Les Etats Unis accusent, l’Europe se défend
L’annulation des élections présidentielles en 2024 en Roumanie suscite de nouvelles controverses.
Bogdan Matei, 05.02.2026, 13:44
Cela fait plus d’une année que les tensions entre l’administration de Washington et les autorités de Bruxelles ne font que s’amplifier.
D’un côté il y a des élites républicaines qui gravitent autour de l’imprédictible président américain Donald Trump et de l’autre, des dirigeants politiques européens accusés d’être des leaders auto-proclamés que personne n’a élues directement. Désormais, la Commission juridique de la Chambre des Représentants des Etats Unis accuse l’Exécutif communautaire d’ingérences fréquentes dans les élections déroulées dans les Etats membres de l’UE ou dans les Etats candidats à l’admission, dont la Roumanie et la République de Moldova. Des documents toujours classés secrets défense, présentées à la Commission juridique démontreraient que ces pressions avaient été exercées d’une manière régulée, afin de désavantager les partis politiques conservateurs ou bien populistes du continent.
Sous la loupe : l’annulation des élections présidentielles roumaines de 2024.
Conformément à un rapport intérimaire, largement cité par les médias de Bucarest les mesures de censure les plus agressives auraient été adoptées durant les élections présidentielles roumaines de 2024, lorsque la Cour Constitutionnelle avait annulé l’intégralité du scrutin, dont le premier tour avait été remporté par le candidat populiste indépendant, presqu’inconnu jusque-là, Calin Georgescu. Cette décision suivait plusieurs rapports des renseignements roumains, selon lesquels la Russie aurait secrètement soutenu Georgescu par le biais d’une campagne coordonnée par le réseau chinois TikTok. Des documents internes que TikTok avait présentées à la Commission américaine semblent contredire cette version des événements – lit-on dans le même rapport. D’ailleurs, TikTok aurait également informé la Commission européenne sur le fait qu’elle n’avait identifié aucune preuve censée soutenir l’affirmation des autorités de Bucarest sur une interférence russe.
La véritable cible du rapport : l’UE et ses efforts de réguler les réseaux sociaux
Citée par le correspondent de la radio publique roumaine à Bruxelles, l’équipe de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen dément catégoriquement toute accusation de censure. La Commission européenne n’est jamais intervenue dans des élections nationales et la législation communautaire ne limite en aucun cas la liberté d’expression. Elle souhaite seulement prévenir les dérapages et les interférences coordonnées, susceptibles de manipuler enligne les citoyens appelés aux urnes. A Bucarest, le président Nicușor Dan affirme pour sa part que la décision d’annuler les élections était un acte juridique intérieur, visant à protéger l’ordre constitutionnel. Dans le rapport préliminaire de la Commission juridique américaine, la Roumanie est mentionnée d’une manière strictement contextuelle, dans un débat beaucoup plus ample sur la liberté d’expression. Le chef de l’Etat souligne que le document ne cite que partiellement la réponse d’une seule compagnie privée, à savoir Tik Tok.
Et pourtant, l’annulation des élections de décembre 2024 n’a toujours pas été pleinement expliquée
Egalement à Bucarest, l’Opposition nationaliste accuse à nouveau les autorités, qui se déclarent pro-occidentales d’avoir détérioré les relations de la Roumanie avec les Etats Unis, même si les deux Etats sont liés par un partenariat stratégique de longue date. Et même des voix de l’actuelle majorité parlementaire affirment que le rapport américain contenait des affirmations extrêmement graves à l’adresse de la Roumanie qui doivent absolument être expliquées. Et c’est également la presse centrale roumaine qui déplore le fait que les élections de 2024 avaient constitué l’événement le plus obscure et le plus embarrassant de toute l’histoire de près de quatre décennies de la démocratie roumaine post-communiste menant à un écroulement dramatique de la confiance des citoyens dans les institutions de l’Etat.