La crevette de rivière d’Asie de l’Est
...une espèce au potentiel invasif élevé.
Daniel Onea, 30.07.2026, 13:15
L’écosystème du Delta du Danube, une zone humide importante à l’échelle internationale, se confronte à des changements rapides provoqués par l’apparition d’une nouvelle espèce, la crevette de rivière d’Asie de l’Est ou la crevette de rivière orientale. Les chercheurs de l’Institut National de Recherches et Développement du Delta du Danube, institution qui étudie et protège les ressources naturelle de cette région, surveille actuellement une expansion inhabituelle. Celle d’une espèce aquatique qui s’est étonnement rapidement adaptée à ce nouvel environnement, ayant la capacité à perturber la chaîne trophique et l’équilibre des écosystèmes locaux en raison de son potentiel invasif élevé.
Aurel Năstase, biologiste à l’Institut National de Recherches et Développement du Delta du Danube, explique le chemin parcouru par cette crevette, dont le nom scientifique est « macrobrachium nipponense », depuis le continent asiatique aux eaux roumaines.
« L’appellation «nipponense» vient de l’adjectif «nippon» et indique le lieu d’origine de l’espèce, à savoir le Japon. Il s’agit plus précisément des eaux douces japonaises, mais aussi de la région d’Asie du Sud-Est. C’était en novembre 2020 que l’espèce fut signalée pour la première fois en Roumanie, sur le bras danubien de Chilia, par des chercheurs ukrainiens. A leur tour, les chercheurs roumains confirmaient la présence de cette crevette au Delta du Danube au début de l’année 2021. Le fleuve Dniestr a été, paraît-il, la voie d’accès aux eaux danubiennes. Le crustacée originaire d’Asie du Sud-Est a été accidentellement introduit dans les fermes piscicoles de Russie dans les années ’60, attaché aux importations de carpe en provenance de Chine. Il a ensuite continué son chemin jusqu’à des fermes similaires du Belarus et du Delta de la Volga, pour arriver, via le Dniestr, en Ukraine, à la frontière avec la République de Moldova, dans les années 2000. De là, la crevette de rivière orientale est descendue vers les eaux moins salées de la mer Noire. Bien que spécifique des eaux douces, cette espèce tolère très bien les environnements saumâtres, moins salés. C’est ainsi qu’elle a survécu en mer Noire et fait son apparition sur le bras de Chilia. »
Une influence directe sur le réseau trophique
Outre une capacité exceptionnelle à s’adapter à des environnements à indices de salinité différents, la crevette de rivière orientale a une influence directe sur le réseau trophique. La faune locale a déjà commencé à réagir à cette abondante source de nourriture, bien que le taux de reproduction de cette espèce invasive continue à inquiéter les experts. Le biologiste Aurel Năstase explique l’interaction de la nouvelle espèce avec les prédateurs locaux ainsi que son éventuelle expansion.
« Nos études nous ont permis de constater que tous les poissons prédateurs – le silure glane, le brochet, le sandre – ont commencé à prendre en chasse ces crevettes, malgré la rapidité dont elles se déplacent et qui rend leur capture difficile. Nous avons identifié des crevettes de rivière orientale dans le contenu gastrique des brochets et des silures. Les oiseaux ichtyophages et certains mammifères en mangent aussi, la crevette devenant une nouvelle base trophique. C’est une espèce très prolifique; une seule femelle peut produire entre six et huit générations de juvéniles, sa capacité de reproduction étant énorme. Enfin, elle supporte sans problème les températures plus basses de notre pays, un facteur qui accroît de manière significative son potentiel invasif et le risque de multiplication excessive. »
La multiplication explosive de la crevette de rivière orientale confirme la vulnérabilité des systèmes aquatiques complexes face aux espèces introduites accidentellement. La surveillance permanente effectuée par les spécialistes sera essentielle pour comprendre, dans les prochaines années, les effets écologiques de cette colonisation ainsi que pour protéger la biodiversité unique du bassin du Bas Danube. (Trad. Ileana Ţăroi)