Le courrier des auditeurs du 18.07.2025
Alex répond à vos messages et questions.
Alex Diaconescu, 18.07.2025, 12:28
Bonjour à toutes et à tous et soyez les bienvenus à une nouvelle rencontre avec le Courrier des auditeurs, votre émission préférée. Et je commence par souhaiter une « Joyeuse Fête Nationale ! » à tous nos amis de France. Cette année, ce fut un 14 Juillet célébré dans une période d’alternance entre canicule, pluies et orages à Bucarest. Parallèlement, les villes semblent se vider et les Roumains commencent les grandes vacances en montagne ou à la mer, malgré les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement. Et pourtant, en suivant les médias et les réseaux sociaux, on dirait que la côte roumaine est quasi-déserte. C’est surtout en fin de semaine que les plages roumaines se remplissent de touristes. Entre temps, malgré l’admission de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen de libre circulation européenne, les files d’attente à la frontière entre les deux pays s’étendent sur des kilomètres entiers, à cause des travaux de rénovation du pont qui enjambe le Danube, des travaux démarrés juste en début de la saison touristique. Du moins ce ne sont pas les autorités roumaines qui ont pris cette décision, mais celles bulgares.
Jean Michel Aubier, France sur la vie politique roumaine et les mesures d’austérité
Et si je viens d’évoquer dans cette introduction les mesures gouvernementales visant à redresser les finances du pays, je commence par un mail que nous a envoyé notre fidèle auditeur Jean Michel Aubier de France, que je salue à cette occasion. Vous nous écrivez : « Avec la défaite de George Simion, candidat nationaliste et eurosceptique, l’Europe et la Roumanie ont poussé un ouf de soulagement. Pour autant, les résultats des législatives de fin 2024 sont inquiétants avec le renforcement très net de l’Alliance pour l’Union des Roumains, l’arrivée de SOS Romania et du Parti de la jeunesse. L’extrême droite, même si, faute d’allié, ne peut pas faire de coalition, demeure une menace pour le pays. Et ce ne sont malheureusement pas les difficiles mesures que devra prendre prochainement le gouvernement pour réduire le déficit qui feront baisser ces partis. Petite critique à ce sujet : vous parlez souvent d’un déficit très important sans – la plupart du temps – préciser qu’il est au-delà de 9%. Je sais que vous ne faites que traduire les articles, mais ce « détail » serait un plus. Mais j’avoue ne pas comprendre le vote des Roumains, sachant qu’en avril 2025, un sondage indiquait qu’ils étaient 87 % à souhaiter que la Roumanie reste dans l’UE et dans l’OTAN. Certes, 27 % seulement estiment qu’en restant dans l’UE, cela améliorerait leur niveau de vie. Pour revenir sur les difficultés économiques du pays, j’ai entendu que de nouvelles mesures pourraient frapper les entreprises roumaines publiques. Pensez-vous que la radio-télévision roumaine et plus précisément les services diffusant vers l’étranger pourraient être impactés ? Pour ma part, j’ai toujours trouvé anachronique la poursuite des émissions de RRI sur les ondes courtes, mode de diffusion qui a été abandonné par tant de stations ces 30 dernières années. Je pense que des grèves vont éclater, même si les Roumains n’ont pas la même culture que les Français ont pour un oui ou pour un non, on décide de débrayer… Mais il est vrai que les Roumains vont devoir se serrer la ceinture. Mais y a-t-il d’autres alternatives ? » s’interroge Jean Michel Aubier à la fin de son message.
Comment s’explique la percée de l’extrême droite en Roumanie?
Eh bien, cher ami, la vie politique roumaine est un vaste sujet. D’abord, il faut l’avouer, parfois les décisions du peuple roumain et surtout en ce qui concerne la politique sont difficile à comprendre. Pour la vaste majorité des Roumains, les statuts de la Roumanie de membre de l’UE et de l’OTAN impliquent indiscutablement des avantages et le pays serait sans nul doute beaucoup plus pauvre et plus faible en dehors de l’Union et de l’Alliance de l’Atlantique Nord. Mais la population roumaine est également assez perméable à la propagande russe, qui ne cesse de promouvoir les messages anti-européens et, plus récemment, en termes sécuritaires, anti-français. Le message constamment répété sur les réseaux sociaux et notamment sur TikTok, ce réseau chinois suivi par plus d’un Roumain sur deux, est que la Roumanie n’est qu’une colonie de l’Occident, ce dernier s’étant emparé de toutes les ressources du pays, de toutes les industries et de tous le commerce afin d’obtenir des bénéfices faramineux qui seraient transférés en masse vers leurs pays d’origine. Certes, il y a un bout de vérité dans toute cette propagande. D’ailleurs, toute infox a comme point de départ une réalité ou bien une information qui semble réelle. Mais la réalité est complètement différente et la Roumanie n’a jamais été tellement prospère. A mon avis, ce genre de messages n’a fait que s’ajouter au mécontentement général envers les précédents gouvernements et l’ex-président Klaus Iohannis qui ont mal géré deux crises majeures : la pandémie de Covid et la guerre en Ukraine. Ainsi s’explique, à mon avis, la percée de l’extrême droite en Roumanie, représentée par ce que les analystes politiques appellent des « partis antisystème ». A mon avis, si l’Alliance pour l’Union des Roumains n’a cessé de recruter des membres et qu’elle se trouve déjà à sa deuxième législature, les partis SOS Roumanie et le Parti des Jeunes (POT) sont des présences plutôt exotiques au sein du Parlement roumain, similaires à d’autres partis populistes du passé. Du moins, leur évolution est similaire : après un score inattendu aux élections législatives, peu à peu, leurs élus nationaux choisissent de migrer vers d’autres partis politiques et ces présences exotiques deviennent de plus en plus marginales. Désormais, les deux formations ont déjà vu leur groupe parlementaire se dissoudre, suite au départ de plusieurs de leurs membres. Voilà en bref pour les choix politiques de Roumains.
