Blocage politique en Roumanie
La crise politique se poursuit à Bucarest.
Bogdan Matei, 29.06.2026, 11:48
Une situation atypique
C’est une situation atypique en Roumanie, pour les presque quatre décennies de démocratie post‑communiste. Les parlementaires se préparent pour entrer en vacances, le 1er juillet, alors que le pays court le risque de rester sans un gouvernement doté de pleins pouvoirs — un Exécutif que seul le plénum réuni des deux chambres du Parlement roumain peut investir.
Cette crise perdure depuis le 5 mai dernier, lorsque l’équipe exécutive formée par le Parti national libéral (PNL), l’Union Sauvez la Roumanie (USR) et l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR), dont les sociaux‑démocrates (PSD) s’étaient retirés, et dirigée par le libéral Ilie Bolojan, a été destituée par une motion de censure votée au Parlement.
Deux tentatives échouées
Depuis, deux tentatives de former un nouveau cabinet ont échoué. La première n’est même pas arrivée au vote d’investiture : le candidat désigné, Eugen Tomac, leader d’une formation extra‑parlementaire et député européen, a déposé son mandat avant même le vote. La seconde proposition du chef de l’Etat, le libéral dissident Adrian Veștea, n’a pas réuni le nombre nécessaire de voix favorables au sein du législatif roumain.
Bref, il s’agit bien d’un blocage politique, comme l’a confirmé le président Nicușor Dan, après un nouveau round de négociations avec les dirigeants des formations pro‑occidentales : le Parti social‑démocrate, le Parti national libéral, l’Union Sauvez la Roumanie, l’Union démocrate magyare de Roumanie, ainsi qu’avec les députés représentant les minorités nationales autres que la minorité magyare.
Siegfried Muresan et Sorin Grindeanu – les noms avancés pour le poste de Premier ministre
À ce stade, deux propositions pour le poste de Premier ministre ont été avancées : l’une par le Parti social‑démocrate, à savoir son président Sorin Grindeanu ; l’autre par les libéraux, l’USR et les représentants de l’UDMR, à savoir le député européen libéral Siegfried Mureșan.
Pour rappel, Sorin Grindeanu avait déjà été premier ministre entre janvier et juin 2017, avant d’être destitué par une motion de censure déposée par son propre parti — un cas unique au Parlement de Bucarest — après être tombé en disgrâce auprès du leader social‑démocrate de l’époque, Liviu Dragnea. Ce dernier a fini par être emprisonné pour corruption. Avant cette rupture, le gouvernement Grindeanu avait promu des projets législatifs considérés par les experts comme des tentatives de subordonner la justice et de mettre fin à la lutte contre la corruption.
De son côté, Siegfried Mureșan a été beaucoup plus actif à Bruxelles qu’à Bucarest. Il est donc moins connu du grand public roumain. Pourtant, selon son chef de parti, Ilie Bolojan, il a fait preuve de loyauté envers les valeurs européennes et dispose de l’expérience nécessaire en matière de gestion des fonds européens et des grands budgets d’investissement.
Dans ce contexte particulièrement tendu, visiblement irrité, le président roumain Nicușor Dan n’a pas caché son mécontentement face au refus des libéraux de soutenir un gouvernement minoritaire social‑démocrate, comme ils l’avaient initialement accepté.
Désaccord politique
En effet, plusieurs sources indiquent que le Parti national libéral ne souhaite pas soutenir Sorin Grindeanu de manière inconditionnelle, tandis que le Parti social‑démocrate refuse d’avancer une autre proposition de premier ministre. Le PSD n’exclut pas l’idée d’élections anticipées s’il s’avère impossible de trouver une majorité parlementaire capable d’assumer la formation d’un gouvernement. Une idée également évoquée par les libéraux et par l’USR. Il s’agit d’ailleurs de la seule solution envisagée depuis le début de la crise par le parti ultranationaliste Alliance pour l’Union des Roumains (AUR).
En attendant, dans la capitale roumaine, Bucarest, qui concentre plus de 10 % de l’électorat national, 73 % des participants à un sondage réalisé par le centre CURS estiment que la Roumanie ne va pas dans la bonne direction, tandis que seulement 16 % jugent que la situation évolue positivement. (trad. Valentina Beleavski)