La semaine du 02 au 07 février 2026
Coup d'envoi d'une nouvelle session parlementaire à Bucarest/Mécontentements et protestations des enseignants et des étudiants/ Féminicides : un tournant législatif au Sénat roumain/ Les Etats Unis accusent, l’Europe se défend/ Milan–Cortina 2026
Leyla Cheamil, 08.02.2026, 10:21
Les priorités des autorités de Bucarest
Une nouvelle session parlementaire a commencé cette semaine à Bucarest. La coalition gouvernementale réunissant le Parti social-démocrate, le Parti national libéral, l’Union sauvez la Roumanie et l’Union démocrate magyare de Roumanie se concentre en ce début d’année sur l’adoption du budget de l’État, la réforme administrative et les mesures de relance économique. Le chef du PSD, Sorin Grindeanu, estime que le projet de budget sera présenté vers la fin du mois et se dit convaincu que des ressources seront identifiées pour financer les mesures de soutien aux catégories vulnérables proposées par les sociaux-démocrates. Les libéraux estiment avoir toujours généré de la stabilité au sein de la coalition et affirment qu’ils approuveraient les mesures sociales proposées par le PSD, mais celles-ci ne pourront être appliquées sans financement, comme l’a déclaré le président du Sénat, Mircea Abrudean. Par ailleurs, l’opposition parlementaire a déposé trois motions au Sénat. L’Alliance pour l’unité des Roumains a dénoncé l’accord entre l’UE et le Mercosur, tandis que le groupe parlementaire « Paix – La Roumanie d’abord » a critiqué l’action et certaines déclarations du ministre de la Défense, Radu Miruţă, ainsi que celles du ministère de l’Éducation. Ces trois documents seront débattus et soumis au vote des sénateurs et députés le 9 février. Parmi les priorités de l’actuelle session parlementaire, l’AUR soutiendra une initiative visant à indexer les pensions et les allocations au taux d’inflation, ainsi qu’un projet de suppression de l’impôt sur la résidence principale. Lors de la réunion gouvernementale, le ministre des Finances, Alexandru Nazare, a présenté les mesures prévues dans le plan de relance économique. M. Nazare a précisé que les instruments de soutien aux entreprises seront modernisés, avec l’introduction de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes de financement, afin que la Roumanie puisse accroître sa compétitivité et ses chances d’attirer les investissements étrangers et de développer d’importants investissements autochtones. Le Premier ministre libéral, Ilie Bolojan, a déclaré que la période difficile d’ajustement budgétaire était terminée et que la Roumanie entrait désormais dans une phase de relance économique.
Mécontentements et protestations des enseignants et des étudiants
Les syndicats de l’Education nationale ont manifesté mercredi devant la siège du gouvernement de Bucarest pour dénoncer les mesures adoptées par l’Exécutif, mécontents de l’augmentation du nombre d’heures didactiques de 18 à 20 heures par semaine et de la baisse de leur rémunération par heure. Aux dires de représentants des trois syndicats présents, la manif a réuni environ 4 000 personnes, y compris des étudiants. Ils déplorent les mesures d’austérité adoptées l’année dernière, qui ont mené à la réduction du fond alloué aux bourses et à l’élimination des réductions de tarifs aux transports local et ferroviaire. Les élus locaux sont également mécontents. Le premier ministre Ilie Bolojan a rencontré à Bucarest une délégation des maires de Roumanie dans le contexte de l’élaboration du budget d’Etat pour l’année 2026. Les pourparlers se sont déroulés aussi dans le contexte des critiques formulées par de nombreux édiles à l’encontre de la réforme de l’administration roumaine qui implique d’importantes coupes dans les dépenses publiques. Les maires ont également évoqué le financement des projets déroulés dans le cadre du Plan national de relance et de résilience, du programme national « Anghel Saligny » visant à moderniser les communautés locales et ont présenté au Premier ministre les principaux problèmes auxquels ils se confrontent au niveau administratif.
Féminicides : un tournant législatif au Sénat roumain
Le Sénat de Bucarest a adopté à une large majorité le projet de loi consacré à la prévention et à la lutte contre le féminicide et les violences qui les précèdent. Porté par un front transpartisan de plus de 250 parlementaires, le texte marque une avancée significative dans la reconnaissance et la prise en charge de ces crimes. La loi introduit notamment un statut inédit pour les enfants devenus orphelins à la suite d’un féminicide, désormais reconnus comme victimes directes et bénéficiant de mesures de protection immédiates. Elle prévoit également un durcissement des sanctions lorsque les faits de violence sont commis en présence de mineurs, soulignant l’impact durable de ces actes sur les témoins les plus vulnérables. Le projet établit par ailleurs une définition juridique claire du féminicide, entendu comme « le meurtre intentionnel d’une femme, ainsi que la mort d’une femme résultant de coups ou de blessures mortels, ou d’autres crimes commis avec violence, que les faits soient perpétrés par un membre de la famille ou par un tiers ». Un cadre légal qui vise à mieux qualifier, prévenir et sanctionner des violences longtemps reléguées aux marges du droit pénal.
Les Etats Unis accusent, l’Europe se défend
Les responsables européens ont démenti les accusations de censure figurant dans un rapport réalisé par des experts de la Commission juridique de la Chambre des Représentants du Congrès des Etats-Unis. Le document affirme que l’exécutif de Bruxelles aurait exercé des pressions sur les grandes plates-formes enligne telles TikTok, Meta et Google, pour élliminer ou limiter certains types de contenu politique. Les auteurs du rapport accusent l’Exécutif communautaire d’ingérences fréquentes dans les élections déroulées dans les Etats membres de l’UE ou dans les Etats candidats à l’admission, dont la Roumanie et la République de Moldova. La décision d’annuler les élections présidentielles roumaines de 2024 était un acte juridique intérieur, visant à protéger l’ordre constitutionnel, a affirmé le président roumain, Nicusor Dan. A son avis, la décision de la Cour Constitutionnelle de Roumanie repose sur des documents qui identifiaient sans équivoque une inégalité des chances entre candidats et une campagne électorale massivement viciée par un seul candidat par l’utilisation d’une manière opaque et illégale des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, ainsi que par le financement oculte de la campagne électorale y compris en milieu enligne. Nicusor Dan a souligné que même la plate-forme TikTok avait admis avoir identifié plusieurs réseaux ocultes d’influence et avoir élliminé des dizaines de milliers de comptes et d’interactions fausses tout en interdisant des centaines de comptes qui imitaient des candidats aux élections présidentielles.
Milan–Cortina 2026 : la Roumanie en quête d’élan olympique
La Roumanie prend part aux Jeux olympiques d’hiver de Milan–Cortina avec une délégation de 29 athlètes, engagés dans un large éventail de disciplines : ski alpin, saut à ski, ski de fond, snowboard, biathlon, bobsleigh, patinage artistique et luge. La compétition se déroule du 6 au 22 février et rassemble l’élite mondiale des sports de glisse et de glace. Parmi les figures symboliques de cet événement, le Roumain Cristian Chivu, actuel entraîneur de l’Inter Milan, a eu l’honneur de porter la flamme olympique. Un moment fort, chargé de symboles, pour un pays dont le palmarès aux Jeux d’hiver reste modeste : à ce jour, la Roumanie n’y a décroché qu’une seule médaille, remportée en 1968. (Leyla Cheamil)