La semaine du 24 au 30 août 2026
La réforme salariale abandonnée/ La loi de l’Intégrité, un échec constitutionnel et moral majeur?/La République de Moldova et l’Ukraine, 35 ans d’indépendance/ Le chef du Service de sécurité et de protection au cœur d’un scandale/ Incident en mer Noire.
Ştefan Stoica, 30.08.2026, 10:10
La réforme salariale, un échec majeur
Les députés roumains ont adopté mercredi le projet de loi visant la clôture opérationnelle et financière du Plan national de relance et de résilience, PNRR. Normalement, les réformes prévues par ce mécanisme auraient dû être mises en œuvre par l’Etat roumain sans qu’il ait besoin d’une récompense ou d’une incitation financière de la part de l’Union européenne, mais, même dans ces conditions, il ne les a pas toutes menées à bien. Parmi les réformes restées en suspens, la loi sur la rémunération unifiée du secteur public. Reportée par quatre gouvernements successifs, cette loi a nourri les divergences politiques avant de déboucher sur un échec, comme l’a annoncé officiellement le président roumain, Nicusor Dan, qui a essayé ces derniers mois de servir de médiateur entre les différentes forces politiques. La Roumanie a donc perdu 770 millions d’euros du PNRR. Cette réforme essentielle pour l’ensemble du système budgétaire n’aurait pas dû être reportée année après année, depuis 2022, a déclaré le chef de l’État, sans préciser que pendant toute cette période, le ministère du Travail était entre les mains du PSD et laissant donc, entendre que la responsabilité politique de cet échec était répartie de manière égale entre tous les partis au pouvoir. En mai, après la chute du gouvernement de coalition, M. Dan s’était déclaré optimiste quant aux chances que les réformes prévues dans le cadre du PNRR ne soient pas compromises.
La loi de l’Intégrité, un échec constitutionnel et moral majeur?
Le Sénat roumain a adopté la loi sur l’intégrité, dans sa version amendée par la Chambre des députés. Jalon du PNRR, la loi dont l’échéance est le 31 août, instaure des fiches publiques relatives aux intérêts financiers des dignitaires, qui remplaceront les déclarations de patrimoine. Désormais, ces fiches ne contiendront plus toutes les informations figurant dans les déclarations des responsables politiques. Le document a notamment gardé en place un amendement controversé introduit par le PSD et l’AUR, soit l’opposition sociale-démocrate et celle ultranationaliste, prévoyant que les élus jugés incompatibles ou en situation de conflit d’intérêts par un tribunal, avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi perdent leur mandat. La victime de cet amendement validé par la Cour Constitutionnelle, est le maire de Timisoara et chef de file de l’Union Sauvez la Roumanie, Dominic Fritz. Son parti a rejeté la modification qui, selon le leader des sénateurs USR, Sorin Şipoş, permettrait à une majorité parlementaire d’intervenir rétroactivement sur un mandat obtenu par vote. Même le PNL, partenaire de l’USR au pouvoir, a voté pour, bien qu’il considère que cette disposition, qui change les règles du jeu en cours de route, soit immorale et injuste. Pourtant, l’enjeu est significatif, affirment les libéraux, car il s’agit de l’enveloppe financière que la Roumanie risque de perdre. Antérieurement, le parti des populaires européens et Renew Europe, soit les deux grands groupes politiques pro-européens de l’Assemblé législative de Strasbourg, avaient averti la Commission européenne du fait que l’amendement en question visait l’édile de Timisoara et donc, constituait une rétroactivité manifestement non-constitutionnelle et une instrumentalisation des leviers juridiques à des fins politiques. De plus, cette modification, disaient-ils, représentait une violation du droit de l’Union européenne, puisque Dominic Fritz était un citoyen allemand élu en Roumanie conformément aux droits garantis par le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
La République de Moldova et l’Ukraine, 35 ans d’indépendance
Cette semaine, deux pays voisins de la Roumanie, l’Ukraine et la République de Moldova , ont marqué le 24 et respectivement, le 27 août, 35 ans depuis la déclaration de leur indépendance. Le président roumain, Nicusor Dan, n’a pas participé en présentiel aux cérémonies de Kiev, mais, il a été présent en visioconférence à la réunion de la Coalition des volontaires. « Ce fut une occasion pour réitérer notre soutien à l’Ukraine et pour poursuivre les discussions visant la mise en place d’un cadre robuste pour les garanties de sécurité » a écrit le responsable roumain sur le réseau X. Jeudi, Nicusor Dan et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelenski ont été accueillis par leur homologue moldave, Maia Sandu, à Chisinau, à l’occasion de la Journée de l’indépendance de la Moldavie voisine. Les trois pays continueront leur coopération dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie et de la sécurité, y compris dans leurs efforts de prévenir les incursions de drones, a affirmé le président roumain à l’issue de la réunion trilatérale de Chisinau. « Mon pays a de la chance d’avoir des voisins comme la Roumanie et l’Ukraine » a déclaré, quant à elle, Mme. Sandu.
Le chef du Service de sécurité et de protection au cœur d’un scandale
Le dernier grand scandale sur la scène publique roumaine a comme protagoniste le chef de service le plus ancien de Roumanie, Lucian Pahonţu, à la tête du Service de sécurité et de protection depuis plus de deux décennies. À son sujet, le média d’investigation Recorder a écrit cette semaine qu’il avait fait partie des forces de répression envoyées par Nicolae Ceaușescu pour réprimer les manifestations éclatées à Bucarest dans l’après-midi du 21 décembre 1989. Selon des documents découverts par Recorder, Pahonțu était présent cette nuit-là près de la barricade de l’hôtel Intercontinental, au cœur de la capitale, où les troupes armées ont tué 48 personnes et arrêté des centaines de manifestants. Il aurait également été impliqué dans les événements du 13 juin 1990, lorsque des centaines de personnes ont été battues et arrêtées par les forces de l’ordre sur la place de l’Université à Bucarest. Interrogé à Chişinau sur la possibilité de remplacer Pahonţu, Nicuşor Dan a rejeté les accusations portées contre lui, affirmant que le chef du SPP n’avait pas participé à la répression des manifestants pendant la Révolution de 1989 ni par la suite.
Un incident en mer Noire
Un navire commercial battant pavillon dominicain a été pris par des flammes en mer Noire, dans la zone économique exclusive de la Roumanie. Tous les 12 membres de l’équipage ont été récupérés vivants, mais un marin a subi des blessures. Le président Nicușor Dan a salué l’intervention de la Garde Côtière et précisé qu’une enquête serait menée. « Le navire a été touché, mais, pour le moment, nous ne savons pas par qui, ni pourquoi », a-t-il souligné. S’il s’avère que l’incident est la conséquence d’une attaque, il s’agira alors de l’incident le plus grave lié au conflit en Ukraine survenu cette semaine sur le littoral roumain ; une semaine au cours de laquelle des drones, dont certains contenaient des explosifs, ou des débris de drones, ont été découverts quotidiennement, y compris dans la zone des plages touristiques.