L’économie roumaine, entre défis internes et pressions externes
Le gouvernement roumain s’est engagé auprès de Bruxelles à réduire le déficit budgétaire à 6,2 % cette année, contre 9 % en 2025.
Corina Cristea, 10.04.2026, 10:28
Les déficits auxquels la Roumanie est confrontée posent de sérieux problèmes aux décideurs de Bucarest, contraints d’adopter des mesures souvent impopulaires pour tenter de redresser une situation qui perdure depuis plusieurs années. Le pays est sous procédure de déficit budgétaire excessif depuis avant la pandémie, alors que ces dernières années, celui-ci n’a fait qu’augmenter en raison de l’accroissement des dépenses publiques et d’une collecte fiscale déficitaire, une situation qui ne tarda pas de mettre une pression croissante sur le niveau de la dette publique.
Dans le même temps, le déficit du compte courant révèle une dépendance importante à l’égard des financements extérieurs. Les deux déficits sont étroitement liés : un déficit budgétaire élevé qui stimule la consommation intérieure, ce qui entraîne une hausse des importations et, par conséquent, la hausse du déficit extérieur. Cette situation rend l’économie plus vulnérable aux chocs externes et aux fluctuations des marchés financiers internationaux.
Aussi, pour redresser la barre, les économistes tablent sur une augmentation des recettes budgétaires, une meilleure efficacité des dépenses publiques, ainsi que par le soutien à la production interne et aux exportations. C’est la trajectoire que tente de suivre le gouvernement roumain actuel, qui s’est engagé auprès de Bruxelles à réduire le déficit budgétaire à 6,2 % cette année, contre 9 % en 2025.
Une correction budgétaire nécessaire, mais douloureuse
Ce processus reste délicat. Selon les données de la Banque nationale de Roumanie, la dette extérieure augmente d’environ deux milliards d’euros par mois. Même si le déficit budgétaire a légèrement diminué au début de l’année 2026 par rapport à la même période de l’an passé, la nécessité d’une correction structurelle durable demeure essentielle pour préserver la confiance des investisseurs étrangers.
L’analyste économique Dragoș Cabat, membre de la direction de CFA Roumanie, explique :
« La correction du déficit relève d’un caractère d’urgence. Nous sommes en procédure de déficit excessif et nous nous sommes engagés, il y a déjà deux ou trois ans, à le réduire selon un calendrier de sept ans. Ce calendrier n’a pas été respecté, notamment en raison du contexte électoral, mais nous avons néanmoins démarré les premières étapes. En 2025, nous avons légèrement réduit le déficit par rapport à 2024, et il est essentiel de poursuivre sur cette trajectoire. Nous avons promis ces mesures à nos partenaires européens. L’objectif est de descendre à 6,2 % cette année, puis à un maximum de 3 %, conformément aux règles de l’Union européenne. Or, pour y parvenir, il faut réduire les dépenses publiques et augmenter les recettes budgétaires. »
La Banque nationale de Roumanie avertit que le pays risque de gaspiller les progrès engrangés dans la mesure où le déficit n’est pas rapidement corrigé. Il en va de la crédibilité internationale du pays, de la poursuite des investissements extérieurs et du maintien de la note souveraine dans la catégorie « investissement ».
Risques géopolitiques et vulnérabilités économiques
Dragoș Cabat met également en garde contre les risques liés à un éventuel abandon de la trajectoire convenue avec Bruxelles :
« Les risques sont très clairs. Nous pourrions perdre la confiance de nos partenaires européens, qui pourraient réduire les fonds alloués à la Roumanie. Cela aurait un impact majeur sur l’économie. Par ailleurs, les agences de notation pourraient abaisser la note du pays, ce qui rendrait le financement de la dette plus coûteux, voire plus difficile. Dans ce cas, la Roumanie devrait emprunter plus cher, voire ne plus trouver de financement sur le marché international. »
À ces défis internes s’ajoute un contexte géopolitique tendu : un conflit à la frontière qui dure depuis quatre ans, ainsi que les tensions au Moyen-Orient. La Banque centrale souligne que la Roumanie doit poursuivre sa consolidation fiscale même dans ce contexte incertain.
Le gouverneur de la BNR avertit quant à lui que le conflit au Moyen-Orient pourrait avoir des effets sévères sur la stabilité macroéconomique du pays : hausse des prix de l’énergie, ralentissement économique et instabilité accrue sur les marchés financiers. Selon Mugur Isărescu, si ce conflit se prolonge, son impact sera ressenti, non seulement en Roumanie, mais à l’échelle mondiale.
Dans ce contexte fragile, Dragoș Cabat souligne qu’une économie déjà déséquilibrée, confrontée qui plus est à un risque de stagnation ou de croissance nulle, devient extrêmement vulnérable : tout choc international négatif aura un impact amplifié sur l’économie roumaine, ce qui n’a rien de rassurant dans l’actuel contexte international.