Petra Ort Dobruská, de République tchèque
Petra Ort Dobruská est directrice du Centre tchèque de Bucarest depuis juillet 2025, un poste qu'elle occupe avec enthousiasme et conviction, après une longue et riche expérience en Roumanie. Anthropologue de formation, connue pour son projet de bande dessinée documentaire sur la ville d'Anina, co-auteure d'un ouvrage sur les communautés tchèques du Banat et traductrice de la célèbre série "La Petite Taupe", Petra n'en est pas à sa première aventure roumaine. Elle a déjà vécu plusieurs années dans le pays, appris rapidement la langue et plongé dans la société locale, en en découvrant les réalités de l'intérieur. Portrait.
Hildegard Ignătescu, 21.07.2026, 10:49
Petra Ort Dobruská est directrice du Centre tchèque de Bucarest depuis juillet 2025 — un poste qu’elle occupe avec enthousiasme et conviction, après une longue et riche expérience en Roumanie. Anthropologue de formation, connue pour son projet de bande dessinée documentaire sur la ville d’Anina, co-auteure d’un ouvrage sur les communautés tchèques du Banat et traductrice de la célèbre série La Petite Taupe, Petra n’en est pas à sa première aventure roumaine. Elle a déjà vécu plusieurs années dans le pays, appris rapidement la langue et plongé dans la société locale, en en découvrant les réalités de l’intérieur.
Petra Ort Dobruská :
« Bonjour et merci pour l’invitation. Oui, en effet, je suis arrivée en Roumanie un peu par hasard. J’y ai séjourné un moment pour mener des recherches dans les archives au sujet de la déportation des Roms en Transnistrie pendant la guerre. Par la suite, une opportunité s’est présentée a moi, de travailler à l’ambassade tchèque. Cependant, je venais du monde académique, et rester dans la diplomatie n’était pas mon plan. J’y suis restée malgré tout un an, ce qui a été une expérience très intéressante. Ensuite, les choses ont beaucoup changé à l’ambassade et je me suis impliquée de plus en plus dans des projets éducatifs et culturels. J’ai beaucoup travaillé avec la communauté tchèque du Banat. C’était pour moi une période d’apprentissage extraordinaire — sur la Roumanie, sur la diplomatie culturelle. »
La culture comme pont entre deux pays
Revenue en Roumanie en tant que directrice du Centre tchèque, Petra nous parle de son travail au service d’une diplomatie culturelle qu’elle juge tout aussi importante que les voies diplomatiques classiques.
Petra Ort Dobruská :
« Oui, il me semble vraiment essentiel de travailler avec la culture, parce que la culture éveille des émotions, elle crée des liens, elle ouvre un dialogue. Ce que nous souhaitons au Centre tchèque, c’est entretenir un dialogue continu avec le monde d’ici et faire connaitre non seulement des artistes, mais aussi des scientifiques, des personnes de différents horizons, capables de créer ou d’entrer en dialogue avec la culture locale. Le Centre tchèque est une institution qui a une identité forte ici en Roumanie, et nous voulons bien sûr qu’il la conserve. Il y a ici le réseau EUNIC, qui regroupe les instituts culturels étrangers. Cette année, je le co-dirige avec Markus Huber du Goethe-Institut — nous avons des projets beaux et intéressants, des résidences, un projet lié aux personnes handicapées et à leur accès aux institutions culturelles. Travailler au Centre tchèque, c’est travailler sur la collaboration. »
Rentrée en Roumanie après quelques années d’absence, Petra est aujourd’hui mère de deux enfants.
Comment retrouve-t-elle Bucarest ? Petra Dobruská :
« Pour moi, la relation avec Bucarest est une relation très importante. C’est une ville qui m’a formée grace aux gens qui m’entouraient. Et je la découvre maintenant différemment, sous un autre angle, parce que je ne suis pas revenue seule. Je suis mère, et c’est clair que ça change profondément ce qu’on fait dans la ville, tout comme ses attentes. En même temps, je suis très heureuse que dans le cadre du Bucharest Design Festival, nous préparions une exposition — en réalité un jeu interactif — sur le vélo à Bucarest, un sujet qui m’a toujours tenu à cœur. »
Bucarest à deux roues — et des amis qui manquent
S’il y a une chose que Petra changerait à Bucarest, c’est bien cela : davantage de pistes cyclables et moins de voitures.
Petra Ort Dobruská :
« Vous savez, le vélo est en fait un moyen de transport idéal pour Bucarest. La ville est plate, surtout si on la compare à Prague avec ses collines, c’est vraiment avantageux. Bucarest est construite de manière assez spacieuse, donc je pense qu’il s’agit de penser différemment. Ce qui me ferait plaisir, en tant qu’habitante de cette ville, c’est moins de voitures, plus de vélos, et des espaces cyclables sûrs. Parce que ça aussi, c’est fondamental. Et j’adorerais pouvoir pédaler partout dans la ville, parce que c’est beau de découvrir entre les ruelles l’architecture extraordinaire de Bucarest, qui represente une valeur que l’on perçoit bien mieux sur deux roues que sur quatre. »
Après toutes ces années passées ici, ce qui lui a le plus manqué lors de son absence, c’est finalement ce qui l’a fait revenir. Petra Dobruská :
« Les gens, bien sûr. Parce que ce sont les gens qui font un lieu — et tout ce courage qui existe dans l’espace culturel de faire des choses malgré les circonstances. Et bien sûr le temps, qui est beau ici, et les escapades hors de la ville, à la montagne, ou à la mer. Vous savez en République tchèque, nous n’avons pas de mer. Mais surtout les gens, et cet espace culturel que j’admire profondément et pour lequel je suis revenue. Parce que je crois en la puissance du dialogue entre la Roumanie et la République tchèque, un dialogue que je considère important et bénéfique aux deux pays. » (Trad. Ionut Jugureanu)