Bucarest prolonge le plafonnement des prix du gaz naturel pour protéger les consommateurs
Le gouvernement roumain a adopté une ordonnance d'urgence visant à plafonner les prix du gaz naturel pour les consommateurs domestiques.
Roxana Vasile, 06.03.2026, 12:34
Forts de leur expérience de la libéralisation totale du marché de l’électricité intervenue le 1er juillet 2025 — une réforme qui avait entraîné un doublement, voire un triplement des factures — les Roumains redoutaient de voir le même scénario se répéter pour le gaz naturel. En principe, la libéralisation complète du prix du gaz devait entrer en vigueur le 1er avril 2026, et le gouvernement de coalition quadripartite à Bucarest semblait jusqu’ici déterminé à ne pas prolonger le mécanisme de plafonnement instauré durant la pandémie de Covid-19 et maintenu depuis. Dans ce cas de figure, les consommateurs auraient payé un tarif directement indexé sur les contrats conclus avec les fournisseurs, eux-mêmes dépendants des fluctuations du marché.
La seule consolation pour les ménages résidait dans le calendrier : avec l’arrivée du printemps et la baisse progressive de la consommation, ils auraient été temporairement épargnés — du moins jusqu’à l’hiver suivant — par des factures de gaz particulièrement élevées. Mais l’exécutif a finalement revu sa position. Jeudi, il a adopté une ordonnance d’urgence prolongeant d’un an le plafonnement des prix pour les consommateurs domestiques. Après le 1er avril, le tarif maximal restera donc fixé à 0,31 leu par kilowattheure.
Trois arguments principaux ont guidé ce revirement. D’abord, les autorités estiment qu’une libéralisation se déroule plus sereinement lorsque l’offre sur le marché est abondante. Or, dès l’an prochain, la Roumanie devrait devenir le premier producteur de gaz naturel de l’Union européenne grâce au lancement de l’exploitation du gisement offshore Neptun Deep, en mer Noire. Ensuite, le gouvernement souhaite préserver la prévisibilité économique et sociale, notamment en contribuant à la maîtrise de l’inflation. Enfin, Bucarest entend se prémunir contre les turbulences des marchés mondiaux de l’énergie provoquées par la nouvelle guerre au Moyen-Orient.
Selon le Premier ministre Ilie Bolojan, la volatilité des prix des carburants liée aux tensions dans le Golfe pourrait avoir des répercussions directes sur le budget des ménages. Il a expliqué :
« Nous sommes dans une situation où, même si l’Union européenne ou la Roumanie ne dépendent pas de manière très importante des approvisionnements provenant de cette région, les prix du gaz et des carburants se déterminent à l’échelle mondiale. Il existe donc inévitablement des effets indirects sur notre économie. Dans les domaines où nous avons une marge d’action réelle, comme le marché du gaz, où la Roumanie bénéficie d’une certaine indépendance énergétique, il était logique d’intervenir. »
Vers des mesures pour contenir aussi le prix de l’électricité
Parallèlement, le ministère de l’Énergie travaille à l’identification de solutions destinées à soutenir les entreprises roumaines dans ce contexte international incertain. Le gouvernement prévoit par ailleurs de présenter d’ici la fin du mois un plan visant à réduire le coût de l’électricité. Parmi les pistes envisagées figurent l’augmentation des capacités de stockage d’énergie ou encore la mise en œuvre de nouveaux programmes d’investissement. Le Premier ministre roumain a précisé :
« L’extension des capacités de stockage devrait permettre de faire baisser un prix qui reste particulièrement élevé pendant les heures de pointe, afin de parvenir globalement à une énergie plus abordable. »
En parallèle, des discussions sont également en cours au sein de l’exécutif pour limiter l’impact des tensions internationales sur le coût d’approvisionnement en carburants, notamment le diesel et l’essence.