Centenaire du Parti National Paysan Chrétien-Démocrate
Le Parti National Paysan fut fondé le 10 octobre 1926, avec pour organe de presse le journal « Dreptatea », « La Vérité » en français. Ce jour-là, deux partis à base électorale rurale fusionnèrent en un seul : le Parti Paysan de la Vieille Roumanie, dirigé par l’instituteur Ion Mihalache, et le Parti National Roumain de Transylvanie, de Crișana, du Maramureș et du Banat, dirigé par l’avocat Iuliu Maniu.
Steliu Lambru, 26.10.2026, 10:40
Le Parti National Paysan fut l’un des partis importants de la Roumanie, et de ses rangs sont issus une pléiade de politiciens de premier plan. Il s’agit avant tout de ses deux dirigeants, Ion Mihalache et Iuliu Maniu, le Parti National Paysan étant le seul parti de la politique roumaine de l’époque à avoir fonctionné sous une direction bicéphale, et ce de manière irréprochable. Parmi les autres grandes figures du parti figuraient Alexandru Vaida-Voevod, Armand Călinescu, Ilie Lazăr, Nicolae Carandino pour la période d’avant 1947 ; Corneliu Coposu, Ion Diaconescu et Ion Rațiu étant représentatifs de l’après 1989. En cent ans d’existence, le Parti National Paysan a gouverné la Roumanie à deux reprises : une première fois entre 1928 et 1933, durant les années de la Grande Crise économique, et une seconde fois entre 1996 et 2000.
Le Parti National Paysan fut fondé le 10 octobre 1926, avec pour organe de presse le journal « Dreptatea », « La Vérité » en français. Ce jour-là, deux partis à base électorale rurale fusionnèrent en un seul : le Parti Paysan de la Vieille Roumanie, dirigé par l’instituteur Ion Mihalache, et le Parti National Roumain de Transylvanie, de Crișana, du Maramureș et du Banat, dirigé par l’avocat Iuliu Maniu. Les deux partis avaient des doctrines agrariennes et se situaient à gauche de l’échiquier politique. Les Roumains du Vieux Royaume et ceux de Transylvanie, de Crișana, du Maramureș et du Banat étaient en grande proportion une population rurale, de sorte que la base électorale du parti était en plein essor, surtout après l’introduction du suffrage universel, en 1918.
Deux traditions fusionnées contre l’oligarchie libérale
L’historien Florin Müller, professeur à l’Université de Bucarest, a expliqué quelles furent les sources doctrinales du Parti Paysan dirigé par Ion Mihalache, soit cette composante du futur Parti National Paysan, une composante originaire du Vieux royaume, soit de la Roumanie d’avant Versailles, d’avant l’union avec la Transylvanie et la Bessarabie. Ecoutons-le :
« La zone de gauche de la vie politique roumaine est occupée par le Parti Paysan, fondé en 1918. Celui-ci construit une idéologie de gauche, surtout sous l’influence de son dirigeant, Ion Mihalache. Il est intéressant de constater que, bien qu’il n’eût pas fait d’études universitaires, Mihalache était un véritable intellectuel, formé surtout par la lecture d’ouvrages liés au populisme et au « sămănătorism », un courant populiste paysan propre à la Roumanie. C’était un intellectuel qui connaissait très bien les études de Constantin Stere sur la relation entre la social-démocratie et le populisme social-démocrate rural. Il connaissait très bien la revue Viața Românească, la Vie roumaine, lisait des articles politiques dans cette publication. Il connaissait les articles politiques de Nicolae Iorga dans Sămănătorul, ainsi que les études sur la vie agraire et sur le régime de la propriété agraire de Karl Kautsky. »
Quant à composante transylvaine du Parti National Paysan celle-ci était formée par le Parti National Roumain, fondé en 1869, riche d’une longue et puissante tradition nationale, mise à l’œuvre dans la lutte pour les droits nationaux des Roumains d’Autriche-Hongrie. Florin Müller :
« Le Parti National Roumain de Transylvanie s’intègre de façon extrêmement curieuse, problématique je dirais, dans la vie politique roumaine. En ce sens que, et cela concerne surtout son leader Iuliu Maniu, il s’opposait avec une très grande détermination à l’ingérence du Parti National Libéral, originaire de la Roumanie d’avant la Grande Guerre, en cette province de Transylvanie, qu’il considérait comme une sorte de chasse-gardée. La lutte contre le régime libéral, la lutte contre l’oligarchie et la ploutocratie, comme le Parti National Roumain avait désigné le régime libéral, ne pouvait s’engager avec des chances de succès que par l’union des forces politiques d’opposition. Iuliu Maniu comme Ion Mihalache devaient donc trouver une formule, unir leurs forces et structurer un projet politique de résistance contre ce qu’ils appelaient, à l’époque, l’oligarchie libérale. »
Le Parti National Paysan gouverna une première fois entre 1928 et 1933, à travers deux gouvernements distincts, le premier entre 1928 et 1931, puis un deuxième, entre 1932 et 1933. Les Premiers ministres Iuliu Maniu, Gheorghe Mironescu et Alexandru Vaida-Voevod s’efforcèrent de stabiliser une économie traversant une crise mondiale majeure. À partir de 1938, une période sombre s’ouvrit pour le parti, lorsque la dictature royale de Carol II interdit tous les partis politiques. La dictature pro allemande menée par Ion Antonescu durant la Seconde Guerre mondiale maintint cette interdiction.
