210 ans d’enseignement catholique à Bucarest
L’apparition de l’Église gréco-catholique en Transylvanie à la fin du XVIIᵉ siècle a marqué l’émergence d’un enseignement catholique en langue roumaine, dans lequel le latin occupait une place centrale.
Steliu Lambru, 30.03.2026, 10:31
L’enseignement catholique dans l’espace roumain possède une histoire de plusieurs siècles. En Moldavie, il s’est implanté plus tôt, étant lié à la présence des évêchés catholiques dès la fin du XIIIᵉ siècle. En Valachie, des tentatives d’organisation religieuse romaine ont existé, mais elles n’ont pas résisté à l’instabilité provoquée par les migrations des XIᵉ–XIIIᵉ siècles. L’apparition de l’Église gréco-catholique en Transylvanie à la fin du XVIIᵉ siècle a marqué l’émergence d’un enseignement catholique en langue roumaine, dans lequel le latin occupait une place centrale.
Rodica Miron, directrice du Collège romano-catholique « Saint-Joseph » de Bucarest, souligne l’importance du gréco-catholicisme dans le développement de cet enseignement dans l’espace roumain :
« Au début du XVIIIᵉ siècle, nous savons que l’Église gréco-catholique existait déjà, depuis 1698, lorsqu’une grande partie des orthodoxes de Transylvanie s’est unie à Rome. Dès lors, la question d’un enseignement de type européen s’est posée, avec des méthodes venues de Vienne et d’Occident. L’accent a été mis sur la culture de la langue roumaine, afin que le peuple comprenne ce qu’il apprend. Bien sûr, le latin était enseigné dans toutes les écoles et constituait un lien avec l’Occident et avec les études supérieures. Nous savons que, sur ce modèle qui fonctionnait en Transylvanie, les princes de Valachie, Șerban Cantacuzino et Constantin Brâncoveanu, se sont occupés de l’Académie grecque de Bucarest. Si, en Transylvanie, le latin était dominant, ici, dans le sud, on a introduit le grec ancien. C’est ainsi qu’est née l’Académie grecque de Saint-Sava. »
Des influences différentes entre Moldavie et Valachie
Bien que l’espace extra carpatique fût perçu comme celui de la population roumaine, les différences entre les deux principautés étaient importantes. L’une d’elles concernait la présence du catholicisme. En Moldavie, l’influence catholique venue de Pologne était plus forte, tandis qu’en Valachie, l’influence orthodoxe du sud des Balkans, notamment de Bulgarie et de Serbie, était plus marquée. Rodica Miron :
« En Moldavie, grâce aux ordres religieux, l’enseignement catholique avait déjà commencé. On a voulu faire la même chose en Valachie. Mais ici, la situation a été plus difficile, notamment en ce qui concerne l’épiscopat. Si, en Transylvanie, grâce à l’Empire des Habsbourg, l’école a pu connaître un essor important — y compris en langue roumaine par les gréco-catholiques — en Valachie, les choses ont été plus compliquées. Entre-temps, l’Église orthodoxe avait également pris de l’ampleur et a souvent vu cette ouverture vers l’Occident comme quelque chose de suspect, comme une forme de prosélytisme. Elle a donc, dans une certaine mesure, freiné l’expansion des congrégations catholiques désireuses d’ouvrir des écoles. Néanmoins, une forme d’enseignement existait auprès de chaque paroisse. »
1816 : naissance d’une école moderne à Bucarest
Le XIXᵉ siècle allait apporter des changements majeurs dans la société roumaine. Les idées modernes, l’européanisation et la prise de distance vis-à-vis de l’influence orientale exercée par l’Empire ottoman ont favorisé un rapprochement avec l’Occident. Les bouleversements politiques en Europe, notamment à l’époque des guerres napoléoniennes, ainsi que la remise en question des anciens modèles de gouvernance ont conduit les Roumains à rechercher de nouveaux modèles de vie et d’éducation.
Quelques années avant la révolution de 1821, moment clé du siècle, la première école catholique de Bucarest est inaugurée. Rodica Miron :
« Nous sommes en 1816, une année importante, un véritable nœud historique. D’un côté, les princes phanariotes étaient devenus indésirables aux yeux de la Porte ottomane, qui ne leur accordait plus la même confiance. De l’autre, les Roumains, tant en Moldavie qu’en Valachie, en étaient lassés et aspiraient à autre chose. Dans ce contexte, l’élite de Bucarest souhaitait une école de type occidental. Les conditions ont ainsi été réunies pour aider les évêques de Cioplea à ouvrir une école. C’est en 1816 que des moines rédemptoristes, spécialement formés à Vienne, ont été amenés à Bucarest. »
Il s’agissait d’un modèle d’école moderne, dans lequel la doctrine chrétienne était enseignée aux côtés des sciences et des compétences pratiques. Rodica Miron :
« Il y avait déjà des moines franciscains, mais ils assuraient uniquement la catéchèse. L’évêque a fait venir de véritables enseignants pour s’occuper de l’école, avec des méthodes rigoureuses et un programme adapté. L’enseignement associait la philosophie, les langues étrangères et les sciences, y compris les mathématiques et la topographie. On formait ainsi aussi bien de futurs ingénieurs que des mécaniciens. Ce n’était pas seulement une école de catéchèse, mais une école ouverte à tous, et non réservée aux seuls catholiques. Elle était administrée par l’Église catholique selon les normes occidentales. »
Dans les années suivantes, l’enseignement catholique se développe à mesure que la société roumaine progresse vers la modernité. La création de l’État roumain en 1859 joue un rôle déterminant. L’apparition d’écoles d’élite, telles que l’Institut « Sainte-Marie » et le lycée « Notre-Dame de Sion », constitue une conséquence naturelle de l’esprit de l’époque.
(Trad Ionut Jugureanu)