Un jardin urbain dans la capitale Bucarest
Plusieurs habitants résidant près de l’Université de Sciences Agronomiques et de Médecine Vétérinaire de Bucarest ont créé un projet de réaménagement urbain intitulé HortiURB
Ana-Maria Cononovici, 15.09.2026, 10:11
Bucarest a récemment accueilli une multitude de chantiers. Dans ce contexte, plusieurs habitants résidant près de l’Université de Sciences Agronomiques et de Médecine Vétérinaire de Bucarest ont créé un projet de réaménagement urbain intitulé HortiURB.
Au micro de RRI Ioana Petrache, à l’initiative du projet de Jardin communautaire HortiURB, nous explique les démarches entreprises :
« Je suis paysagiste et j’ai de l’expérience. Après de nombreuses années de paysagisme, en revenant à la Faculté d’Horticulture au sein d master intitulé « Urban Horticulture » je me suis rendue compte que la voie la plus pertinente est précisément le paysagisme productif. C’est-à-dire, nous pouvons récupérer dans les villes des morceaux de terrain sur lesquels les communautés peuvent être actives autour d’un jardin. C’est exactement ce dont j’ai toujours rêvé et ce que nous réalisons ici, à la Fac d’Horticulture aux côtés de la communauté. »
La Fondation Communautaire de Bucarest contribue au financement du projet aux côtés d’autres sponsors. Les plus impliqués sont les habitants de la zone, comme nous l’a raconté Ioana Petrache :
« Au cours de cette première année, la communauté participe assez activement à tout ce qu’implique l’étape de création de l’infrastructure du jardin. Concrètement il s’agit des allées, des pergolas, des morceaux surélevés, très solides, avec du bois brûlé et traité à l’huile de lin, ainsi que la structure entière du jardin. Après cette première année, après avoir planté, nous pourrons ensuite profiter des fruits du jardin, et la communauté pourra croître autour de ce projet. Au fur et à mesure, nous pourrons ouvrir nos portes et accueillir de nouveaux membres et jardiniers bénévoles. En même temps, le jardin est un exemple de bonne pratique et un modèle de jardin partagé, c’est pourquoi il est accompagné et soutenu par des mairies de Bucarest et d’autres localités du pays. »
Un jardin durable avec une grande diversité de plantes
Ioana Petrache nous dévoile les plantes que l’on pourrait trouver dans le jardin :
« Nous avons sélectionné des plantes en nous appuyant sur l’idée de jardin productif urbain, d’où le nom de « HortiURB ». Nous avons sélectionné des arbres fruitiers, avec des espèces acclimatées, des espèces nouvellement introduites, que l’on pourrait d’ailleurs découvrir à la Faculté d’Horticulture. Pour donner quelques exemples : la « Simina », la banane du nord, Diospyros virginiana, ou le Kaki, moins connus. Ils sont très faciles à faire pousser, même par des jardiniers peu expérimentés et même en ville. Nous avons beaucoup d’arbustes fruitiers, parmi lesquels le moins connu « Amelanchier », l’arbre à raisins secs, extraordinaire, avec une grande valeur paysagère, mais dont les fruits sont aussi délicieux. Nous cherchons aussi à valoriser la biodiversité. Pourquoi cherchons-nous à développer le rendement du sol tout en encourageant la faune et la flore ? Parce que cet écosystème se maintient tout seul. Nous avons construit un monde dans lequel nous avons généralement le rôle d’agresseur envers la nature. Ici, nous essayons au contraire de nous réconcilier avec elle et d’en prendre soin, même au cœur de la ville. Il y a aussi une zone de légumes pérennes, tels l’asperge, moins nombreux dans notre climat tempéré continental que dans les pays au climat chaud. Dans les régions surélevées nous ferons tourner les cultures. Il y a six zones surélevées, de 4 mètres sur 1 mètre, avec une hauteur de 50 centimètres et dans lesquelles nous opérerons des rotations de cultures chaque année, par groupes de trois. Ainsi pourrons-nous éviter l’utilisation de produit chimique, de fertilisant, parce que nous produisons notre propre compost et « vermicompost », y compris à l’aide des vers de terre. Ainsi une pomme cueillie directement dans notre jardin n’est pas un simple fruit pour nous, elle a aussi une valeur sentimentale, parce qu’elle est le fruit d’un travail collectif et bienveillant, dans un contexte de socialisation et de partage de valeurs communes. Nous sommes une grande famille écologique. »
Ioana Petrache observe que les Roumains jardinent beaucoup et se débrouillent très bien ! D’ailleurs, Bucarest est certes une grande ville, mais de nombreux habitants à la main verte entretiennent leur jardin, soit dans leur propre maison, soit devant les immeubles collectifs, ce qui donne à la ville beaucoup de charme mais permet aussi de la rendre plus verte et plus agréable à vivre. En été, les figuiers offrent leur ombre et leurs fruits aux passants et à la fin de l’été, ce sont les vignes des petites courettes qui produisent des raisins gorgés de soleil. Un spectacle assez atypique dans un environnement si urbanisé !
Ioana Petrache nous a décrit les jardiniers bénévoles :
« La moyenne d’âge est au-dessus de 40 ans, la plupart des participants sont des voisins du campus de l’Uni d’Agronomie, ce qui s’explique souvent par le fait que les étudiants sont en vacances. Mais, à partir d’octobre, des étudiants des facultés de l’université participeront également, une fois de retour sur les bancs de la fac. Le grand effort est pourtant porté par ceux qui ont plus de 40, plus de 50 et voire même plus de 60 ans. Beaucoup de mes collègues viennent aussi avec leurs enfants. Pour eux, nous organiserons des activités pour les initier aux joies du jardinage, et leur apprendre à écouter et respecter la nature et afin que cette dernière puisse retrouver son espace et son rôle originel. »
HortiURB ouvre ses portes. Le jardin a déjà pris forme et les plans affichés permettent de s’y retrouver facilement. Une fois sur place, il faut bien profiter pour se promener dans l’ensemble du campus, dont le Jardin botanique de la Faculté d’Horticulture vaut le détour.