Grigore Gafencu, figure de proue de l’exil anticommuniste
La génération qui a lutté dans les tranchées de la Grande Guerre a donné à la Roumanie du XXème siècle la personnalité de Grigore Gafencu, juriste, homme politique, diplomate, journaliste et figure de proue de l’exil anticommuniste d’après 1945. Il a mis toutes ses forces au service de son pays, cherchant à lui promouvoir les intérêts y compris durant les années d’exil. Portrait.
Steliu Lambru, 01.03.2026, 10:28
La génération qui a lutté dans les tranchées de la Grande Guerre a donné à la Roumanie du XXème siècle la personnalité de Grigore Gafencu, juriste, homme politique, diplomate, journaliste et figure de proue de l’exil anticommuniste d’après 1945. Il a mis toutes ses forces au service de son pays, cherchant à lui promouvoir les intérêts y compris durant les années d’exil.
Qui est Grigore Gafencu ?
Grigore Gafencu est né le 30 janvier 1892 et il est décédé à Paris, le jour de son anniversaire en 1957, à l’âge de 65 ans. En tant que jeune lieutenant, il a pris part, à seulement 24 ans, aux luttes de la première conflagration mondiale, en tant que pilote sur les peu nombreux avions de combat de l’époque. Après la fin de la guerre, il poursuit ses études et obtient son doctorat en sciences juridiques à l’Université de Bucarest, se lançant aussi dans la presse écrite. Il se lance également en politique, rejoignant les rangs du Parti National Paysan. Il est élu au parlement et il devient fonctionnaire supérieur au ministère des Affaires étrangères durant le gouvernement national-paysan de 1928-1933. En 1938, il adhère au parti totalitaire du Front de la Renaissance Nationale, devenant la même année ministre des affaires étrangères. Il a été ambassadeur en URSS entre 1940 et 1941, s’exilant ensuite à Genève, en Suisse, jusqu’en 1944.
Un des partisans de l’idée d’une Europe unie
Grigore Gafencu a compté parmi les partisans de l’idée d’une Europe unie. Dans son livre « Préliminaires de la guerre à l’Est », paru en 1944, il propose des projets pour organiser l’Europe post-guerre sous la forme de groupements sous-régionaux ou de confédérations. En 1946, il publie le volume « Derniers jours de l’Europe » dans lequel il raconte ses voyages dans plusieurs capitales du Vieux Continent, réalisés en 1939 et 1940. Après la guerre, Grigore Gafencu est déçu par l’échec du retour à la démocratie partout en Europe et il rejoint les organisations d’exilés roumains anticommunistes. Il participe à la création du Comité Europa Liberă (L’Europe libre) à New York, il adhère au Comité National Roumain, la plus importante organisation des Roumains de l’exil anticommuniste. Il compte également parmi les membres fondateurs de la Ligue des Roumains Libres.
Lancement du recueil de discours parlementaires de Grigore Gafencu
Lors du lancement du recueil de discours parlementaires de Grigore Gafencu, le diplomate Dumitru Preda a rappelé la personnalité de l’homme politique.
« Il a été un héros de la première guerre mondiale, distingué pour ses faits d’armes, qui connaissait très bien ce que se battre à mort voulait dire, qui avait regardé la mort dans les yeux. Il avait fait venir Victor Antonescu de France pour résoudre le problème de la décision de la Roumanie de ré-entrer en guerre, Victor Antonescu étant à l’époque le ministre de la Roumanie à Paris, et qui avait des connexions avec le gouvernement français allié. Cela a créé des liens diplomatiques, mais aussi personnels entre les acteurs de ces temps-là. Dans ses prises de parole, Gafencu nous exhorte à trouver toujours une idée qui fasse avancer l’humanité. L’absence de cette confiance dans la force de l’esprit humain nous condamne à être des défaitistes, à rester dénudés devant des forces antinationales, antihumaines. »
Un homme politique à la lettre
A son tour, l’historien Constantin Hlihor a affirmé que l’on pouvait regarder Grigore Gafencu comme un homme politique à la lettre:
« Il est un homme politique à part entière, car il est aussi un fin connaisseur de la vie politique interne. Ses discours parlementaires, peu nombreux d’ailleurs si nous prenons en compte l’ensemble de la période de l’entre-deux-guerres, je les ai lus sur deux plans: celui de l’intervention de Grigore Gafencu le ministre ou l’élu de la majorité, et puis celui du parlementaire de l’opposition. Lorsqu’un homme politique fait partie de l’opposition, il critique tout ce qui fait qu’un système politique ne fonctionne pas. Quand il est au pouvoir et que les lois l’aide à gérer le pouvoir dont le peuple l’investit sur une période de temps bien définie, eh bien, le même homme politique oublie toutes les limitations et les défauts de cette même législation. »
Mais Grigore Gafencu était un homme politique attentif à tout ce qui aurait pu avoir une influence sur la grande politique de son pays, ajoute l’historien Constantin Hlihor.
« Ce qui m’a surpris, et c’est aussi ce qui met en évidence la grande envergure de sa personnalité politique, c’est le fait que, dans ses interventions, il n’avait ignoré aucun des problèmes auxquels la société avait besoin de solutions. Ce recueil contient des prises de parole concernant la législation économique et financière. Certes, il s’agit de son point de vue, de sa manière de comprendre le besoin de normes et de règles de gestion des finances du pays et la façon dont la société doit gérer le capital dont elle disposait pour créer de la prospérité pour tous. »
Attentif au respect des principes de démocratie
Grigore Gafencu a cependant été très attentif au respect des principes de démocratie lorsque l’Etat se confrontait à des défis et le gouvernement se voyait souvent obligé à recourir à l’état de nécessité, a souligné l’historien Constantin Hlihor. Track 4: « Il y a quelque chose de très intéressant concernant l’état de siège: à un moment donné, il fait une distinction entre le besoin de défendre l’ordre constitutionnel et ce qu’il appelle l’ordre d’Etat. C’est très intéressant, car il dit que ce n’est pas besoin de défendre un système politique. Gafencu dit qu’un gouvernement doit adopter des lois et des normes qui ne mettent pas la société dans l’impossibilité de remplacer le pouvoir politique par l’accord et la volonté des électeurs. »
Grigore Gafencu, l’homme des trois mondes, celui d’avant 1918, celui de l’entre-deux-guerres et celui d’après 1945, s’y est adapté et a continué à avancer sur son chemin. Ses idées ont dû attendre l’année 1989 afin de redevenir des fondements pour ce qu’il avait souhaité voir se construire. (trad. Ileana Taroi)