Un environnement en ligne plus sûr pour les enfants
Bruxelles propose une solution innovante : une application de vérification de l'âge des utilisateurs, par passeport ou carte d'identité.
Corina Cristea, 08.05.2026, 10:23
Le numérique peut offrir aux enfants des opportunités extraordinaires. Apprendre plus vite grâce à des outils interactifs. Rester connectés avec leurs amis et leur famille. Accéder à une multitude de savoirs et explorer le monde bien au-delà des murs de leur salle de classe. Ces technologies peuvent aussi les aider à développer des compétences précieuses pour la vie. Mais l’envers de la médaille, ce sont les risques. Et les données sur la sécurité des enfants en ligne sont alarmantes : un enfant sur six est victime de harcèlement en ligne, un enfant sur huit en harcèle un autre. Les parents sont les premiers préoccupés par la création d’un environnement numérique plus sûr — mais cette responsabilité ne peut pas reposer sur leurs seules épaules. Elle appelle un effort collectif, associant parents, éducateurs, entreprises technologiques et société dans son ensemble.
L’indispensable éducation numérique
Premier levier : l’éducation numérique. Les spécialistes sont formels — les enfants doivent apprendre dès le plus jeune âge comment fonctionne internet et quels dangers peuvent s’y cacher. Des notions comme la protection des données personnelles, la reconnaissance des contenus trompeurs ou la prudence face aux inconnus en ligne sont tout simplement fondamentales.
Déterminée à prévenir l’exposition des enfants à des contenus nuisibles et illégaux, ainsi que le recrutement de mineurs à des fins sexuelles, la Commission européenne propose aujourd’hui une solution innovante : une application de vérification de l’âge des utilisateurs, par passeport ou carte d’identité, lors de l’accès aux plateformes en ligne. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’exprime à ce sujet :
« Nous avons le devoir de protéger nos enfants dans le monde en ligne, comme nous le faisons dans le monde réel. Et pour y parvenir efficacement, nous avons besoin d’une approche européenne harmonisée. Une question centrale se pose : comment garantir l’existence d’une solution technique européenne pour la vérification de l’âge ? Aujourd’hui, je peux annoncer que nous avons la réponse. Notre application européenne de vérification de l’âge est techniquement prête et sera bientôt disponible pour les citoyens. Elle permettra aux utilisateurs de prouver leur âge lorsqu’ils accèdent aux plateformes en ligne — tout comme les magasins exigent une preuve d’âge pour l’achat de boissons alcoolisées. »
Une procédure qui fait son chemin
Le temps que les enfants passent devant les écrans n’a jamais été aussi élevé, poursuit Ursula von der Leyen. Et plus ils sont en ligne, plus ils risquent d’être exposés à des contenus nuisibles et illégaux, ou de tomber dans le viseur de prédateurs. Cet environnement ne favorise pas le développement des jeunes esprits. Nous avons écouté attentivement les parents, qui ne disposent pas d’outils adaptés pour protéger leurs enfants — précise la responsable européenne, en soulignant que l’application peut être utilisée sur n’importe quel appareil : téléphone, tablette ou ordinateur. Ursula von der Leyen, à nouveau :
« Premièrement, elle est simple d’utilisation. Téléchargez l’application. Configurez-la avec votre passeport ou votre carte d’identité. Puis prouvez votre âge lorsque vous accédez à des services en ligne. Ensuite, elle respecte les normes de confidentialité les plus exigeantes au monde. Les utilisateurs prouveront leur âge sans révéler aucune autre information personnelle. En clair : elle est totalement anonyme — les utilisateurs ne peuvent pas être tracés. Troisièmement, elle fonctionne sur n’importe quel appareil. Et enfin, elle est entièrement open source : n’importe qui peut vérifier le code, ce qui signifie que nos pays partenaires peuvent également l’utiliser. Mais surtout, les plateformes en ligne pourront s’appuyer facilement sur notre application. Plus d’excuses, donc. L’Europe propose une solution gratuite et simple, capable de protéger nos enfants des contenus nuisibles et illégaux. Et nous constatons que de plus en plus d’États membres avancent dans cette direction. La France, le Danemark, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, Chypre et l’Irlande montrent la voie — ils ont l’intention d’intégrer l’application dans leurs portefeuilles numériques nationaux. »
L’Union européenne n’est pas la seule à agir. Il y a quelques jours à peine, le parlement turc adoptait une loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. En vertu de ce texte, les mineurs de moins de 15 ans ne pourront pas s’inscrire sur les plateformes sociales, qui seront tenues de mettre en place des systèmes de vérification de l’âge. Les parents disposeront d’outils pour surveiller le temps passé devant les écrans et les dépenses en ligne, tandis qu’en cas d’« urgence », les principales plateformes seront obligées d’intervenir dans l’heure suivant la diffusion d’un contenu nuisible. La loi entrera en vigueur six mois après sa publication au journal officiel.
Pour ce qui est de la Roumanie, le Sénat a approuvé, en octobre de l’année dernière, la loi sur la majorité numérique, qui prévoit de restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans. (Trad Ionut Jugureanu)