2026, l’année de la paix en Ukraine ?
Pour l’instant, tout indique que la guerre en Ukraine est entrée dans une phase d’usure. Une phase où les coûts humains, économiques et politiques deviennent massifs, presque écrasants. Les données disponibles montrent que les deux camps sont aujourd’hui profondément épuisés, mais pas de la même manière ni avec les mêmes conséquences stratégiques. Analyse.
Corina Cristea, 06.02.2026, 10:41
4 ans de guerre en Ukraine
Depuis bientôt quatre ans, la guerre en Ukraine inflige des souffrances profondes et des pertes humaines considérables. Les sanctions s’accumulent, les négociations se succèdent, sans qu’aucune issue ne soit encore en mesure de mettre un terme à la confrontation. Ce conflit n’a pas seulement bouleversé des vies : il a profondément redessiné la géographie de la sécurité européenne et reconfiguré les équilibres des relations internationales.
En effet, nous ne sommes plus face à une simple guerre conventionnelle. Le conflit ukrainien affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales, fragilise la sécurité énergétique, alimente une fatigue politique croissante et exerce une pression constante sur l’ordre international.
Dans ce contexte, une question s’impose : 2026 peut-elle être l’année de la paix en Ukraine ?
Pour l’instant, tout indique que la guerre est entrée dans une phase d’usure. Une phase où les coûts humains, économiques et politiques deviennent massifs, presque écrasants. Les données disponibles montrent que les deux camps sont aujourd’hui profondément épuisés, mais pas de la même manière ni avec les mêmes conséquences stratégiques.
Une guerre d’usure et de l’épuisement
C’est ce qu’explique le professeur Ștefan Ciochinaru, analyste en politique étrangère, qui situe le conflit sur ce qu’il appelle l’axe de l’épuisement.
Ștefan Ciochinaru : « L’Ukraine est dans un état d’épuisement critique, mais pas d’effondrement en vue. Elle continue de s’adapter, de résister, alors que le coût humain devient de plus en plus difficile à soutenir. Quant à la Russie, elle traverse certes une usure lente, mais avec le sentiment qu’elle peut encore gagner une guerre qui s’étend en longueur. Ainsi, et ce malgré les sanctions et les pertes, le Kremlin croit toujours que la guerre est soutenable à moyen terme et croit encore pouvoir vaincre l’Ukraine dans un conflit d’usure. Si l’épuisement russe est bel et bien présent, il est encore loin d’être perçu comme une menace stratégique immédiate. Remarquez que je parle de perceptions. Et je n’évoque pas la Russie, la nation, mais bien les décideurs russes, le Kremlin. Car, en réalité, il s’agit de Poutine, de la perception de Poutine et de sa conviction qu’il peut encore gagner une guerre d’usure. Et dans ces conditions, il faut se rendre à l’évidence : il est improbable que la guerre s’achève en 2026. Aussi, alors que les deux camps soient épuisés, aucun ne l’est suffisamment pour accepter des concessions majeures. Je miserais donc qu’en 2026 nous n’assistions pas à une rupture, mais plutôt à une convergence dangereuse, dirais-je, entre pressions militaires, financières et politiques. L’Ukraine ne peut pas céder sans garanties existentielles, la Russie ne veut pas négocier sans gains territoriaux significatifs, et l’Occident n’est pas encore disposé à imposer une solution. Mon diagnostic est que la guerre se trouve dans une phase avancée d’épuisement, mais pas dans une phase terminale. ».
Quelques scénarios possibles
Si l’on observe l’évolution du conflit, l’on percevrait 2026 plutôt comme un simple jalon au long d’un conflit mondial prolongé, ajoute encore le professeur Ștefan Ciochinaru. En grandes lignes, trois types de scénarios se dessinent : Premièrement, une paix assortie de garanties solides pour l’Ukraine. Deuxièmement, un cessez-le-feu qui débouche sur un conflit gelé. Enfin, un accord imposé à l’Ukraine, autrement dit favorable à la Russie.
Ștefan Ciochinaru : « La manière dont l’architecture de sécurité évoluerait dépend énormément du scénario qui deviendrait réalité. Il est certain que l’Europe ne peut plus rester dans son ambiguïté habituelle. Soit elle intègre l’Ukraine dans ses structures, dans l’Union européenne, éventuellement l’OTAN ou dans un dispositif très proche, soit elle conserve à sa frontière une zone grise extrêmement instable. Si la paix s’accompagnait de garanties solides pour l’Ukraine, nous verrions probablement émerger un bloc oriental beaucoup plus influent au sein de l’UE, ainsi que des mécanismes par lesquels un groupe d’États européens assumerait des engagements de défense, d’assistance militaire et de reconstruction à long terme. Dans tous les cas, l’OTAN resterait le pilier central de la sécurité européenne. Dans l’hypothèse d’une paix avec de réelles garanties pour Kiev, l’OTAN devrait décider si l’Ukraine entre formellement dans l’Alliance ou si elle reçoit des garanties bilatérales, assorties du pré-positionnement de capacités militaires alliées. Un autre niveau d’analyse concerne le divorce stratégique du monde occidental avec la Russie et la nouvelle configuration de l’Eurasie. Même dans un scénario de paix relativement favorable à l’Ukraine, il est évident que les relations entre l’Europe et la Russie sont durablement et irréversiblement détériorées. La question est donc la suivante : une architecture de sécurité commune Europe–Russie est-elle encore possible ? Beaucoup suggèrent qu’après cette guerre, tout ordre commun en Eurasie sera remplacé par deux blocs de sécurité rivaux, avec une Ukraine fortifiée comme avant-poste de l’Europe. »
Dans les scénarios les plus sombres, soit une paix sans garanties de sécurité imposée à l’Ukraine, ajoute Ștefan Ciochinaru, l’ordre international issu de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la chute du rideau de fer serait caduque, l’agresseur serait récompensé, et la sécurité européenne se transformerait en une préparation permanente au prochain choc, à la prochaine guerre, et en aucun cas en un cadre souhaitable et durable. Une conclusion peu réjouissante donc que celle livrée par l’analyste politique Ștefan Ciochinaru, qui table sur une année encore peu propice à la paix, a la concorde et aux lendemains qui chantent. (Trad Ionut Jugureanu)