2eme Palme d’Or de Cristian Mungiu
Le réalisateur roumain Cristian Mungiu décroche une seconde Palme d’or avec « Fjord » et ouvre une nouvelle page du cinéma roumain
Sorin Iordan, 25.05.2026, 12:09
Le réalisateur roumain Cristian Mungiu a remporté la Palme d’or lors de la 79e édition du Festival de Cannes avec son long métrage Fjord, signant ainsi un retour historique sur la Croisette près de vingt ans après son sacre de 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Le cinéaste rejoint désormais le cercle extrêmement restreint des réalisateurs ayant obtenu à deux reprises la récompense suprême du festival — une distinction partagée par seulement dix figures majeures du cinéma mondial, parmi lesquelles Francis Ford Coppola, Emir Kusturica, Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne, ou encore Shōhei Imamura. Premier film anglophone de Cristian Mungiu, Fjord porte également sa signature au scénario. Le récit suit une famille composée d’un père roumain, d’une mère norvégienne et de leurs cinq enfants, installée dans un village reculé de Norvège. Profondément engagés dans une pratique évangélique rigoriste, les parents attirent progressivement l’attention des autorités, qui finissent par leur retirer la garde des enfants au nom de leur protection. Le film réunit à l’écran Sebastian Stan et Renate Reinsve dans les rôles principaux. Au-delà de sa portée dramatique, Fjord s’impose comme une réflexion sur les conflits de valeurs, l’autorité parentale et les limites de l’intervention de l’État dans la sphère familiale.
Une campagne internationale désormais tournée vers les Oscars
De retour en Roumanie, Cristian Mungiu a affirmé son intention de porter Fjord dans la course aux Oscars, estimant que la Palme d’or pourrait offrir au film une visibilité internationale décisive. Cristian Mungiu :
« C’est un film qui exige une certaine forme de courage, autant dans sa réalisation que dans la manière de le recevoir. Cette Palme d’or lui permettra de trouver plus facilement sa place dans le monde et d’être véritablement découvert. Pour la première fois, nous avons le sentiment d’avoir une réelle chance aux Oscars. Je ne peux rien promettre, sinon que nous mènerons cette campagne jusqu’au bout. J’espère qu’elle sera soutenue non seulement par le distributeur américain, mais aussi, dans la mesure de nos moyens, depuis la Roumanie. Mon souhait est que la vie du film se prolonge au moins jusqu’en mars prochain et qu’il obtienne une nomination — non parce que ces récompenses seraient plus importantes, mais parce qu’en Roumanie, elles restent perçues comme plus prestigieuses que la Palme d’or elle-même, pourtant profondément en accord avec ce film. »
Le ministre roumain de la Culture par intérim, Demeter András, a annoncé l’inscription de Fjord sur la liste des projets culturels stratégiques, ouvrant ainsi la voie à un financement public destiné à soutenir sa campagne internationale pour les Oscars. Le succès du film à Cannes a également suscité des réactions enthousiastes au plus haut niveau de l’État. Dans un message de félicitations, le président roumain Nicușor Dan a salué l’œuvre de Cristian Mungiu, estimant qu’elle « explore la ligne fragile qui sépare plusieurs systèmes de valeurs en conflit » et rappelant que le cinéma roumain contemporain constitue « une remarquable carte de visite pour la Roumanie ». Depuis l’autre rive du Prut, la présidente moldave Maia Sandu a, elle aussi, rendu hommage au réalisateur, soulignant que « les films de Mungiu sont avant tout des débats sur les valeurs qui définissent nos sociétés ». Outre la Palme d’or, Fjord a également été récompensé par le Prix de la Fédération internationale de la critique cinématographique, le prix Spirit Cetăţenesc — qui distingue les œuvres éveillant les consciences —, le Prix du Jury œcuménique ainsi que le prix Prix François Chalais, créé en hommage au journaliste et cinéaste ayant couvert le festival depuis la Croisette pendant près d’un demi-siècle.