Le pélican frisé – une espèce vulnérable
Le Delta du Danube reste un des derniers sanctuaires de la biodiversité européenne, un espace vital pour la survie des espèces emblématiques. Parmi elles : le pélican frisé (Pelecanus crispus), qui se distingue non seulement par ses dimensions impressionnantes, car il s’agit de l’espèce de pélican la plus grande du monde, mais aussi par sa faible conservation.
Daniel Onea, 19.02.2026, 14:12
Bien qu’il soit une présence constante dans le paysage du delta, cet oiseau a traversé une histoire tumultueuse, marquée par les interventions brutales de l’homme sur la nature.
Sebastian Bugariu, biologiste au sein de la Société Ornithologique Roumaine, nous a parlé de l’importance cruciale de la région de la mer Noire pour la survie de l’espèce et du déclin de cette espèce au cours du dernier siècle :
« Malgré sa distribution géographique vaste, à commencer par l’Europe de l’Est, en traversant l’Asie, pour arriver jusqu’en Chine, les populations en sont fragmentées et réduites. On estime que presqu’un tiers de la population globale, c’est-à-dire de 20 000 à 30 000 d’exemplaires, est concentrée dans la région ouest de la mer Noire. Il s’agit des Balkans, y compris de la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, et la Grèce, qui abritent la plus grande colonie de la région et qui représentent ainsi un lieu vital pour cette espèce. Pourtant, le nombre d’exemplaires de pélicans frisés a considérablement diminué au cours du siècle dernier. La destruction des habitats par l’assainissement des zones humides des prairies des grandes rivières, surtout du Danube, ainsi que la persécution humaine – ont été les causes principales de ce phénomène. Qui plus est, pendant la période communiste, sur toile de fond d’un manque de réglementations de conservation, sa région de nidification s’est dramatiquement restreinte. Le delta du Danube demeure, en fait, le seul refuge de cette espèce. »
Les efforts de conservation déployés ces dernières décennies ont permis de stabiliser partiellement la situation, mais le pélican frisé demeure une espèce dépendante des conditions environnementales et des activités humaines. Sebastian Bugariu, biologiste à la Société Ornithologique Roumaine, explique les tendances actuelles du rétablissement de la population, mais aussi les défis posés par les nouvelles migrations et la nécessité de cohabiter avec les pêcheurs.
« Actuellement, l’on observe une légère hausse des populations en Europe du Sud-Est, malgré une mortalité juvénile toujours élevée. Le comportement migratoire est lui aussi différent : contrairement au pélican cendré, qui migre sur de longues distances jusqu’en Afrique équatoriale, le pélican frisé est une espèce dispersive, qui se déplace sur de courtes distances. Qui plus est, les changements climatiques et l’adoucissement des hivers ont modifié ses schémas migratoires. Les oiseaux ne quittent plus la région que si les basins d’eau gèlent complètement, les obligeant à descendre vers le sud. La protection de cette espèce exige donc un changement de mentalité et une approche constructive du conflit avec la pisciculture, notamment par des mesures compensatoires pour les pertes économiques. Il faut bien comprendre que la population actuelle, même si elle est en train de se rétablir, ne représente qu’une fraction de ce qu’elle était il y a un siècle, avant que l’activité humaine ait perturbé l’équilibre naturel.»
Par conséquent, la survive du pélican frisé dépend aujourd’hui d’un équilibre délicat entre la préservation des habitats naturels et l’appui aux communautés locales. Des mesures compensatoires pour les pisciculteurs et la surveillance continue de la population sont essentiels pour que le « géant du Delta » ne devienne pas un simple souvenir.