Physique. Magie. Progrès
Cristina Andreea Alexe, doctorante impliquée dans l’expérience CMS (Compact Muon Solenoid), l’un des grands détecteurs polyvalents du plus vaste accélérateur de particules au monde, partage son expérience au micro de RRI
Ana-Maria Cononovici, 10.02.2026, 10:30
L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), installée à la frontière franco-suisse, s’appuie aussi sur l’expertise d’une importante communauté roumaine : plus d’une centaine de chercheurs originaires de Roumanie y contribuent aujourd’hui aux avancées de la physique fondamentale. Parmi eux figure Cristina Andreea Alexe, doctorante impliquée dans l’expérience CMS (Compact Muon Solenoid), l’un des grands détecteurs polyvalents du plus vaste accélérateur de particules au monde. Au micro de Radio România, elle a expliqué comment des recherches apparemment abstraites trouvent, à terme, des applications très concrètes dans la société.
« Le CERN est issu du Conseil européen pour la recherche nucléaire : c’est une organisation internationale, principalement européenne, mais ouverte aussi à des pays non européens. On y fait de la recherche fondamentale, mais cette recherche finit toujours par se traduire en applications utiles. L’exemple le plus connu reste le World Wide Web, inventé ici et devenu indispensable à nos vies quotidiennes. Aujourd’hui, d’autres avancées se profilent, comme les thérapies anticancéreuses par protons, beaucoup moins invasives, capables de cibler la tumeur tout en épargnant les tissus sains. Pour apprendre à maîtriser les protons avec précision, il n’existe pas de meilleur endroit que le plus grand accélérateur de protons au monde. Même si nos travaux commencent par des équations et des concepts fondamentaux, ils se terminent souvent par des sourires sur le visage des gens. »
D’un rêve de médecine à la recherche fondamentale
Cristina Andreea Alexe confie que son parcours n’était pas tracé d’avance. Adolescente, elle se voyait médecin, animée par le désir de sauver des vies. Après un lycée axé sur les sciences naturelles, elle a toutefois ressenti le besoin d’agir à une autre échelle, en contribuant à un changement plus large au sein de la société. Après un détour par les sciences sociales et l’informatique, elle est revenue à une passion ancienne : la physique.
« Quand j’ai commencé l’université en 2018, il était encore possible d’étudier au Royaume-Uni. J’y ai suivi un cursus accéléré, licence et master réunis, à l’université de Manchester. En quatre ans, j’ai soutenu une seule thèse, celle de master. Ensuite, pour rester dans la recherche, j’ai cherché un doctorat et j’ai été admise à la Scuola Normale Superiore de Pise, sans savoir au départ que c’était l’une des meilleures institutions d’Italie. Aujourd’hui, je suis doctorante et je travaille sur l’analyse de données issues de l’expérience CMS du CERN. Mon quotidien, c’est la programmation, l’analyse de données… et énormément de statistiques, ce qui surprend souvent. »
Transmettre la science et repousser les frontières du savoir
Pour la jeune chercheuse, l’impact de son travail ne se mesure pas uniquement en publications scientifiques. Il se manifeste aussi dans la transmission et la pédagogie, notamment lorsqu’elle retourne dans sa ville natale, à Buzău, pour échanger avec des élèves.
« Je ressens le plus fortement ce sentiment de contribution quand je parle aux jeunes de ce que je fais. J’essaie de leur transmettre les compétences que j’ai acquises et, surtout, de leur donner envie. Ma contribution, c’est de participer à une expérience unique, dont la mission est de poursuivre la recherche fondamentale. Nous sommes animés par la volonté de découvrir ce que l’humanité ignore encore et de repousser les limites de la connaissance aussi loin que possible. »
Cristina Andreea Alexe insiste également sur l’importance de rendre la science accessible :
« La communication scientifique est devenue essentielle. Il faut savoir expliquer notre travail aux non-spécialistes, aux enfants, au grand public. La physique ne doit pas être présentée comme de la magie ou comme l’affaire de sorciers. Les gens doivent comprendre ce que nous faisons : c’est indispensable pour une société saine. »
Elle rappelle enfin l’ampleur de l’infrastructure sur laquelle repose l’expérience CMS :
« Le détecteur est installé dans un tunnel circulaire de 27 kilomètres, à environ 100 mètres sous terre, entre la Suisse et la France, près de Genève. Pour faire fonctionner une telle installation, il faut une équipe immense : environ 4 000 personnes pour CMS. Ingénieurs, informaticiens, spécialistes des infrastructures… et, à la fin de la chaîne, les physiciens, dont je fais partie, qui analysent les données et en extraient le sens. »
La thèse de Cristina Andreea Alexe porte sur des particules élémentaires susceptibles de révéler l’existence d’une nouvelle force de la nature. Pour ces chercheurs, les frontières du savoir ne sont jamais des barrières définitives, mais des invitations permanentes à la découverte.