Virgil Madgearu, une figure de proue de l’économie roumaine
Sociologue, économiste et théoricien Virgil Madgearu a été une figure importante de la pensée économique roumaine de la première moitié du 20e siècle, qui a beaucoup misé sur le développement de l’industrie et de l’agriculture industrialisée. Il a aussi été connu pour avoir expliqué la « doctrine paysanne », une doctrine non seulement économique, mais aussi politique et culturelle.
Steliu Lambru, 26.04.2026, 10:06
Sans doute, tant dans la Roumanie d’avant l’Union de 1918, que dans celle d’après, lorsqu’elle avait doublé son territoire et sa population, la principale activité de la population rurale était l’agriculture. C’est donc en partant des réalités démographiques, de l’expérience du fonctionnement de l’Etat roumain et des dysfonctionnements dont le pays avait hérité, que Virgil Madgearu a esquissé un parcours pour le développement économique de la Roumanie, où l’Etat jouait un rôle dominant. Quant à la politique économique internationale, il a été en faveur des l’approche des « portes ouvertes », c’est-à-dire de la libre circulation du capital et des marchandises entre les pays, ce qui l’a placé du côté gauche de l’échiquier politique de son époque.
Pourtant, le 27 novembre 1940, une équipe du mouvement d’extrême droite appelé « Les légionnaires de la Garde de Fer » attrape Virgil Madgearu et l’emmène à une trentaine de km de Bucarest, dans la forêt de Snagov, où sa vie est coupée court, à 53 ans seulement.
Qui était Virgil Madgearu ?
Virgil Madgearu est né en 1887 dans la famille d’un homme politique de Galati, aux côtés de 5 sœurs et 3 frères. Il a fait ses études d’économie à l’Université de Leipzig, en Allemagne, des cours qu’il a terminées en 1910. La veille de l’entrée de la Roumanie dans la Première guerre mondiale, en 1916, il devenait professeur à l’Académie de Hautes Etudes Commerciales et Industrielles de Bucarest.
L’œuvre académique de Virgil Madgearu est assez diverse, allant de la philosophie fiscale, jusqu’à l’histoire économique, en passant par le système des banques et des crédits, sans oublier la doctrine et le développement de différents secteurs économiques, les intérêts de l’Etat ou encore la protection des ouvrier et d’autres catégories de la production.
Mais la principale théorie lancée par Virgil Madgearu a été justement « la doctrine paysanne », exposée dans des volumes publiés en 1921, 1923 et 1936.
Hormis son activité didactique et académique, il a aussi été un journaliste prolifique, auteur de commentaires économiques et politiques.
En réalité, il ne s’est pas contenté de cette activité scientifique et académique, il a aussi poursuivi une carrière politique au sein du Parti National Paysan, formé en 1923. C’est sa doctrine qui a servi de point d’orgue pour le Parti National Paysan, tant dans sa forme ancienne, dirigée par Ion Mihalache, que pour le Parti national Roumain de Transylvanie, dirigé par Iuliu Maniu. Les deux ont fusionné en 1926 pour former le Part National Paysan.
Entre 1928 et 1933, lorsque Parti National Paysan gouvernait la Roumanie, Virgil Madgearu a été ministre de l’Industrie et du commerce au sein du gouvernement ayant à sa tête Iuliu Maniu, à compter de 1929. Il a aussi été ministre de l’Agriculture et des domaines entre 1930 et 1931, puis ministre de nouveau de l’Industrie et du commerce à partir de 1932.
Un destin tragique
Malheureusement c’est la politique qui a coupé court sa vie, et notamment celle pratiquée par le mouvement fasciste.
Au printemps 1940, Virgil Madgearu est arrêté par les membres de la Sécurité et confiné à domicile forcé. Au mois de septembre de la même année, le mouvement fasciste roumain de la Garde de Fer forme son gouvernement et démarre sa politique de liquidation des anciens adversaires.
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1940, un groupe de « légionnaires » armés tuent 64 détenus politiques de la prison de Jilava, dans le sud de Bucarest. Le lendemain, le 27 septembre 1940, Virgil Madgearu et l’historien Nicolae Iorga connaissaient le même sort, étant tués par balle par la même équipe de la Garde de Fer, dirigée par Traian Boeru.
Dimitrie Paceag était élève lorsqu’il a pris connaissance de l’existence du Mouvement Légionnaire d’extrême droite. C’était à la fin des années 1930. En 2000, en répondant à une question du Centre d’histoire orale de la radiodiffusion roumaine sur l’assassinat de Virgil Madgearu, Dimitrie Paceag a admis que la Garde de fer était la seule coupable pour l’agression qui avait mis fin à la vie de Madgearu, un geste impardonnable. Toutefois, il a tenu à préciser, qu’à ce jour, on ignorait toutes les circonstances de cet événement.
Voici le témoignage de Dimitrie Paceag:
« L’assassinat de Iorga et de Madgearu est une tache sur la conscience du Mouvement Légionnaire. Au sein du Mouvement, toute personne qui punissait une autre, (…) tous ces gens se sont rendus. Alors que pour les assassinats de Iorga et de Madgearu commis par l’équipe de Traian Boeru, ce dernier ne s’est pas rendu. Plus encore, j’ai entendu qu’il avait réussi à partir pour l’Allemagne en 1941, et plus tard dans la République Démocrate Allemande, avec toute sa famille, où il a vécu sans problème le reste de sa vie ».
Malgré sa fin tragique, Virgil Madgearu reste une personnalité marquante de la vie scientifique, politique et économique roumaine du début du 20e siècle. En témoigne aussi, le fait qu’il a été membre de l’Association pour l’Etude et la Réforme Sociale, membre de l’Institut Royal des Sciences Administratives de la Roumanie et membre de la Société roumaine de la statistique. Après la révolution anticommuniste roumaine de décembre 1989, il est devenu membre post-mortem de l’Académie Roumaine. Il a reçu de nombreuses autres distinctions, alors que 7 lycés de Roumanie portent son nom, tout comme deux rues, l’une à Bucarest, la capitale, l’autre à Timisoara (ouest). Tout cela pour garder vive la mémoire de celui qui avait été Virgil Madgearu. (trad. Valentina Beleavskiç)