Azka Pratikno, d’Indonésie
Elle vient d'Indonésie, où elle a étudié les Relations Internationales et les Sciences Politiques. Aujourd'hui elle est professeure d'anglais à Bucarest, elle a créé un club de débat. Une belle trajectoire, construite loin de chez elle, et pourtant de plus en plus chez elle. Portrait.
Hildegard Ignătescu, 28.07.2026, 10:52
Azka Pratikno vient d’Indonésie, où elle a étudié les Relations Internationales et les Sciences Politiques à l’Université Gadjah Mada. Aujourd’hui professeure d’anglais à Bucarest, au lycée théorique Școala mea, elle a également enseigné à l’Avenor College, où elle a créé un club de débat et a enseigné pendant l’année scolaire 2019-2020. Une belle trajectoire, construite loin de chez elle, et pourtant de plus en plus chez elle.
Elle nous parle de ses premieres experiences en Roumanie:
« Tout d’abord, merci beaucoup de m’avoir invitée. Je suis arrivée en Roumanie en 2015. Je suis venue pour une relation qui n’a pas duré longtemps, mais pour laquelle j’ai toujours été reconnaissante, parce qu’elle m’a amenée ici, en Roumanie. À l’époque, je vivais à Brașov, puis je me suis installée à Bucarest. J’enseignais déjà pendant mes études, donc j’ai continué à travailler comme professeure d’anglais ici. J’ai d’abord enseigné à des adultes, puis j’ai découvert que j’aimais davantage les enfants. J’ai commencé par un camp d’été, j’ai ensuite travaillé dans un centre de langues etrangeres, puis dans une école, jusqu’à devenir professeure de débat au collège. »
La chaleur des gens et les épices du marché d’Obor
Comment une Indonésienne perçoit-elle la Roumanie — un pays si différent en termes de culture, de religion, de cuisine, de nature et de saisons ? Azka Pratikno :
« Vous savez, les gens me demandaient toujours : comment a été ton premier hiver ? Il faisait froid ? Il y avait de la neige ? En fait, ce n’était pas ma première neige — j’avais été en Norvège à 17 ans. Mais à Brașov, c’était quand même un peu froid. Je suis arrivée en mars et je ne me suis pas habituée rapidement aux hivers. C’est ça, pourr moi la partie difficile de la vie en Roumanie. Mais pour la nourriture, par exemple, ou pour la nature sachez que l’on est assez proche de l’Indonésie. Nous sommes des gens chaleureux, les Indonésiens comme les Roumains, et très accueillants. J’ai vu que les Roumains sont accueillants, surtout avec les étrangers, et je me fie en disant cela a ma propre expérience. Quant a la nourriture, vous avez beaucoup d’épices ici, beaucoup de goût. C’est proche de ce que nous avons en Indonésie : là-bas, c’est un peu plus pimenté, ici c’est plus doux, et j’aime beaucoup. »
Au fil du temps, Azka a découvert une nature qu’elle n’aurait jamais imaginée depuis son île natale :
« La nature me plaît énormément en Roumanie. Quand je vivais en Indonésie, je n’étais jamais allée à la montagne. Et je n’allais pas souvent à la mer — pourtant je vivais sur une île. Mais ici, j’ai beaucoup fréquenté la montagne, avec les équipes de camps d’été. Et c’est quelque chose de remarquable en Roumanie. Les Roumains aiment et respectent énormément la nature. Je ne crois pas avoir rencontré des gens qui la respectent autant. Alors je me sens déjà chez moi. »
Bucarest comme maison
Après dix ans et plus en Roumanie, la question de l’appartenance ne se pose plus vraiment. Azka Pratikno :
« Les gens me demandaient toujours : tu ne ressens pas une différence ? Tu n’as pas le mal du pays ? Maintenant, après dix, onze ans de vie en Roumanie, je sens que c’est ici, chez moi. Quand je vais en Indonésie, je dis que je vais chez ma maman. Ou que je pars en vacances. Je me sens vraiment chez moi en Roumanie. »
Il y a bien quelques points négatifs : les hivers longs, la bureaucratie, les papiers de séjour. Mais Azka relativise tout cela :
« Nous devons commencer quelque part pour pouvoir monter. Quand je suis arrivée la première fois, je ne savais pas très bien où j’étais, comment était la Roumanie, comment parler roumain. J’ai tout appris de zéro. Mais après cinq ans, après dix ans, j’ai vu que nous ne nous retrouvons pas en bas de l’echelle sociale. Nous montons. Nous allons vers le mieux. Et je crois que c’est là ce aui importe. »
Ce qu’elle ramène de Roumanie en Indonésie quand elle rend visite à sa famille ? Des tasses de Horezu, de la céramique, des aimants, de la broderie traditionnelle. Et ce qui lui manque de l’Indonésie ?
« Maintenant, pour la nourriture par exemple, on trouve toutes sortes d’épices — au marché d’Obor ou dans plusieurs épiceries de Bucarest qui importent des produits asiatiques. Alors il ne me manque pas grand-chose d’Indonésie — sauf ma famille, bien sûr. » (Trad. Ionut Jugureanu)