Le patrimoine culturel roumain à l’ère digitale
Toutes les informations sur le patrimoine mobilier, immobilier et immatériel de Roumanie seront centralisées : description, localisation, régime juridique, état de conservation, risques ou documentation photographique.
Roxana Vasile, 07.01.2026, 10:22
Fin 2025, le ministère de la Culture roumain a officiellement lancé deux grands projets complémentaires : ePatrimoniu et eMonumente, tous deux cofinancés par l’Union européenne. Dans le cadre d’une plateforme numérique nationale moderne, ils permettront aux citoyens d’accéder plus facilement au patrimoine d’un simple clic. Bogdan Trîmbaciu dirige l’équipe chargée de ce projet au ministère. Il considère qu’il s’agit du projet le plus complexe jamais entrepris en Roumanie en matière de numérisation du patrimoine.
« Il est venu comme une suite normale au projet « eCultura », qui concernait le patrimoine mobilier et qui est désormais achevé. Dans le cadre de ce projet, nous avons numérisé près d’un million d’objets de toutes sortes. Nous avons notamment numérisé plusieurs enregistrements phonographiques en partenariat avec Radio Roumanie. Ensuite, nous sommes passés à un grand projet qui s’est divisé en deux – l’un est « ePatrimoniu » et l’autre est « eMonumente ». Le financement s’élève à 45 millions d’euros, dont 24 millions pour « ePatrimoniu » et 20 millions pour l’autre. Ensemble, ces deux projets permettront de résoudre tous les problèmes liés au patrimoine culturel dans le domaine numérique. »
Un projet au service des citoyens
Le volet « ePatrimoniu » reliera la culture et l’administration publique dans un espace en ligne commun qui sera utilisé par des spécialistes, des fonctionnaires, des chercheurs, des organisations et des citoyens. Toutes les informations sur le patrimoine mobilier, immobilier et immatériel de Roumanie seront centralisées : description, localisation, régime juridique, état de conservation, risques ou documentation photographique. Une fois ces données rassemblées, elles permettront de fournir des services publics électroniques aux citoyens, aux institutions et aux spécialistes du domaine, en remplaçant les procédures administratives papier obsolètes, bureaucratiques et chronophages par des solutions numériques modernes. Cela facilitera, par exemple, la délivrance d’avis d’intervention sur les monuments historiques, l’autorisation de recherches archéologiques ou la délivrance de certificats d’accréditation pour les experts. András István Demeter, le ministre de la Culture rappelle que la conservation du patrimoine peut engendrer des difficultés importantes aux citoyens en l’absence d’une administration réactive.
« Ça fait des années que nous sommes bloqués au stade du crayon et du papier et que tout doit se régler au guichet. Il n’y avait rien à attendre de ce fonctionnement, que ce soit pour le patrimoine ou les citoyens. Il y a plein de nos concitoyens qui ont un lien avec un élément du patrimoine, ça peut-être un monument dans lequel ils vivent, ou une résidence dans une zone protégée. Pour eux, s’ils veulent effectuer des travaux ou si des travaux publics sont menés comme la construction d’une autoroute dans une zone ou on a découvert un site archéologique… ils ont besoin de toutes sortes d’autorisations ou d’avis qui peuvent être à l’heure actuelle très difficiles à obtenir. Imaginons que, dans peu de temps, une fois que ce « ePatrimoniu » sera opérationnel, toute cette procédure qui prend parfois des années et des années pourra être réglée en quelques semaines, le tout en format électronique. »
Un outil pour le tourisme et l’éducation
Le volet « eMonumente » du projet créera quant à lui une base de données numérique moderne qui rassemblera des informations sur tous les monuments historiques. Au moins 20 000 monuments répartis sur l’ensemble du territoire roumain seront ainsi répertoriés. Des films seront réalisés pour 2 000 objectifs qui pourront donc être visualisés en trois dimensions. Il y aura des fiches numériques détaillées et des photos actualisées pour chaque monument, des cartes touristiques interactives pour les visiteurs, mais aussi des QR codes sur les monuments, qui permettront un accès rapide aux informations et aux ressources numériques. Ainsi, eMonumente sera un outil précieux pour l’éducation, le tourisme et le développement local. À la fin de la période de mise en œuvre des deux projets – ePatrimoniu et eMonumente –, la Roumanie s’alignera sur les normes internationales en matière de numérisation des ressources culturelles. Bogdan Trîmbaciu, directeur du projet au ministère de la Culture souligne que cet outil constituera une ressource fiable et riche pour tous.
« Nous sommes partis d’un rêve : celui de pouvoir, depuis un seul endroit, en ouvrant notre ordinateur, avoir accès à l’ensemble du patrimoine et à tous les services liés à celui-ci. Ainsi, outre le fait que nous disposerons enfin d’une liste complète et actualisée des monuments historiques, avec toutes les métadonnées nécessaires, c’est-à-dire tous les éléments d’identification des monuments concernés, nous pourrons accéder, toujours à partir du même endroit, via un guichet unique, à tous les services, toutes les interventions, toutes les autorisations, tous les classements et tous les autres processus liés aux monuments historiques. La plateforme s’adresse donc, d’une part, au grand public, qui pourra ainsi découvrir notre patrimoine à travers différents récits parce que nous ne voulons pas le présenter d’une manière froide, juste avec des données, mais avec une histoire en arrière-plan. D’autre part, elle est également destinée aux spécialistes, aux évaluateurs, aux experts, aux chercheurs ainsi qu’à ceux qui souhaitent investir ou restaurer des monuments historiques. »
L’initiative de numérisation du patrimoine culturel est largement saluée par les professionnels du secteur même si tous tombent d’accord pour dire que le numérique ne pourra jamais remplacer l’expérience de l’interaction directe avec une œuvre culturelle. L’émotion de voir en vrai une sculpture de Brâncuși, par exemple, reste à tout jamais inégalable !