Le stress, défi du XXIe siècle
Du point de vue biologique, le stress est la réponse de l’organisme à une situation perçue comme exigeante ou menaçante, explique le professeur des universités Luiza Spiru, médecin gériatre et présidente de la Fondation « Ana Aslan International »
Corina Cristea, 23.10.2026, 10:30
Nous sommes connectés presque en permanence, nous avons accès à une quantité impressionnante d’informations, nous faisons face à la pression de la performance, à l’insécurité, au manque de temps et, souvent, à la difficulté de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Dans cette nouvelle réalité, le stress est devenu un défi auquel nous devons faire face. Du point de vue biologique, le stress est la réponse de l’organisme à une situation perçue comme exigeante ou menaçante, explique le professeur des universités Luiza Spiru, médecin gériatre et présidente de la Fondation « Ana Aslan International ». Ecoutons-la :
« Le stress est une réponse tout à fait normale de l’organisme face à des agents agresseurs. Ces agresseurs sont variés : qu’il s’agisse d’un facteur polluant, d’une émotion négative, d’un traumatisme, d’une dispute avec son amoureux ou son amoureuse, c’est des agresseurs. L’organisme tente de se repositionner dans la réponse qu’il coordonne pour se redresser. Nous sommes tous soumis à des facteurs de stress, il n’y a pas moyen d’y échapper. Lorsque le stress intervient dans notre vie, il produit des déséquilibres. Et ces déséquilibres concernent nos réactions, qui sont liées au cerveau — anxiété, dépression, manifestations de type hormonal, maladies cardiovasculaires ou immunologiques. Mais lorsqu’une longue période difficile sous l’emprise du stress devient une évidence, l’on parle alors de stress chronique. Ce que je viens de décrire, c’est le stress aigu, comme lorsque nos enfants passent un examen et qu’ils sont stressé. Ça passe, certes ! Mais lorsque le stress produit des déséquilibres dans ce que nous appelons l’homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre au niveau cellulaire, et que des turbulences s’y produisent, turbulences qui disparaissent dans le stress de courte durée mais qui persistent dans le stress de longue durée, étendu sur plus de deux semaines, un mois, deux, trois, des années parfois, alors les manifestations apparaissent à distance, partout, dans tout l’organisme. Mais c’est notre cerveau qui absorbe en premier ces réponses, car c’est lui qui tente de les gérer. »
Du stress aigu au burnout : quand la machine ne tient plus
Le cerveau absorbe toute cette charge et tente de la gérer, mais après un certain temps, il est possible qu’il n’y parvienne plus. C’est alors qu’apparaissent des signes tels que les palpitations, la transpiration, les troubles du sommeil ou les perturbations du transit intestinal, les éruptions cutanées ou les allergies. À nouveau, Luiza Spiru :
« Lorsqu’il est aigu, le stress nous mobilise très bien, nous sommes actifs, nous pouvons faire face aux défis, souvent nous sommes même exceptionnels en période de stress aigu. Mais lorsqu’il devient chronique et que nous voyons que les choses se passent ainsi, nos ressources diminuent malheureusement, de plus en plus, jusqu’à ce que nous atteignions les phases d’épuisement. Cette machine qui tourne à plein régime qu’est notre organisme finit par ne plus tenir, et retrouver alors l’équilibre constitue un défi difficile. Le burnout, en réalité, c’est le stress poussé au paroxysme : cela signifie que nous percevons nous-mêmes que nous n’arrivons plus à récupérer. Et j’ai très souvent entendu des jeunes de la génération actuelle dire : « Je suis en burnout ! Je suis en burnout ! ». Et lorsqu’ils s’expriment ainsi, ils proclament en réalité qu’ils n’ont plus de ressources, qu’ils se sentent épuisés. L’épuisement est physique, psychique, mental, il est lié à l’incapacité de faire encore de l’exercice, de sortir de chez soi, d’avoir de nouvelles idées. »
En raison de son impact majeur sur la santé physique et psychique dans la vie moderne, le stress est considéré comme « la maladie du XXIe siècle ». Il frappe là où existe un facteur de risque individuel, mais la bonne nouvelle est qu’aujourd’hui ces facteurs sont modifiables. Le premier d’entre eux est le mouvement, sous toutes ses formes, de la promenade à la salle de sport. 150 minutes d’exercice par semaine suffisent, affirme le professeur Luiza Spiru. Un autre facteur modifiable est la socialisation. Il est important de ne pas s’isoler, et l’exemple le plus éloquent est celui de la période pandémique, où l’isolement a affecté des millions de personnes. Luiza Spiru :
« L’isolement représente en réalité le plus grand poids parmi les facteurs modifiables. Parce que nous sommes des êtres sociaux, et s’isoler en oubliant que nous sommes des êtres sociaux équivaut aujourd’hui — selon les dernières études de 2026 — à fumer trois paquets de cigarettes par jour, quel que soit l’âge. Qui plus est, l’isolement vous plonge encore plus profondément dans vos propres pensées négatives lorsque vous traversez une dépression, une anxiété, et que vous refusez de demander de l’aide. Ou lorsque vous ne réalisez pas encore vers quel précipice vous vous dirigez. »
Le sommeil est également très important. Ce n’est pas seulement la quantité qui compte, mais aussi la qualité du sommeil. Il importe, dans le même temps, d’être attentif aux facteurs de risque et d’organiser sa vie en fonction des risques individuels. Aux côtés d’un corps fonctionnel et d’un esprit agile, la capacité de trouver un sens à chaque étape de la vie compte également, souligne le professeur Luiza Spiru, qui attire l’attention sur trois éléments essentiels nous aidant à préserver notre autonomie, à savourer la vie et à regarder la vieillesse sans crainte : les muscles, le cerveau et le sens, soit avoir un but.
(Trad Ionut Jugureanu)