chauvinistes et racistes du Mouvement légionnaire, qui était assez puissant à Iaşi. Je m’occupais d’organiser les ouvriers, les jeunes ouvriers de Nicolina, à la veille de la grève de 1933, ainsi que la jeunesse ouvrière de Paşcani. Le 1er mai 1933, nous avons organisé la distribution de manifestes pour mobiliser les gens. Nous demandions la liberté d’organisation des ouvriers, la légalisation de la journée de travail de huit heures, nous étions pour les « trois huit », comme nous les appelions. Nous voulions huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de loisirs. Nous avions des revendications salariales pour les ouvriers, de meilleures conditions de travail. Alors nous avons organisé à Iaşi, en plus de la distribution de manifestes, une action de pochoir, d’écriture de slogans faits au pochoir et à la peinture sur les clôtures, les murs, etc. Nous avions écrit Vive le 1er mai, journée internationale des travailleurs ! Ouvriers, luttez pour huit heures de travail, des salaires décents, un traitement humain dans les entreprises ! »

 

 

Radu Bogdan, toujours en 1995, témoignait de la contribution qu’il avait apportée aux actions de ses camarades :

 

« Au moment où, au printemps 1944, Vlădescu-Răcoasa est tombé et a été arrêté, j’habitais dans la même cour que lui, mes connexions avec les personnes en clandestinité ont cessé. C’était une des règles de la conspiration. L’un de mes contacts de parti a été arrêté, battu, soumis à la torture, mais il est resté silencieux. En se taisant, il nous a sauvés. Je mettais à l’époque ma maison à la disposition du mouvement. C’était l’une de mes activités illégales, pour qu’ils aient un endroit où fabriquer de fausses cartes d’identité, des tampons et autres. D’autres actions consistaient à répandre des tracts antifascistes. Sans fausse modestie, une chose est sûre : je savais que je risquais ma vie parce que, à la même époque, trois jeunes de 16 ans avaient été exécutés parce qu’ils avaient distribué des manifestes ou ils clamaient « À bas Antonescu ! ». Donc, si j’avais été pris, cela ne m’aurait pas bien réussi. Bien sûr, il y avait aussi beaucoup d’inconscience. Que savait toute cette jeunesse de ce qui se passait, en réalité, dans le monde ? »

  

En 1971, lors du 50e anniversaire de la fondation du parti, Mihai Roșianu se rappelait comment le futur patriarche Justinian Marina avait lui aussi pris l’aura de clandestin :

« Dans l’action Pour la Paix de ’36, nous avons organisé un grand rassemblement à Vâlcea et écrit une lettre au congrès où s’était fondé le Rassemblement universel pour la paix (RUP) à Paris, lettre signée aussi par le patriarche, qui alors n’était que le père Marina. Les nôtres étaient reçus et entraient dans la cour de l’église, et la Sûreté et la Police ne pouvaient pas se douter, seuls les fidèles pouvaient se douter à la limite. Les nôtres allaient à la maison paroissiale, y avaient une pièce où j’allais moi aussi me cacher quelquefois. Là l’on a organisé notre réunion, avec des délégués de tous les comtés d’Olténie. L’on a alors élu le Comité départemental. Les maisons de la culture, elles aussi, étaient des organisations qui couvraient notre activité ; ces maisons de la culture, dirigées par des communistes, nous les fondions comme organisations de paysans, avec procès-verbal et statut, dans lesquelles ils se déclaraient membres. Et ainsi nous prenions contact avec les masses populaires. »

 

 Grâce aux aléas de l’histoire, finalement, le PCdR est parvenu à diriger la Roumanie. Mais la période de l’activité illégale de ses quelques membres a fondé en bonne partie la légitimité ultérieure du parti dirigeant de la Roumanie communiste. (Trad. Ionut Jugureanu)

 

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