Marina Voica, protagoniste du film « Fluturi de noapte / Papillons de nuit »
A 89 ans, la chanteuse Marina Voica est une présence fascinante, qui surprend par sa jeunesse d’esprit. « Fluturi de noapte / Papillons de nuit », le film de début d’Andrei Răuțu, est un itinéraire intime dans sa vie et son énergie, ainsi qu’une réflexion sur notre rapport au temps, à la mémoire et aux histoires des générations ayant marqué de leur empreinte notre culture. Pionnière de la musique pop roumaine et voix singulière de la romance moderne, Marina Voica est bien plus qu’une légende musicale : devant la caméra, elle devient un personnage ludique plein de vie et de curiosité, qui ne cesse d’inspirer les autres par son indépendance intellectuelle. Portait.
Corina Sabău, 21.02.2026, 12:27
A 89 ans, la chanteuse Marina Voica est une présence fascinante, qui surprend par sa jeunesse d’esprit. « Fluturi de noapte / Papillons de nuit », le film de début d’Andrei Răuțu, est un itinéraire intime dans sa vie et son énergie, ainsi qu’une réflexion sur notre rapport au temps, à la mémoire et aux histoires des générations ayant marqué de leur empreinte notre culture. Pionnière de la musique pop roumaine et voix singulière de la romance moderne, Marina Voica est bien plus qu’une légende musicale : devant la caméra, elle devient un personnage ludique plein de vie et de curiosité, qui ne cesse d’inspirer les autres par son indépendance intellectuelle.
Le cinéma en tant que jeu, intuition, mémoire et fragilité
Ce film est le résultat de trois années de tournage, réalisé par une équipe minimaliste. « Fluturi de noapte » suit le même chemin intime déjà aperçu dans le court-métrage « Bucureștiul văzut de sus / Bucarest vu d’en haut », lancé par Andrei Răuțu en 2020. Sélectionné au TIFF (le Festival international du film Transilvania), « Fluturi de noapte » a mis en scène Marina Voica, Ștefan Iancu et Elvira Deatcu et s’est appuyé sur l’expérience personnelle du réalisateur, confronté à la maladie d’Alzheimer de l’une de ses grand-mères. Au-delà du portrait d’une artiste, « Fluturi de noapte » ouvre un débat nécessaire sur l’importance de montrer à l’écran des personnes âgées, rarement présentes dans les films contemporains, mais qui ont la capacité d’émouvoir et d’inspirer les autres, autour.
Andrei Răuțu, qui avouait avoir rencontré Marina Voica lors d’un casting, considère que le cinéma est une forme de jeu et d’intuition, mais aussi une exploration du lien existant entre la mémoire, la fragilité et l’énergie vitale d’un artiste.
« Lorsque je l’avais rencontrée au casting, je n’avais même pas écrit le scénario pour « Bucureștiul văzut de sus », mais je savais déjà que le moment viendrait quand j’allais avoir besoin de quelqu’un qui incarne ma grand-mère dans un film de fiction. Et j’ai été surpris de voir les points communs que Marina Voica avait avec ma grand-mère, ce contraste entre la fragilité extérieure et la force intérieure. J’ai retrouvé en elle pas mal de qualités de ma mamie. J’y ai mis suffisamment de fiction pour que ça fonctionne comme un petit « story », mais j’y ai travaillé comme pour un documentaire. J’étais intéressé par le ressenti de la séparation d’avec sa maison, par le sentiment éprouvé par quelqu’un qui a passé sa vie à aimer l’espace où il/elle avait vécu et qui se voit obliger à le quitter pour s’engager sur un chemin qui semble aller nulle part. Concernant ma génération, je dirais que la nouveauté réside dans cette manière différente de peindre le portrait du troisième âge, en essayant d’y trouver des dimensions ludiques. Moi, j’ai découvert le cinéma en tant qu’environnement de jeu. On a le texte, le son, l’image, les acteurs, et tous ces instruments produisent une joie très semblable au jeu d’un enfant. Et je crois qu’il est important de ne pas rester bloqué, surtout dans une industrie où il est difficile de financer ses projets. D’accord, je n’ai pas de ressources, mais je veux jouer avec ce que j’ai effectivement. D’où l’importance de cet esprit ludique, pour ne pas rester bloqué à attendre un financement qui n’arrive pas. »
Un documentaire transformé en « home movie »
Afin de maintenir cette atmosphère intime et proche du personnage, Andrei Răuțu a choisi de filmer lui-même les scènes, transformant le documentaire en un véritable film de famille (« home movie »). « J’ai voulu raconter cette histoire sans recourir à des trucs artificiels, sans cacher les imperfections du tournage, pour soutenir un esprit authentique. Durant tout ce temps, une relation de confiance et d’amitié s’est tissée entre Marina et moi. J’ai fait la découverte non seulement de l’artiste, que je connaissais de par sa présence sur la scène et sur le plateau de tournage, mais aussi de l’être humain qui n’a cessé de jouer, de rire, d’aimer et de garder un esprit jeune », affirme le réalisateur.
A son tour, Marina Voica a parlé de son art, auquel elle avait dédié sa vie, ainsi que du film « Fluturi de noapte », réalisé par Andrei Răuțu et dont elle est la protagoniste.
« Les choses se sont coagulées après notre collaboration à son premier film, même si c’était difficile à me convaincre d’interpréter le rôle qu’il m’avait proposé. Mais pour moi l’expérience avait été formidable, car ça m’avait permis de comprendre beaucoup de choses sur le cinéma. Au sujet de ce nouveau film et de cette nouvelle collaboration avec Andrei Răuțu, je vous le dis en toute sincérité, je ne m’attendais pas à un résultat aussi impressionnant. Moi, j’ai vraiment été très impressionnée par ce que j’ai vu. Mais je pense aussi que le résultat final a été tellement bon parce que je faisais déjà confiance à Andrei. Pour moi, Andrei est un excellent ami, une personne qui est devenue très importante pour moi. Pour revenir à mon art, quand on me demande pourquoi je fais des films, pour qui je chante, je réponds tout simplement que c’est pour le public. Et je crois qu’à travers ce film, Andrei et moi avons réussi à donner aux spectateurs l’art tel que nous le vivons. »
Défini par une esthétique « camp », jouant sur l’exagération, le grotesque, la provocation et l’ironie, « Fluturi de noapte » est un film réalisé avec un minimum de moyens, mais qui puise sa force dans l’énergie de Marina Voica et dans la relation spéciale tissée entre le réalisateur et la protagoniste. (Trad. Ileana Ţăroi)