Le Festival du Film Européen
A Bucarest, l’ouverture officielle du festival a eu lieu dans la Salle Auditorium du Musée National d’Art de Roumanie, avec la projection du film « Better Go Mad in the Wild » du réalisateur slovaque Miro Remo
Corina Sabău, 23.05.2026, 12:18
L’édition 2026, la trentième, du Festival du Film Européen, a lieu jusqu’au 1er juin à Bucarest et dans douze autres villes de Roumanie. La programmation la plus ample réalisée jusqu’à présent offre au public cinquante-cinq productions et quarante-six premières nationales – films gagnants de différentes compétitions, productions expérimentales, films documentaires et aussi rencontres avec des cinéastes européens.
Liberté artistique, diversité culturelle, ponts intergénérationnels
En ayant choisi le thème du « cinéma sans limites », les organisateurs ont construits, selon leurs propres mots, une édition qui parle de liberté artistique, de diversité culturelle et de la manière dont le cinéma est capable de créer des ponts entre les espaces et les générations. A Bucarest, l’ouverture officielle du festival a eu lieu dans la Salle Auditorium du Musée National d’Art de Roumanie, avec la projection du film « Better Go Mad in the Wild » du réalisateur slovaque Miro Remo ; il raconte l’histoire, placée à la frontière du documentaire et de la fiction, de deux personnages qui vivent à l’écart de la civilisation, dans un univers où règne une liberté radicale. À Bucarest, le festival a été accueilli dans les salles obscures Cinéma Elvire Popesco, Apollo 111, Cinéma Union et le Jardin aux Films.
Des films qui lancent des défis
Aux dires du directeur artistique du festival, Cătălin Olaru, les organisateurs ont surtout choisi des films qui lancent des défis et modifient le regard posé par le spectateur sur l’Europe et sur son propre univers intérieur. Ce fut l’ensemble des thèmes, de la stylistique et de la diversité des régions représentées qui a vraiment compté, a expliqué Cătălin Olaru.
« Tous ces aspects ont été pris en compte. Je dirais que la représentation des régions a été très équitable, mais cela est le résultat du fait que l’Europe, y compris celle du cinéma, est un espace qui mérite d’être découvert dans son intégralité. Plutôt que des projets pour chaque espace, nous avons cherché des films ou des productions artistiques qui soient significatives pour nous et implicitement pour le public. De toute évidence, nous avons fait venir des films originaires d’un certain nombre d’espaces européens. La première condition à remplir par ces films a été de ne pas laisser le public indifférent, de proposer de nouvelles manières de regarder un certain morceau d’Europe, de nous-mêmes et de nos communautés respectives. En tout cas, nous avons voulu faire venir les films les plus significatifs et les plus récents, qui expriment des choses, quel que soit le point de vue. »
Cette édition anniversaire a également inclus une composante rétrospective, mise en page avec la collaboration de l’Université nationale d’art théâtral et de cinéma UNATC de Bucarest. Le programme « Trente ans après » a donné au public l’occasion de redécouvrir des courts-métrages réalisés par la génération 1996, à travers un dialogue avec les productions des jeunes réalisateurs actuels.
Explication du cinéma européen et identité visuelle du FFE
La tradition de l’implication des ambassadeurs honorifiques du Festival du Film Européen dans la mise en lumière et l’explication du cinéma européen a continué cette année avec deux invités: Ada Solomon, productrice de productions et coproductions européennes et internationales, présidente du Conseil d’Administration de l’Académie européenne du Cinéma, et Igor Cobileanski, réalisateur connu de la République de Moldova, dont les films reflètent l’espace de création et d’expression artistique des deux côtés de la frontière roumano-moldave. L’identité visuelle du festival a été assurée par l’artiste plasticien Dan Perjovschi, dont les œuvres, créées au cours des plus de quarante ans de carrière, ont été exposées dans les plus importants musées du monde. Dans ses créations pour la trentième édition du Festival du Film Européen, Dan Perjovschi a exploré une thématique diverse, allant de la présence des valeurs européennes dans le cinéma à la liberté totale comme élément essentiel de l’expression artistique, en passant par la façon dont les valeurs européennes peuvent coaguler des pans entiers de la société. Il y a eu, bien-sûr, aussi les rencontres du public avec des équipes de production, telles que celle du 17 mai avec l’équipe du film « Tout seuls », réalisé par Tudor Cristian Jurgiu et récompensé par la Confédération internationale des Cinémas d’art au Festival du film de Berlin.
Une sélection privilégiant des productions moins diffusées sur le marché local
De nombreux films de la sélection de cette année ont été projetés en première en Roumanie, ajoute Cătălin Olaru, directeur artistique du FFE.
« Nous avons fait venir des films grand public, des comédies, et même des films que l’on pourrait mettre dans la catégorie « film romantique ». Mais, dans l’ensemble, la sélection a privilégié des productions plus rares dans nos salles obscures, les peu nombreuses qui continuent d’accueillir des films d’art: des films pour les cinéphiles, des titres rares que nous garderons, j’espère, longtemps en mémoire. Pour conclure sur un air optimiste, je dirais qu’après la période de la pandémie, qui a porté un coup assez dur à l’édifice fragile du cinéma et à la consommation de produits culturels en général, je constate avec joie le retour des spectateurs dans les salles de cinéma, ces dernières années. Les gens y vont de plus en plus souvent, ils assistent aussi en nombre croissant à des festivals spécialisés, et cela nous donne à cœur joie. »
Cette année le Festival du Film Européen a investi la capitale Bucarest ainsi que d’autres villes du pays, dont Arad, Târgu Mureș, Bistrița, Târgu Jiu et Tulcea. Cette trentième édition anniversaire marque près de deux mois de séances de projection et de rencontres consacrées au cinéma européen contemporain, un festival qui s’est proposé d’offrir au public l’occasion de regarder des productions moins visibles en dehors des grands événements internationaux. (Trad. Ileana Ţăroi)