Majoration de taxes et impôts ou coupes budgétaires ?
Ensuite, pour revenir aux difficultés économiques et aux mesures d’austérité, il est clair pour tous ceux qui connaissent les réalités roumaines que les déséquilibres budgétaires du pays ne peuvent être réglés en l’absence de la majoration des taxes et impôts. Certes, l’Etat doit aussi serrer la ceinture, mais la restructuration son l’appareil administratif et des régimes spéciaux de retraite sont de vastes chantiers, s’étendant sur plusieurs années. La presse a souvent critiqué les salaires faramineux de certains responsables d’entreprises publiques, qui cumulent souvent une pension de retraite généreuse et des salaires payés par plusieurs entreprises, agences et institutions publiques. Mais ce genre de réforme, tout comme la réforme des régimes spéciaux de retraite (en Roumanie les juges partent à retraite à 49 ans) n’auraient pas d’impact sur les finances du pays tout de suite, comme c’est le cas de la majoration de la TVA, des impôts et des différentes contributions. Et pourtant, ce genre de mesures devraient se retrouver dans un deuxième paquet de mesures de redressement budgétaire proposé par le gouvernement d’Ilie Bolojan, surtout pour montrer aux citoyens qu’il s’agit d’un effort général dans la même direction. Et pour répondre à la question si la radio-télévision roumaine et plus précisément les services diffusant vers l’étranger pourraient être impactées par les mesures gouvernementales, à mon avis ces médias dépensent tellement peu d’argent par rapport à d’autres institutions qu’elles seront épargnées en quelque sorte par la tronçonneuse du gouvernement. Jusqu’ici la transmission en ondes courtes est considérée d’importance stratégique et aucune annonce en vue de sa suppression totale n’a été faite. Dans notre cas, des fréquences en ondes courtes ont été supprimées il y a deux ans déjà. Mais la radio publique, tout comme d’autres institutions et entreprises de l’Etat, est elle aussi obligée de serrer la ceinture. Nous sommes pour le moment présents en ligne et sur les ondes pour vous informer sur la Roumanie ainsi que sur la République de Moldova voisine, que vous mentionnez aussi dans votre message. Nous vous remercions aussi pour votre rapport d’écoute et pour votre fidélité. Un grand merci !
Paul Jamet de France au sujet des systèmes d’alerte
Notre ami-auditeur Paul Jamet de France ne pouvait pas manquer dans cette édition du Courrier des auditeurs non plus. Un de vos récents mails porte sur les systèmes d’alerte et vous évoquez les inondations subites et très meurtrières qui ont récemment frappé le Texas. Notre ami nous demande : « Pouvez-vous nous présenter le système d’alerte mis en place en Roumanie ? ». M Jamet, peut-être vous avez entendu dans nos journaux d’informations, le nom de RO-ALERT, c’est le système national d’alerte du type Cell Broadcast, qui utilise donc les réseaux de téléphonie mobile.
Le système RO-ALERT
Ce système est utilisé pour tous les types d’alerte : à commencer par les alertes météorologiques et jusqu’au danger de la chute de drones sur le territoire du pays, en passant par des alertes portant sur la disparition d’enfants et l’observation des ours dans des zones habitées. Et étant donné que pour désactiver l’alerte sonore il faut suivre certains pas précis dans le menu de paramètres et réglages de son portable, il n’est pas du tout inhabituel d’entendre des dizaines de portables sonner fortement durant un spectacle à l’Athénée ou à l’Opéra. Ce sont des alertes tout aussi ennuyantes que celles émises parfois à cause de la canicule les samedi matin, lorsque tout le monde est en train de dormir. Même si les transmissions audiovisuelles ne sont pas interrompues, si le message est important, il convient de mentionner que les chaines de télévision, surtout celles d’information en continu et les radios interrompent leurs programmes habituels pour relayer les messages d’alerte. A noter aussi que depuis quelques années, les autorités font sonner des sirènes dans les villes pour tester aussi ce système d’alerte. Ça se passe d’habitude le printemps, les mercredis à 11 heures. Même si tout le monde sait qu’il ne s’agit que d’un exercice, les sonorités lugubres des sirènes effrayent souvent les citadins. En termes d’efficacité, le système Ro-Alert a sans nul doute ses limites et parfois les autorités font sonner les téléphones des Roumains trop souvent, alors que dans d’autres situations d’urgence potentielle, ceux-ci restent muets. Mais somme toute c’est un système qui s’est avéré très efficace à plusieurs reprises.