Du guet-apens de Tămădău à la renaissance de 1989
Après la guerre, alors que les partis se reconstituèrent, une deuxième période noire s’abattit sur le Parti National Paysan. Le gouvernement communiste imposé par l’Union soviétique à partir du mois de mars 1945 lança une vaste campagne de répression et de discrédit des anciens partis démocratiques, d’arrestation de leurs dirigeants et de persécution de leurs membres et sympathisants. Le prétexte de l’arrestation des dirigeants encore en liberté du Parti National Paysan fut le dit « épisode de Tămădău » a l’été 1947, qui sonna le glas de la dernière résistance politique démocratique de la Roumanie occupée par les chars soviétiques.
Lia Lazăr Gherasim, fille d’Ilie Lazăr, leader national-paysan respecté, se souvenait de l’épisode tel que son père le lui avait raconté à sa sortie de prison. Le Centre d’Histoire Orale de la Radiodiffusion roumaine enregistra son témoignage en 1994. Ecoutons-la :
« Voici ce que mon père m’a raconté à son retour de prison : le régime communiste leur a tendu un piège, leur faisant croire qu’il y aurait un avion avec plusieurs places disponibles et des pilotes prêts à les mettre à disposition de leaders nationaux-paysans pour leur assurer le passage à l’Ouest. Nous nous sommes séparés le soir du 13 juillet, quand un chauffeur est venu chercher mon père, un homme dont papa m’a dit, par la suite, qu’il avait été son interrogateur, il s’agissait donc d’un agent de la Securitate, la police politique du régime communiste. Il est clair qu’il s’agissait d’un piège tendu par la Securitate. Nous nous sommes séparés avec une grande émotion, en priant Dieu de nous retrouver sains et saufs. Le lendemain pourtant, les agents de la Securitate frappèrent à notre porte. Ils entrèrent pour perquisitionner. Maman et moi étions sereines, convaincues que papa et les autres étaient partis. Nous ne savions pas que des agents de la Securitate avaient surgi de nulle part et les avaient tous arrêtés. Les avions, au nombre de deux, n’avaient de toute manière pas la capacite d’emmener les 14 personnes concernées par cette fugue. Tous furent arrêtés et emmenés. »
Il s’en suivit une période de 42 ans d’interdiction, de persécution et de fonctionnement clandestin du Parti National Paysan. Iuliu Maniu et Ion Mihalache, les dirigeants du parti de la période de l’entre-deux-guerres, moururent en prison ; d’autres responsables et militants furent également incarcérés. En 1987, Corneliu Coposu, celui qui deviendra le dirigeant du parti après la chute du régime communiste, reconstitua le parti dans la clandestinité et le transforma en parti chrétien-démocrate. En décembre 1989, quelques jours après l’effondrement du régime communiste de Nicolae Ceaușescu, un groupe d’anciens membres reconstitua légalement le parti.
Entre 1996 et 2000, une alliance conduite par le Parti National Paysan Chrétien-Démocrate prit les rênes du gouvernement durant une période économiquement très difficile pour la Roumanie. Les effets de cette gouvernance conduisirent à un effondrement de la popularité du parti, devenu aujourd’hui plutôt marginal sur l’échiquier politique roumain actuel.
(Trad Ionut Jugureanu)