Alburnus Maior, Roșia Montană
Avec ses plus de 80 kilomètres de galeries creusées à travers le temps, dont près de 7 kilomètres datant de l’époque antique, ce site est considéré comme le plus vaste et le plus complexe ensemble d’exploitations minières romaines du monde.
Steliu Lambru, 18.10.2026, 10:28
Alburnus Maior est le nom antique romain de la localité de Roșia Montană, sise dans les Montagnes Apuseni (du Ponant), dans le département d’Alba, au centre de la Roumanie, dans la région historique de Transylvanie. Avec ses plus de 80 kilomètres de galeries creusées à travers le temps, dont près de 7 kilomètres datant de l’époque antique, ce site est considéré comme le plus vaste et le plus complexe ensemble d’exploitations minières romaines du monde. Le nom de localité apparaît sur une tablette de cire datant du 6 février 131 après J. Ch., pendant le règne de l’empereur Hadrien, qui y avait fait venir des colons auxquels il avait confié l’extraction de l’or de la région.
Une image rare de la vie quotidienne dans la Dacie romaine
Les Romains avaient employé des techniques d’extraction avancées pour leur temps — marteaux en bronze, ciseaux en fer et installations hydrauliques — et les fouilles archéologiques ont mis au jour des traces d’habitations et de nécropoles, des outils miniers et des dizaines de tablettes de cire avec des documents romains officiels: contrats, testaments et règles commerciales, montrant une image rare de la vie quotidienne dans la Dacie romaine. L’archéologue Mihaela Simion, directrice adjointe par intérim du Musée National d’Histoire de la Roumanie, nous donne davantage de détails sur Alburnus Maior: « Roșia Montană e un endroit célèbre. Au-delà de tout ce qui est lié aux mécontentements sociaux de ces derniers temps et à la mobilisation d’une communauté entière pour la protection de ces lieux, Alburnus Maior l’antique est célèbre depuis bien plus longtemps. Les tablettes de cire d’Alburnus Maior, des artefacts absolument exceptionnels, y ont été découvertes vers la fin du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe. Une partie de ces 25 ou 27 tablettes se trouvait dans le massif montagneux de Cârnic, une autre partie dans le massif de Letin Cătălina Monulești, et une troisième partie à Orlea. De quoi s’agit-il ? Eh bien, ce sont des documents tout à fait spectaculaires, qui nous permettent de comprendre, si vous voulez, le droit romain appliqué. Ce sont des contrats de travail, des contrats de prêt d’argent auprès de banquiers, des procès-verbaux, des contrats de vente et achat de biens, ça veut dire d’esclaves, et ainsi de suite. D’autres sont tout simplement une sorte de compte-rendu du coût de la vie d’il y a 2000 ans à Alburnus Maior., Où est-ce que ces tablettes se trouvent à présent? Deux sont au Musée National, d’autres se trouvent au Musée national d’histoire de la Transylvanie, à la Bibliothèque Batthyaneum, et d’autres au Magyar Nemzeti Múzeum, à Budapest et à Vienne, puisque les conditions historiques ont été ainsi. L’actuelle localité de Roșia Montană ne faisait pas partie de l’État roumain lorsque ces objets avaient été découverts, mais ils ont été rendus publics et nous en connaissons le contenu, nous en avons une image générale. Alors, qu’est-ce que Roșia Montană, Alburnus Maior? Pendant longtemps, l’on avait cru que le toponyme « Alburnus Maior » désignait purement et simplement un site minier, une zone d’exploitation des métaux précieux à l’époque romaine. Actuellement, les près de 20 ans de recherches ont produit des résultats exceptionnels. En tant que membre de l’équipe de spécialistes, je crois que ce fut une grande école d’archéologie, malgré le travail difficile. Evidemment, la recherche a été réalisée au moment où une compagnie minière voulait exploiter les gisements d’or de ce périmètre. La législation roumaine l’a obligée à payer d’amples fouilles archéologiques préventives, pour connaître la réalité du terrain. La surprise a été extraordinaire, car la charge archéologique a été particulièrement intéressante aussi bien en surface que dans le souterrain. A l’heure où l’on parle, nous sommes en mesure de raconter beaucoup de choses sur Roșia Montană et de faire une lecture différente de ces tablettes de cire. »
Des artefacts antiques remarquables
L’archéologue Mihaela Simion nous donne quelques exemples des remarquables artefacts antiques que sont les tablettes de cire d’Alburnus Maior: « Prenons l’exemple de deux tablettes de cire. La plus ancienne, celle du 6 février 131, à l’époque de l’empereur Hadrien, est « l’extrait de naissance » de Roșia Montană ; la seconde, que j’aime beaucoup pour sa modernité exceptionnelle, est le plus vieux contrat de travail intégralement préservé depuis l’antiquité. C’est un contrat entre des personnes originaires de la zone illyrienne-dalmate ou de langue grecque, qui vont à Roșia Montană pour se faire embaucher par un mandataire de mine ; le contrat stipule toutes les conditions convenues: la paye, le temps de repos, les situations de force majeure. Il est d’une modernité extraordinaire. Le document est écrit par un « juriste scribe », car à l’époque antique tout le monde ne maîtrisait pas l’écriture. Cela a permis l’essor d’une véritable industrie des prestataires, des juristes scribes. Nous nous sommes demandé pourquoi nous trouvons des tablettes à l’intérieur de la mine. Nous avons d’abord pensé qu’elles y avaient été mises à l’abri, en raison des temps très troubles traversés par la province de Dacie à cause des guerres appelées marcomanes. Personnellement, je crois qu’il s’agit tout simplement d’une sorte d’archives notariales… »
Alburnus Maior, un monde fabuleux
L’archéologue Mihaela Simion, directrice adjointe par intérim du Musée National d’Histoire de la Roumanie, dessine un tableau de Roșia Montană d’il y a près de 2000 ans: « Que s’est-il passé à Roșia Montană? Je ne sais pas si c’était au lendemain de la conquête de la Dacie, et ce n’est pas une licence poétique de ma part. Un diplôme militaire du 11 août 106, découvert à Porolissum, affirme que la Dacie est une province pacifiée. Ça veut dire quoi? Ça veut dire qu’il n’y a plus d’opération militaire, que c’est la paix et que l’empereur a ordonné la démobilisation de certaines troupes. Donc, en août de l’an 106, le calme et la paix régnaient en Dacie. Je ne sais pas si les Romains se trouvaient à Roșia Montană en août, mais je sais qu’ils y étaient en septembre. Ils avaient fait venir aussi des colons « ex todo orbe romana » (de tout le monde romain), et ils lancent l’exploitation minière d’une manière absolument impressionnante. Les ouvrages réalisés dans le souterrain montrent une force et une capacité d’ingénierie extraordinaires. … Ils ont creusé des galeries d’exploration, des galeries d’exploitation. Ils ont exploité le boom démographique de la même façon, en créant au moins 8 établissements humains. Voilà pourquoi je dis qu’Alburnus Maior est une localité, une région, un monde parfaitement fabuleux. »
C’est en raison de sa valeur historique unique que Roșia Montană a été inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO le 27 juillet 2021 ; en même temps, elle a aussi intégré la Liste du Patrimoine mondial en Danger, en raison des risques liés à la possible exploitation minière ainsi qu’au besoin urgent de conservation des galeries romaines. A présent, Roșia Montană essaie de se construire un avenir qui repose sur le tourisme historique et écologique, mettant en valeur les galeries romaines et le paysage des Montagnes du Ponant. (Trad. Ileana Ţăroi)