Portrait d’activiste roumaine
De la violence envers les animaux, aux victimes de violences sexuelles, en passant par l'extension des parcs de quartier à Bucarest, la disponibilité des traitements contre le VIH dans les pharmacies ou les difficultés des migrants, Alina Dumitriu raconte ses engagements.
Iulia Hau, 11.02.2026, 10:16
Une vocation précoce
Alina Dumitriu a toujours l’esprit occupé par quelque chose. De la violence envers les animaux, aux victimes de violences sexuelles, en passant par l’extension des parcs de quartier à Bucarest, la disponibilité des traitements contre le VIH dans les pharmacies ou les difficultés des migrants, Alina est toujours sur le pont !
« Quand j’étais petite, je me souviens avoir vu des enfants noirs, des africains, à la télévision. Ceaușescu nous les montrait de temps en temps, probablement pour nous montrer que c’était pire ailleurs. J’aurai 47 ans dans deux mois, j’ai vécu 10 ans sous le communisme et oui, je voyais à la télévision des enfants atteints de rachitisme, horriblement maigres. Alors, quand mes parents me demandaient ce que je voulais faire quand je serais grande, je leur disais que je voulais aider les enfants noirs que j’avais vus à la télévision. Ça m’est resté et j’ai vraiment voulu partir faire de l’humanitaire. »
Finalement il y avait de nombreux problèmes en Roumanie et Alina a préféré rester. A 16 ans, elle s’est engagée auprès d’une collègue de sa mère qui coordonnait les activités d’une ONG en plus de son travail dans une banque privée. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée bénévole auprès de petites filles qu’elle croyait orphelines. Elle s’est vite rendu compte qu’elles avaient des parents, mais que ceux-ci avaient choisi de les confier à l’État.
Quand le Sida a percuté la société
Par la suite, elle a été invitée à enseigner l’art dans une école informelle pour adolescents infectés par le VIH.
« En 1992, c’était un sujet tellement tabou qu’il est difficile de dire combien d’enfants avaient été touchés et pendant combien d’années, certains disent ceci, d’autres cela. Ce qui est sûr c’est que cette cohorte de bébés infectés par le VIH sous le communisme, 14 000 bébés, constitue un accident épidémiologique unique au monde. J’ai tout de suite accepté d’intervenir dans l’école. J’avais étudié l’art et j’étais passionnée par la psychologie et la psychothérapie. Je lisais énormément, quand les autres enfants lisaient des romans, moi je lisais Jung et Freud, c’était ma passion. J’aimais beaucoup le concept de thérapie par l’art et j’ai commencé à lire encore plus à ce sujet. C’est ainsi j’ai essayé de créer des cours de dessin et de peinture à visée thérapeutique. »
En commençant à discuter avec les adolescents qui avaient été victimes de l’épidémie de VIH, Alina s’est rendu compte que la différence entre ce qu’ils vivaient et ce qu’ils pensaient vivre était très grande. Tout d’abord, ils pensaient tous qu’ils avaient le sida et qu’ils allaient mourir.
« Quand j’ai commencé à lire des articles sur le virus, j’ai réalisé qu’ils n’étaient en fait pas atteints du sida, mais du VIH, et qu’ils étaient en bonne santé, ils étaient simplement porteurs d’un virus. Au bout de quelques années, l’approche du VIH dans la littérature universitaire a également changé. Ce dont souffraient ces personnes, ce avec quoi elles vivaient, c’était une affection chronique traitable à long terme, donc pas une maladie. Mais elles avaient été infectées dans les années 80 dans des hôpitaux, par voie nosocomiale et n’ont pas reçu de traitement par la suite. On pense qu’environ 4 000 d’entre eux sont morts. Le chiffre est un sujet tabou, personne ne veut parler de la façon dont l’État a fait cela à des enfants dont il avait la charge. »
Un destin au long court…
Alina Dumitriu raconte que le docteur Cătălin Apostolescu l’a soutenue tout au long des 20 années qu’elle a passées à travailler avec des patients appartenant à des groupes vulnérables et consommateurs de substances. Elle dit que c’est lui qui, il y a 21 ans, l’a encouragée à créer l’association Sens Pozitiv, qui soutient les personnes infectées par le VIH et les groupes à haut risque de contracter le virus. Outre son travail au sein de l’ONG, Alina Dumitriu est une militante civique et une influenceuse, son compte Instagram est suivi par plus de 14 000 personnes.
« Tout d’abord, je lance beaucoup d’appels à l’action. Je demande aux gens de réagir, d’envoyer des plaintes. Et ils le font vraiment. Je leur en suis très reconnaissante. Il y a eu un cas où un type menaçait de publier des photos pornographiques de quelqu’un sur mon mur. Mais j’ai consulté une juriste et il s’agissait bien d’un délit ; finalement, la police m’a dit que non. Mais 200 plaintes ont été envoyées à la police. (…) C’est une communauté, c’est-à-dire que ce sont des gens qui veulent vraiment faire quelque chose. Ils sont préoccupés par ce qui se passe dans ce pays et, oui, ils veulent faire partie du changement, être eux-mêmes le changement dont ce pays a tant besoin – participer activement. »
… qui la touche en plein cœur
Alina estime que les influenceurs ont une grande responsabilité envers leurs followers. Elle raconte avoir récemment repris une information parue dans la presse roumaine qui s’est avérée être une fake news. Elle a immédiatement publié un autre post dans lequel elle reconnaissait cette erreur, mais selon elle peu de créateurs de contenu agissent de manière aussi consciencieuse. Interrogée sur la difficulté d’être activiste à temps plein en Roumanie, Alina prévient que les personnes travaillant dans ce domaine souffrent souvent de troubles psychologiques. Elle-même vit avec un stress traumatique secondaire diagnostiqué, qui ne guérit pas, mais qui est simplement contrôlé par un traitement médicamenteux. Les personnes prédisposées à souffrir de ce trouble sont celles qui travaillent en oncologie pédiatrique ou avec des consommateurs de substances interdites, les taux de mortalité étant très élevés dans les deux cas. Cependant, avec le temps, elle a appris à gérer ses émotions et, si elle pouvait revenir en arrière, elle ne changerait rien.