A la découverte du plateau de Mehedinți
Afin de valoriser et de promouvoir ce patrimoine, l’association Sinaptica, avec le concours du musée ASTRA et de la commune d’Izverna, du département de Mehedinți a lancé le projet « Culture, hommes et nature». Cofinancée par l’Administration du Fonds culturel national, cette initiative utilise en première en Roumanie le concept de « paysage culturel».
Daniel Onea, 08.10.2026, 10:31
Le plateau de Mehedinți, dans le sud-ouest de la Roumanie, se distingue par une fusion harmonieuse entre la richesse des traditions et la beauté de la nature. Afin de valoriser et de promouvoir ce patrimoine, l’association Sinaptica, avec le concours du musée ASTRA et de la commune d’Izverna, du département de Mehedinți a lancé le projet « Culture, hommes et nature». Cofinancée par l’Administration du Fonds culturel national, cette initiative utilise en première en Roumanie le concept de « paysage culturel». Grâce à des chantiers de bénévoles, le projet a attiré des jeunes étrangers en quête d’une expérience authentique. L’objectif est de préserver les traditions et de promouvoir un tourisme durable, respectueux envers la nature.
Ionică Pârvu, coordinateur du projet « Culture, hommes et nature » au sein de l’association Sinaptica, passe en revue les objectifs de cette initiative et les spécificités de la région.
« Nous avons pour partenaires le Complexe muséal national ASTRA de Sibiu et la commune d’Izverna. Le projet est cofinancé par l’Administration du Fonds culturel national. Nous avons déjà mené des projets consacrés au patrimoine culturel du Mehedinți. Cette fois-ci, nous avons décidé d’aborder un thème nouveau en Roumanie, à savoir le paysage culturel. Le projet touche à sa fin, et les activités ont concerné le plateau du Mehedinți. Cette région recèle une culture traditionnelle extraordinaire. On y observe une symbiose entre la nature et les activités humaines au fil de l’histoire, des éléments qui confèrent à la région son caractère unique. La région ne se distingue pas par des panoramas particulièrement vastes, car le plateau ne mesure que quelques centaines de mètres d’altitude. En revanche, ce qui fait sa spécificité est le fait d’avoir su préserver entièrement sa culture traditionnelle, à la différence d’autres régions plus touristiques, telles le Maramureș ou certains départements de la Transylvanie. »
Collecte de données et chantiers bénévoles
Dans le cadre de la collecte de données sur le terrain, l’équipe du projet a organisé deux chantiers de bénévoles dans la commune d’Izverna. Des étrangers intéressés par le patrimoine traditionnel roumain ont également pris part aux activités. Le premier chantier a accueilli un jeune Français et une experte lituanienne, tandis que le deuxième a bénéficié de la participation d’une jeune urbaniste chinoise qui fait des études à Turin, en Italie. Ionică Pârvu, coordinateur du projet, nous en parle :
« Nous avons identifié tous les éléments d’architecture qui font la particularité du plateau de Mehedinți. En premier lieu, les manoirs disséminés aux alentours des villages. Un autre élément est la « palanca », une sorte d’abri pour les animaux, dont le processus de construction remonte à la préhistoire. Il y a ensuite la façon dont les jardins, les potagers et les vignobles sont aménagés sur le plateau. Autant d’aspects qui contribuent à donner un paysage culturel unique, développé de manière organique, selon le classement de l’UNESCO. Le paysage s’est façonné au fur et à mesure que l’activité humaine s’est adaptée à l’environnement, tant du point de vue architectural que du point de vue des matériaux utilisés tout au cours de l’histoire, jusqu’à récemment, il y a 50 ou 60 ans. »
Certains manoirs sont fonctionnels de nos jours encore. Sur le plateau de Mehedinți, le manoir est en fait, une demeure temporaire, utilisée notamment en été, par les éleveurs de bétail. Tandis que le troupeau était conduit en haut de la montagne, la famille gardait près du manoir une ou deux vaches et quelques brebis pour avoir du lait quotidiennement et en faire du fromage. C’est toujours autour de cette demeure que les habitants aménageaient leur potager, leur verger ou une vigne. Pour plus de détails sur l’aspect de ces demeures, repassons le micro à Ionică Pârvu :
« Nous y avons découvert des dizaines de manoirs de ce type. Leur taille varie d’une construction composée de deux petites pièces à des édifices extrêmement vastes, s’étendant sur trois niveaux. Les habitants n’ont pas nivelé le sol, mais ont fait construire à flanc de colline, en gradins. Il y a encore des personnes, notamment des séniors, qui passent leur été dans de telles demeures. La plus ancienne construction que nous avons pu identifier date d’environ 200 ans et elle a été habitée jusqu’à il y a cinq, six ou dix ans tout au plus. Les gens y vivaient à l’ancienne, sans électricité. Il y a encore des habitants, jeunes ou moins jeunes, qui, chaque automne, transportent leur récolte dans un charriot tiré par des vaches. Comme ils n’ont plus de bœufs, ce sont les vaches qui font le travail. »
Le mode de vie traditionnel et la manière dont les habitants ont façonné le terrain au fil des générations font du plateau de Mehedinți une destination idéale pour des randonnées faciles, nous explique Ionică Pârvu, coordinateur du projet « Culture, hommes et nature »
«Ici, le paysage est un mélange de culture et de nature. Cette alliance entre la nature et l’homme offre un paysage culturel d’une beauté et d’une singularité exceptionnelle, d’autant plus qu’il s’agit d’un paysage que l’on peut découvrir à pied. Pas besoin de routes goudronnées. Les itinéraires ne prennent que cinq ou six heures de marche. Il n’est pas question ici d’ascensions épuisantes en haut de la montagne ni de parcours balisés de plusieurs dizaines de kilomètres. Vous partez d’un village, vous arrivez dans l’autre et vous parcourez au total 6 kilomètres. Quel que soit l’itinéraire que vous empruntez, vous arrivez sur une « butte », une petite colline d’où s’offre à vous un panorama extraordinaire. Au cours d’une petite balade de quatre heures, vous avez le temps de vous arrêter pour manger un fruit, prendre des photos ou, tout simplement, vous reposer dans l’herbe et écouter le vent. En quatre heures, vous pouvez grimper en haut d’une des nombreuses collines et admirer au loin, les monts Retezat. »
Grâce au projet « Culture, hommes et nature », le plateau de Mehedinți est mis en valeur comme un modèle de cohabitation entre l’homme et la nature. La protection des manoirs saisonniers, des techniques agricoles traditionnelles et des sentiers reliant les villages offre à la communauté d’Izverna la possibilité de développer un tourisme durable, respectueux envers la nature et envers l’identité culturelle du lieu.