Le Jardin botanique « Anastasie Fătu » d’Iași
Le Jardin botanique « Anastasie Fătu », de la ville d’Iași (nord-est) fête ses 170 ans. Avec pour mission de contribuer à mettre la science et la culture au service de la nature, il occupe près de 90 hectares, sur lesquels poussent actuellement des milliers d’espèces de plantes originaires du monde entier.
Ion Puican, 27.09.2026, 10:27
Le Jardin botanique « Anastasie Fătu », de la ville d’Iași (nord-est) fête ses 170 ans. Avec pour mission de contribuer à mettre la science et la culture au service de la nature, il occupe près de 90 hectares, sur lesquels poussent actuellement des milliers d’espèces de plantes originaires du monde entier. L’histoire du Jardin débute en 1856, lorsque le médecin et biologiste Anastasie Fătu achète avec son propre argent un terrain près d’Iași, sur lequel il fonde le premier jardin botanique de l’espace roumain.
Le projet d’une vie
Anastasie Fătu (1816-1886) a commencé ses études à Vaslui (Est de la Roumanie) pour les continuer ensuite à Iași et, plus tard, en tant que boursier à l’Université de Vienne, où il obtient un doctorat en droit et médecine. Enfin, il se rend aussi à Paris, où il décroche un diplôme de médecin. De retour en Moldavie, il occupe une place de médecin et ensuite de médecin-chef à l’hôpital « Sfântul Spiridon » d’Iași. Il est considéré comme le premier pédiatre de Moldavie, ayant contribué à la fondation du premier orphelinat moderne de la région. Mais son activité ne s’est pas cantonnée au seul domaine médical. Anastasie Fătu est également l’auteur du premier manuel de botanique universitaire de Roumanie, publié en 1877. Il a été député et sénateur, il a même rempli la fonction de président de la Chambre des députés en 1868 et il a été élu membre de l’Académie Roumaine. Le Jardin botanique créé par Anastasie Fătu a pris sa forme actuelle dans les années 1960, sur la Colline de Copou (la zone historique de la ville d’Iași).
Le Pr Cătălin Tănase, membre correspondent de l’Académie Roumaine et directeur du Jardin botanique d’Iași, nous donne d’autres détails:
« Le 10 août 1856, le grand patriote Anastasie Fătu jetait les bases d’un projet en s’appuyant sur ses propres ressources matérielles, un projet qui allait marquer l’histoire de la science botanique roumaine. Depuis, le Jardin botanique de l’Université « Alexandru Ioan Cuza » d’Iași est devenu une institution d’éducation et de recherche représentative de Roumanie, qui s’est réinventée à chaque période historique, grâce à la contribution des générations successives de botanistes et de jardiniers. Le Jardin est un symbole de la ville universitaire et culturelle en raison de la thématique scientifique diverse, du cadre naturel et de la superficie de 88 hectares occupés sur la colline de Copou, cela permettant d’aborder des sujets complexes d’architecture paysagère et de conservation « ex situ » de la diversité des plantes originaires de tous les continents, ainsi que de conservation de la biodiversité urbaine. Les espèces de plantes se retrouvent rangées dans des sections, en fonction de la thématique scientifique et de critères biogéographiques, systématiques, utilitaires ou esthétiques. Chaque section contient des espèces remarquées pour leur aspect, par exemple l’arbre à soie, l’arbre tulipier, des variétés de roses, dahlias, tulipes, jonquilles/narcisses, azalées, camélias ou chrysanthèmes. D’autres espèces sont rares ou en danger de disparition: Métaséquoia, Bellevalia sarmatica, la pivoine des steppes ou la tulipe panachée. D’autres ont une importance paléobotanique, comme c’est le cas du Ginkgo biloba ou l’arbre des pagodes, ou une importance culturelle, comme les scions ou les clones du Tilleul d’Eminescu du Jardin Copou, un arbre monument de la nature, plantés dans la pépinière du Jardin Botanique. La diversité des collections en font un repère de la recherche et de la conservation de la biodiversité en Europe. »
Institution scientifique et objectif touristique
Le Jardin Botanique « Anastasie Fătu » d’Iași abrite un complexe de serres, avec des sections thématiques dédiées à la flore indigène et exotique, ainsi qu’une zone spéciale, aménagée pour les personnes malvoyantes, où les plantes peuvent être « lues » à l’aide de l’odorat et du toucher. Chaque année, plus de 290.000 visiteurs franchissent le seuil de cette institution, affirme le Pr Cătălin Tănase:
« Les espèces de plantes des collections scientifiques proviennent de toutes les régions biogéographiques du monde, depuis des espèces tropicales cultivées dans des serres à des plantes rares, acclimatées ou naturalisées dans les collections à l’air libre. Le chapitre des priorités se réfère à la conservation des espèces natives et des variétés traditionnelles, des plantes rares et de celles affectées par la surexploitation, qui ont des besoins particuliers en termes de sol, température, régime hydrique ou intensité de la lumière. Leur suivi saisonnier et pluriannuel met en évidence certaines modifications chez des espèces ou des variétés horticoles, mais qui sont contrôlées, notamment dans le cas des plantes cultivées dans des serres classiques ou dans des serres de jardin. »
Le jardin botanique, une nécessité
De nos jours, les villes ont besoin d’espaces comme le jardin botanique — au-delà de l’aspect esthétique, ils jouent un rôle important dans notre relation avec la nature, explique Pr Cătălin Tănase:
« Par prédilection, les jardins botaniques universitaires à valeur historique sont devenus des lieux destinés à la recherche, à l’enseignement et à l’information du public désireux de connaître et de protéger la nature. Les étiquettes avec un code QR ou accompagnées d’explications en Braille pour les personnes malvoyantes, ainsi que les panneaux explicatifs et les applis informatiques permettent de découvrir des aspects inédits concernant les interactions entre les humains et les créatures de l’espace urbain. En fonction de leur âge, les enfants ont l’occasion de découvrir des formes zoomorphes, phytomorphes et anthropomorphes réalisées par les employés du Jardin botanique à l’aide de plantes ou de déchets végétaux ; mais les petits peuvent surtout acquérir le savoir-faire pour l’entretien des plantes d’intérieur ou des jardins de leurs parents. Ils peuvent aussi participer aux premières leçons dans la nature, afin de découvrir, par exemple, le parfum ou la texture des plantes. »
Selon le directeur Cătălin Tănase, d’ici 50 ou 100 ans, le Jardin botanique « Anastasie Fătu » d’Iași a toutes les chances de perdurer et de préserver son unicité en utilisant correctement toutes les ressources, y compris celles humaines qui suivront l’exemple des générations précédentes, malgré les défis et l’imprévisibilité de l’avenir. (Trad. Ileana Ţăroi)