La plateforme WorkinRomania ne fonctionne plus depuis le 15 août
« La plateforme ne fonctionne pas » : de nombreux travailleurs étrangers se retrouvent sans titre de séjour en Roumanie
Iulia Hau, 13.10.2026, 14:28
En avril dernier, après des mois de négociations avec les parties prenantes de la société, le gouvernement roumain a adopté une nouvelle ordonnance relative au recrutement et au placement des travailleurs étrangers. Bien que l’ordonnance soit entrée en vigueur le 27 avril, l’embauche d’étrangers est pratiquement bloquée, puisque la plateforme WorkinRomania ne fonctionne plus depuis le 15 août. Des centaines, voire des milliers de travailleurs étrangers risquent ainsi de perdre leur titre de séjour. Georgiana Bădescu, coordinatrice du programme « Migration et asile » du Centre de ressources juridiques, explique d’où vient ce blocage.
« Malheureusement, nous nous trouvons actuellement dans une impasse en ce qui concerne la mise en œuvre des dispositions de l’ordonnance. La plateforme WorkinRomania est bloquée en raison d’un procès devant la Cour d’appel, portant sur la suspension de l’arrêté relatif à la liste des métiers en pénurie, ce procès opposant l’Association des importateurs de main-d’œuvre au ministère du Travail. »
PIFM est l’acronyme de « Patronat des importateurs de main-d’œuvre », l’organisation qui a demandé au tribunal la suspension de la liste des métiers en pénurie. Cette liste comprenait 289 métiers. Le Patronat la considère comme une restriction abusive, car elle limite les professions pour lesquelles des travailleurs étrangers peuvent être recrutés. L’argument ? Le ministère aurait sélectionné ces métiers de manière restrictive, sans véritable analyse du marché, portant ainsi atteinte au droit des entreprises de recruter en fonction des besoins réels du marché. Georgiana Bădescu poursuit :
« En raison de cette suspension obtenue par le PIFM devant les tribunaux, la plateforme WorkinRomania est bloquée depuis le 15 août. Ce qui affecte gravement chaque travailleur migrant, car nombreux sont ceux qui se sont retrouvés, ou qui se retrouveront prochainement, en situation irrégulière, involontairement, à cause de ces problèmes bureaucratiques, à cause de ce procès et parce qu’il n’existe aucune garantie quant à leurs droits. Les personnes dont les titres vont expirer – et je fais ici référence au titre de séjour qui peut expirer à tout moment, après un délai de 90 jours accordé aux étrangers pour changer d’employeur, ainsi qu’à celles venues avec un visa de travail dont le premier employeur ne veut plus, car ce cas de figure existe également –, toutes ces personnes se retrouveront en situation irrégulière sans que ce soit de leur faute, sans aucune garantie, et sans qu’il y ait de prolongation de leur droit de séjour ».
Des solutions inefficaces, voire inadaptées
Le problème des travailleurs migrants qui se retrouvent en situation irrégulière sans que cela soit de leur faute n’est pas nouveau. La presse nationale et internationale, ainsi que les organisations de défense des droits de l’Homme, l’ont signalé à maintes reprises. Pour répondre à ce problème, le gouvernement a mis en place cette année, pendant deux mois, un programme de régularisation des migrants se trouvant dans cette situation. À l’issue de ce programme, 3 666 travailleurs ont récupéré leur droit de séjour légal, tandis que 112 ont dû quitter le pays, car elles ne remplissaient pas les conditions d’inscription au programme. Les experts estiment que le nombre de personnes qui se sont présentées dans le cadre de ce programme était faible par rapport au nombre réel de bénéficiaires potentiels. Ils affirment que de nombreux migrants ne se sont pas présentés par crainte de ne pas remplir les conditions requises et de risquer d’être renvoyés de force dans leur pays d’origine. Georgiana Bădescu, du Centre de ressources juridiques :
« Bien que ces délais soient de nature à placer le migrant dans une situation de séjour irrégulier involontaire, qui ne lui est pas imputable, le législateur roumain doit intervenir et présenter certaines garanties. La seule chose que nous ayons obtenue jusqu’à présent est un communiqué de l’Inspection générale de l’immigration, dans lequel on nous assure que le principe de proportionnalité sera appliqué lors de l’examen de chaque cas individuel, mais cela est loin d’être suffisant. Actuellement, si un migrant se retrouve en situation irrégulière en raison d’obstacles bureaucratiques et d’une procédure judiciaire, s’il est interpellé dans la rue, une décision de retour lui sera remise et il sera contraint de repartir vers son pays d’origine. Nous parlons ici de personnes endettées, de personnes de bonne foi, de personnes qui résident légalement en Roumanie depuis plus de quatre ans et qui risquent de se retrouver en situation irrégulière parce que la plateforme ne fonctionne pas. Et alors, nous nous demandons où est la proportionnalité et où est le respect des droits des migrants, car, dans la situation actuelle, la violation de leurs droits est évidente. »
Des contradictions et des dispositions discriminatoires
Le Centre de ressources juridiques a adressé une lettre ouverte aux ministères de l’Intérieur et du Travail, à l’Inspection générale de l’immigration et à l’Agence nationale pour l’emploi, demandant que le système soit adapté à la situation actuelle et que des garanties soient accordées aux étrangers. Par ailleurs, Georgiana Bădescu critique également certains amendements apportés à l’ordonnance par la commission du travail de la Chambre des députés. Elle estime qu’ils vont à l’encontre des raisons mêmes pour lesquelles l’ordonnance a été adoptée :
« Les amendements de la commission du travail concernent des commissions imposées exclusivement aux étrangers, une disposition discriminatoire en soi, car on ne peut pas imposer une commission à un travailleur étranger et le distinguer expressément d’un salarié roumain du fait qu’il est étranger ; je veux dire par là que cela laisse des failles permettant aux agences et aux employeurs d’imposer des commissions aux migrants, car toute faille donnera à l’agence la possibilité de continuer à faire payer le travailleur. Cette formulation des commissions de conseil sera détournée par le secteur privé, et nous le savons d’après le passé comme d’après le présent, car il existe déjà des situations où les agences réclament la commission aux migrants, ainsi que la caution qui doit être versée à l’État par les migrants. Elles ne veulent plus que nous conservions la disposition selon laquelle le salaire doit être versé exclusivement sur une carte bancaire. »
Le versement du salaire exclusivement par carte bancaire constituerait une garantie importante pour les migrants, explique-t-elle. Cela permettrait de prouver que certains salaires sont impayés dans le cadre de litiges. C’est d’autant plus important que peu de migrants ont les moyens de faire appel à un avocat pour les représenter devant les tribunaux.