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Des alternatives pour les migrants

Comment s'en sortir quand on est un travailleur migrant sans papier en Roumanie ?

Muncitori străini (foto Guilherme Cunha – Unsplash)
Muncitori străini (foto Guilherme Cunha – Unsplash)

, 11.03.2026, 10:05

De 2021 à 2024 les citoyens non européens ont bénéficié d’environ 340 000 nouveaux contrats de travail individuels conclus en Roumanie. A comparer avec le début de l’année 2025, lorsque moins de 150 000 travailleurs de ce type étaient enregistrés. On ne sait pas combien d’entre eux ont quitté le pays et combien y sont restés illégalement tout en continuant d’y travailler. Il est donc difficile de croire qu’il s’agit d’un phénomène marginal.

D’ailleurs, une fois le statut d’un migrant devenu illégal, celui-ci dispose de peu d’options pour pouvoir regagner la légalité. La solution la plus courante est de trouver un avocat spécialisé dans ce domaine et de poursuivre en justice l’institution ou l’entreprise responsable de cette situation illégale. Les frais (environ 1 500 euros, selon les estimations d’avocats et d’organismes spécialisés), le nombre très bas de professionnels et la durée de la procédure (au moins un an), pendant laquelle il est impossible de travailler légalement – autant d’éléments qui rendent cette voie presque impossible à suivre.

Selon Anatolie Coșciug, directeur adjoint du Centre d’étude comparative de la migration et qui enseigne aussi à l’Université « Babes Bolyai » de Cluj-Napoca, le régime migratoire en Roumanie fonctionne selon des procédures très simples, voire rudimentaires. Les pays ayant une plus longue tradition d’immigration, explique-t-il, ont mis en place toute une série de mécanismes censés répondre aux situations des étrangers qui sont arrivés en situation d’illégalité.

 

« Selon nos recherches, les accords bilatéraux entre deux Etats, à condition d’être créés soigneusement, représentent la principale méthode que nous avons constaté être efficace. Plus précisément, ces accords sont conclus entre les institutions responsables de cette situation. Par exemple, entre le ministère du Travail du Sri Lanka, du Bangladesh ou du Népal et le ministère du Travail ou l’Inspection générale de l’immigration en Roumanie. Il est important que ces accords soient conclus directement entre les institutions impliquées, et pas au niveau des Etats, sous forme de mémorandum d’entente (Memorandum of Understanding). Il faut que ce soit entre des institutions en charge des aspects pratiques : qui connaissent tous les détails théoriques et tous les problèmes qui peuvent survenir au sein de la communauté. Cela inclut toute une série de processus ou de procédures permettant de mieux comprendre et de résoudre les situations exceptionnelles. Autrement dit, tout ce qui peut générer des situations d’illégalité peut être résolu beaucoup plus facilement si les accords prévoient des personnes spécifiquement désignées pour s’en occuper. Malheureusement, nous n’avons conclu aucun accord avec les principaux pays d’origine des travailleurs. »

 

Un manque d’action de la part de l’Etat

 

Quant aux raisons pour le retard de la signature de ces accords, Anatolie Coșciug explique que le sujet des migrants n’est clairement pas une priorité pour les autorités. Par ailleurs, la Roumanie n’est pas non plus une destination privilégiée par les travailleurs d’autres pays : pour les Népalais, les Sri Lankais ou les Bengalis, les principales routes migratoires restent les pays du Moyen-Orient (à savoir le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite), mais aussi l’Inde, la Malaisie ou Singapour. Anatolie Coșciug :

 

 « Nous avons encore abordé la question des « villes sanctuaires » (sanctuary cities) qui fonctionnent très bien aux Etats-Unis. Il existe également quelques exemples en Europe où ce concept est efficace. »

 

Le terme de « villes sanctuaires » fait référence à ces quartiers considérés comme plus sûrs pour les migrants, et il s’agit en fait d’initiatives très diverses. Dans certains cas, il s’agit de décisions politiques claires, par lesquelles les municipalités limitent leur coopération avec les services d’immigration. Dans d’autres cas, ce sont simplement des communautés où, au fil du temps, des réseaux de soutien se sont créés et où les contrôles sont moins intrusifs. L’idée commune est que les personnes sans documents tentent d’organiser leur vie quotidienne dans un espace où le risque d’être interpellées dans la rue est relativement faible :

« On retrouve aussi la notion de tolérance, qui, dans certains pays, est très bien organisée. Il y a un système de cas tolérés, connus. L’Allemagne et la France en sont de bons exemples. Chez nous ça n’existe pas. Nous avons ce statut de tolérance pour les demandeurs d’asile, sous certaines conditions, pour certains cas. Par exemple, s’ils viennent d’un pays relativement paisible, mais à condition d’appartenir à une certaine communauté. Ce statut existe aussi pour les immigrants. »

 

D’autres modèles existent et fonctionnent

 

Anatolie Coșciug offre également l’exemple de l’Espagne où l’on peut obtenir un statut de citoyen « toléré » en remplissant plusieurs critères: si l’on est parent d’un enfant scolarisé en Espagne, si on a été victime d’un accident du travail, pour divers mérites exceptionnels ou encore dans des cas considérés comme d’intérêt public. Cela inclut les histoires spectaculaires où une personne sans documents qui sauve la vie d’une autre personne ou apporte une aide décisive aux autorités, et où l’Etat, juge injuste de la renvoyer dans son pays d’origine. C’est pourquoi les autorités lui accordent précisément pour ces mérites le droit de séjour légal. Anatolie Coșciug précise :

 

 « A examiner les pays d’origine des personnes bénéficiant d’un statut de « toléré », on constate que la liste des pays acceptant ces personnes est très courte. »

 

En Roumanie, de tels mécanismes sont presque inexistants : en 2024, une centaine de personnes seulement bénéficiaient du statut de « toléré », selon un rapport de l’AIDA (Asylum Information Database), un chiffre insignifiant, comparé au nombre de personnes qui perdent leur droit de séjour légal chaque année. L’expert souligne également l’impact négatif des retours, qu’ils soient forcés ou « volontaires », sur les migrants. Selon plusieurs études, ils figurent parmi les migrants les plus vulnérables : souvent perçus avec suspicion ou honte dans les communautés d’accueil, ils ont beaucoup moins de chances de reconstruire leur vie. Qui plus est, beaucoup d’entre eux tentent ensuite de rentrer dans les pays dont ils ont été expulsés.

 

Foto: Simon Moog / unsplash.x„x„„com
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