Le général Henri Cihoski (1871-1950)
Le général Henri Cihoski a fait partie de la génération qui a créé la Grande Roumanie et qui a traversé les deux guerres mondiales du XXème siècle.
Steliu Lambru, 15.02.2026, 10:12
L’histoire des Roumains a aussi été écrite par des étrangers, tout comme les Roumains présents dans l’histoire d’autres nations. Bien que minorité ethnique peu nombreuse, les Polonais de Roumanie ont donné plusieurs noms importants au pays où ils ont vécu. Le général héros de la Grande Guerre Henri Cihoski a été un de ces Polonais ayant mis leur force au service de la Roumanie.
Les origines de la famille Cihoski
L’historien Corneliu Andonie nous aide à résumer la biographie de Cihoski. Track 1: «Je commencerai par citer Nicolae Iorga: parmi tous les étrangers que ce pays a accueillis, personne ne nous a mieux compris, aimés et pardonné que ces idéalistes irréductibles des révolutions polonaises. Henri Cihoski était d’origine polonaise. Son père, Aleksandr, avait participé à la révolution polonaise éclatée en 1863 dans la partie de la Pologne occupée par les Russes. Il était ingénieur diplômé de l’Université de Varsovie, réfugié en Roumanie, qui avait reçu la nationalité roumaine des mains du prince Alexandru Ioan I (Cuza). Il avait travaillé comme ingénieur topographe dans l’administration, il avait donc été fonctionnaire. Avec son épouse, également polonaise, il avait eu cinq enfants dont Henri avait été le troisième. »
Education et carrière militaire
Né dans la bourgade de Tecuci en 1871, Henri Cihoski a embrassé la carrière des armes, s’étant formé dans les Ecoles militaires d’artillerie et de génie, ainsi qu’à l’Ecole supérieure de Guerre de Bucarest. Il a épousé la fille d’un riche commerçant arménien, avec laquelle il a eu une fille et un fils. L’historien Corneliu Andonie ajoute d’autres détails de la vie et la carrière du général Cihoski. Track 2: « Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, Henri Cihoski avait obtenu plusieurs grades militaires, dont celui de colonel juste à la veille du déclenchement de la conflagration. Il a participé aux combats de l’automne et de l’hiver 1916. Grièvement blessé à la colonne vertébrale, il a été hospitalisé un mois et demi à l’hôpital Sfântul Spiridon de la ville d’Iași. Au début de la campagne militaire de l’été 1917, il s’est vu nommer aux commandes de la 10ème division d’infanterie, une position qui lui a permis de prouver ses remarquables qualités de commandant. »
Carrière politique et mandat ministériel
Après la Grande Guerre, Henri Cihoski se rapproche du monde de la politique. L’historien Corneliu Andonie raconte : « Il est un personnage important car, en tant que ministre de la guerre dans le gouvernement Iuliu Maniu, entre 1928 et 1930, il a opéré une série de changement positifs au sein de l’institution militaire. C’est durant son mandat, en 1929, que le ministère change de nom en ministère de l’Armée. Il contribue à l’élaboration du texte d’une nouvelle loi d’organisation des forces armées, votée au parlement en 1930, après la fin du mandat ministériel du général Cihoski. En tant qu’officier du génie militaire, il a eu l’initiative de faire ériger le Monument du Lion (Leul) en face du Palais de Cotroceni (actuel siège de la présidence de la République), à l’entrée du quartier bucarestois de Militari. Il a aussi fondé plusieurs établissements de soins et de récupération pour les militaires et il en a amélioré le fonctionnement de plusieurs autres. Il a créé le quatrième régiment des divisions d’infanterie, qui n’en avait eu que trois, même pendant la guerre. »
Des critiques et un geste honorable
Le général Henri Cihoski appartenait à une génération de personnalités qui restait fidèle à ses valeurs et principes, y compris dans l’activité politique, affirme l’historien Corneliu Andonie : « L’événement qui l’a consacré dans la société roumaine a eu lieu en 1930, lors de la célébration, au Parlement, de l’union de la Bessarabie avec le royaume de Roumanie. Au moment de l’entrée dans l’Hémicycle de Constantin Stere, lui-même originaire de Bessarabie, homme politique qui avait constamment plaidé pour le ralliement de la Roumanie à l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie durant la guerre, le public présent dans la salle avait applaudi. Ce fut à ce moment-là que trois des généraux marquants de la Première guerre mondiale, le général Petala, le général Vasile Rudeanu et le général Mărdărescu, ont refusé d’acquiescer aux ovations et ont quitté la salle. Le ministre Henri Cihoski a essuyé des critiques très sévères pour son manque de réaction contre l’accueil fait à Constantin Stere. Il a cependant réagi à ces critiques en démissionnant de ses fonctions, un geste honorable qui fut très apprécié. »
La mort du général Cihoski
La fin de la deuxième guerre mondiale n’annonçait rien de bon pour la Roumanie. Pays occupé, elle ne bénéficiera pas d’une reconstruction de la démocratie et se verra jeter dans la nuit noire du totalitarisme communiste. En tant qu’ancien dignitaire, Henri Cihoski allait partager le sort réservé aux autres dignitaires de l’ancien royaume. L’historien Corneliu Andonie conclut son résumé de la vie et de la carrière du général Cihoski : « Le 5 mai 1950, il a été arrêté en tant qu’ancien ministre et transporté directement au pénitentiaire de Sighet (au nord du pays), où il est décédé onze jours plus tard. A 79 ans, il n’a pas résisté aux conditions d’incarcération. D’ailleurs, il n’a pas été le seul à avoir été tué de cette manière par le régime communiste. Selon les procédures appliquées à cette époque-là, son corps a été purement et simplement jeté dans une fosse commune. »
Le général Henri Cihoski a fait partie de la génération qui a créé la Grande Roumanie et qui a traversé les deux guerres mondiales du XXème siècle. Il a été un témoin et une victime des méandres de l’histoire. (Trad. Ileana Ţăroi)